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Évaluation sommative du soutien apporté par le Canada au Fonds pour la santé des réfugiés en Jordanie II – Sommaire exécutif

Les constatations, conclusions, leçons apprises et recommandations contenues dans le présent document sont celles d’un entrepreneur tiers. Leurs constatations ne reflètent pas nécessairement les opinions du gouvernement du Canada. Nous ne garantissons pas l’exactitude des renseignements fournis dans le présent rapport.

Table des matières

Fondement et objectif de l’évaluation

La Jordanie accueille le deuxième plus grand nombre de réfugiés par habitant au mondeNote de bas de page 1  et reste un pays d’asile principal, en particulier pour les Syriens. Avant les événements majeurs qui se sont déroulés en Syrie en décembre 2024, les estimations du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) indiquaient que plus de 660 000 réfugiés syriens étaient officiellement enregistrés en Jordanie, tandis que des sources gouvernementales estimaient à 1,3 million le nombre total de Syriens, y compris les réfugiés syriens non enregistrés. Après les événements du 8 décembre 2024, environ 149 000 réfugiés enregistrés sont retournés en Syrie à ce jour. En août 2025, un total de 462 282 réfugiés syriens étaient enregistrés auprès du HCR. Note de bas de page 2  Outre les Syriens, la Jordanie accueille également des dizaines de milliers de réfugiés d'autres nationalités (soudanais, irakiens, yéménites) ainsi qu'environ 2,39 millions de réfugiés palestiniens enregistrés, soit le plus grand nombre de réfugiés palestiniens de tous les champs d'action des bureaux de l'Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA). Ces populations sont principalement concentrées dans les zones urbaines.

Grâce à un réseau d'établissements de santé publics, privés et caritatifs, le système de santé jordanien fournit des services de soins de santé primaires et secondaires aux Jordaniens, aux réfugiés et aux résidents étrangers.

La couverture sanitaire de la population est fragmentée. Elle est assurée par des régimes d'assurance publics (régime d'assurance du ministère de la Santé, des Services médicaux royaux ou par le biais des assurances des hôpitaux universitaires), des régimes d'assurance privés et des assurances soutenues par le HCR/les ONG. Certains groupes sociaux restent totalement dépourvus d'assurance.

Le Fonds pour la santé des réfugiés en Jordanie a été lancé en 2018 afin d'aider le gouvernement jordanien à compenser les coûts supplémentaires liés à la prestation de services de santé aux réfugiés syriens par le biais du système de santé publique. Il a ensuite été étendu à tous les réfugiés enregistrés auprès du HCR. Il s'agit d'une initiative de financement collaboratif, par le biais d'un Accord de Financement Conjoint (AFC), soutenue par le Canada, les États-Unis, le Danemark, le Qatar, l'Allemagne, l'Italie et la Banque mondiale. Cet accord permettra de collecter plus de 76 millions de dinars jordaniens d'ici 2025. L’AFC signé entre les bailleurs de fonds et le gouvernement jordanien détermine le contexte global du Fonds. En parallèle, chaque bailleur de fonds a conclu des accords bilatéraux distincts avec le gouvernement jordanien. L’AFC a été renouvelé pour la deuxième fois en 2024 et prolongé jusqu'en décembre 2028. Le ministère de la Planification et de la Coopération Internationale (MPCI) gère les contributions, tandis que le ministère de la Santé met en œuvre des projets alignés sur les priorités nationales et les besoins des réfugiés.

Une évaluation était nécessaire pour mesurer l'impact de ce soutien multi-bailleurs de fonds en cours depuis 2018 et pour examiner les résultats, l'efficacité, la pertinence et les facteurs influant sur le succès du Fonds, afin de fournir des informations sur la durabilité de ses interventions. Il s'agit de la première évaluation complète des performances du Fonds depuis sa création. Elle vise à fournir des informations utiles pour la programmation future dans le secteur de la santé et sera utile aux acteurs concernés, tels que le ministère de la Santé jordanien et les bailleurs de fonds, et leur permettra de prendre des décisions fondées sur des données probantes.

Objectifs de l’évaluation

L'objectif principal de cette évaluation était d'évaluer la performance globale et l'impact du Fonds depuis sa création en 2018 jusqu'en 2024. Cependant, l'accent a été davantage mis sur la période correspondant au Fonds II (2022-23 à aujourd'hui). L'évaluation vise à présenter dans quelle mesure le Fonds a atteint les résultats escomptés, notamment en améliorant l'accès des réfugiés aux services de santé primaires et secondaires subventionnés et en renforçant les infrastructures sanitaires nationales. Les objectifs de l'évaluation sommative sont les suivants :

  1. Évaluer la pertinence, en fonction des besoins et des priorités du ministère de la Santé et des principaux bénéficiaires.
  2. Évaluer les résultats obtenus, y compris ceux liés à l'égalité des genres.
  3. Identifier les facteurs clés au sein du projet et l'environnement qui ont contribué ou entravé la réalisation des résultats et leur durabilité.
  4. Fournir des informations sur les considérations liées au genre et à l'environnement.
  5. Fournir des résultats, des conclusions, des enseignements et des recommandations afin d'atteindre l'objectif de l'évaluation.

Portée de l’évaluation

Cette évaluation se voulait participative, impliquant activement et judicieusement Affaires mondiales Canada (AMC) et ses partenaires opérationnels ainsi que les principaux bénéficiaires (les réfugiés, en particulier les femmes et les filles, et les groupes marginalisés) dans la conception et la mise en œuvre, ainsi que la production de rapports. L'évaluation a été menée dans cinq gouvernorats : Amman, Zarqa, Irbid, Mafraq et Balqa, sélectionnés en collaboration avec le ministère de la Santé en raison de leur forte concentration de réfugiés et de leur pertinence pour les projets soutenues par le Fonds.

Contexte de développement

L’objectif principal de l'évaluation est de revenir sur le passé et de compiler les leçons tirées. Le moment retenu pour l’évaluation a coïncidé avec des changements contextuels importants en Jordanie. À ce jour, 149 000 réfugiés syriens enregistrés auprès du HCR sont rentrés chez eux après la réouverture des frontières syriennes à la suite de la chute du régime d'Assad. D'autres ont choisi de rester en Jordanie en raison des problèmes de sécurité, de l'incertitude quant à l'avenir politique de la Syrie et du manque de services de base à l'intérieur du pays. 

Au même moment, le système de santé jordanien est confronté à des pressions accrues, notamment en raison de changements sur le plan du financement, tel que les coupures budgétaires des donateurs humanitaires en janvier 2025 et le démantèlement de l'USAID. Malgré ces développements, l'évaluation et les recommandations qui en ont découlé demeurent pertinentes compte tenu de la pression qui pèse sur le système de santé jordanien, de la présence continue d'une importante population de réfugiés et des difficultés financières persistantes auxquelles sont confrontés les réfugiés et qui affectent leur accès aux services de santé.

Description du projet

Le Fonds pour la santé des réfugiés en Jordanie est un fonds commun multi-bailleurs créé pour aider le système de santé jordanien à fournir des services abordables aux réfugiés syriens et non syriens enregistrés auprès du HCR. Le Fonds a été créé afin que le gouvernement jordanien adopte une politique de santé publique qui inclus les réfugiés enregistrés auprès du HCR. En contrepartie du soutien des bailleurs de fonds, le gouvernement jordanien a adopté une politique, en 2019 pour les réfugiés syriens enregistrés et en 2020 pour les réfugiés non syriens enregistrés, visant à réduire la quote-part des soins de santé pour les réfugiés syriens et non syriens enregistrés auprès du HCR au même taux que les Jordaniens non assurés (à 20 %). En 2025, le ministère de la Santé a reçu plus de 76 millions de dinars jordaniens par l'intermédiaire du Fonds, finançant 49 interventions sanitaires, dont 20 ont été effectuées, 17 sont en cours et 12 nouvelles interventions sont prévues. À ce jour, les dépenses totales ont atteint 48 millions de dinars jordaniens.

Le Fonds couvre les interventions au niveau des politiques, de l'accès aux soins, des services et des ressources visant à améliorer la prestation des soins de santé aux réfugiés. Le plan de travail du Fonds est mis à jour chaque année avec une liste de projets qui est approuvée annuellement lors des réunions du comité de direction du Fonds. Le Fonds couvre les thèmes clés suivants : 

  1. Plaidoyer politique visant à permettre aux réfugiés d'accéder aux établissements de soins de santé primaires et secondaires aux mêmes tarifs que les Jordaniens non assurés, sans dépasser 20 % des coûts réels.
  2. Modernisation des infrastructures sous forme d'extension des services, de développement des infrastructures, de rénovation des infrastructures, de fourniture de services spécialisés et d'équipements médicaux dans les hôpitaux et institutions de santé publique situés dans les gouvernorats à forte densité de réfugiés, tels qu'Amman, Mafraq, Irbid et Zarqa.
  3. Renforcement des capacités et sensibilisation du personnel de santé grâce à la création d'un centre de formation au ministère de la Santé, à l'organisation de séances de sensibilisation et à la distribution d’un manuel des politiques et des directives relatives aux services.

Deux thèmes supplémentaires ont été ajoutés dans l'accord bilatéral entre AMC et le ministère de la Santé, spécifiquement pour le Canada.

  1. Le Fonds a plaidé en faveur de la création d'une unité chargée des questions de genre au sein du ministère de la Santé et a soutenu cette initiative. Cette unité comprend des coordonnateurs issus des différentes directions du ministère. Elle supervise les plans d'intégration de la dimension de genre au sein du Ministère. Si la création de cette unité représente une avancée structurelle vers l'institutionnalisation de l'égalité des sexes au sein du Ministère, d'autres progrès ont été réalisés grâce à des activités concrètes soutenues par le Fonds. Il s'agit notamment de la mise en place d'un programme de formation des formateurs sur l'intégration de la dimension de genre dans le domaine de la santé et de la révision des politiques et des indicateurs relatifs à l'intégration de la dimension de genre.
  2. Le Fonds soutient la prestation de soins de santé respectueux de l'environnement. Dans le cadre d'un projet complémentaire d'assistance technique financé par le Canada, une session a été organisée à l'intention des ingénieurs du ministère de la Santé sur l'impact environnemental de la construction et le maintien d'établissements de santé.

 

En 2019, le ministère de la Santé, avec l'appui du gouvernement du Canada, a élaboré un cadre de mesure du rendement (CMR) afin de suivre et de surveiller les résultats finaux, intermédiaires et immédiats du Fonds. Ce cadre décrit une chaîne de résultats reliant les objectifs à long terme à des résultats mesurables à différents niveaux. Le ministère de la Santé surveille ces résultats et les communique chaque année aux bailleurs de fonds dans le rapport annuel du Fonds. Pour plus de détails sur le CMR, voir la section 4.9 et l'annexe 3 du rapport final.

Les principaux partenaires du Fonds sont :

Approche et méthodologie d'évaluation

Cette évaluation a été guidée par une matrice d'évaluation adaptée et alignée selon les critères de l'OCDE et du CMR du Fonds. La matrice d'évaluation détaille les indicateurs, les critères d'évaluation et les sources de données, permettant ainsi une évaluation systématique et rigoureuse des performances par rapport aux objectifs fixés et aux questions d'évaluation (Annexe 6 : matrice d'évaluation). L'évaluation sommative du Fonds a adopté une approche d'évaluation mixte, fondée sur la théorie et participative, afin d'évaluer la contribution du Fonds au renforcement du système de santé jordanien pour les réfugiés et les communautés d'accueil. Une conception d'évaluation séquentielle a été utilisée, commençant par un examen des données secondaires afin de guider la collecte des données primaires.

Une théorie du changement (ToC) élaborée pendant la phase de conception a guidé l'évaluation en cartographiant les contributions aux résultats à court et à long terme (annexe 2 : Théorie du changement).

La participation active par le biais d'entretiens et de discussions a permis de garantir la représentation des différents acteurs, notamment les réfugiés, les bailleurs de fonds et le personnel gouvernemental. Une stratégie d'échantillonnage raisonné a été mise en œuvre, et les principaux acteurs ont été sélectionnés sur la base des données reçues lors de la réunion de conception, de la révision secondaire et suite à la confirmation du ministère de la Santé et d’AMC.

L'échantillon utilisé pour l'évaluation comprenait (a) 21 entretiens avec des informateurs clés appartenant aux bailleurs de fonds, au gouvernement jordanien, aux agences des Nations Unies et aux établissements de santé publique et (b) 11 discussions de groupe cible menées avec des réfugiés résidant dans les communautés d'accueil (58 participants) et des ONG internationales travaillant dans le secteur de la santé.

Avant la phase de terrain, une étude documentaire a été réalisée.

Les points suivants traitent des contraintes de cette évaluation, avec les principales recommandations pour chacune d'entre elles à la fin du résumé.

Principales constatations

Dans quelle mesure le projet a-t-il atteint les résultats escomptés ? Y a-t-il eu des résultats imprévus (positifs ou négatifs) ?

L'évaluation souligne que le Fonds a démontré des progrès mesurables au niveau des résultats finaux, intermédiaires et immédiats (moins prononcés), en améliorant et en rendant plus équitable l'accès aux soins de santé pour les réfugiés syriens, en particulier les enfants, les filles et les femmes. Ceci a eu lieu grâce à la politique adoptée par le gouvernement jordanien qui permet aux réfugiés de payer des frais subventionnés au même titre que les Jordaniens non assurés, ce qui leur donne accès aux établissements de santé publique avec une charge financière réduite. La poursuite de la politique gouvernementale envers les réfugiés est une victoire majeure, car elle témoigne d'un engagement fort de la part du gouvernement et d'un soutien continu des bailleurs de fonds. Il convient de noter que même avec ce soutien, le gouvernement jordanien continue de consacrer une partie de son budget à la prise en charge des réfugiés. Il est important de noter que le Fonds a également généré plusieurs objectifs imprévus, tant positifs que négatifs, qui ont marqué le paysage sanitaire dans son ensemble.

En termes de résultats positifs imprévus, l'engagement des bailleurs de fonds dans le cadre du Fonds s’est transformé en une plateforme pour un dialogue plus large sur la réforme du secteur de la santé avec le ministère de la Santé (par l'intermédiaire de la Direction de la gestion des projets, de la planification et de la coopération internationale), favorisant ainsi des partenariats à long terme et une planification systémique allant au-delà du champ d'application initial du Fonds. Des économies réalisées grâce à la modernisation des infrastructures et à la fourniture de nouveaux services spécialisés ont également été constatées. La flexibilité dans l'utilisation des fonds pendant la COVID-19 a grandement contribué à la réponse nationale à la pandémie. En outre, l'extension de la couverture à tous les réfugiés enregistrés auprès du HCR est un autre résultat positif majeur et inattendu, alors que le Fonds avait initialement été créé en échange d'une politique gouvernementale réservée aux réfugiés syriens.

Parmi les défis observés, on peut citer : la concentration des investissements dans les infrastructures et les équipements à Amman et dans les gouvernorats du centre a peut-être involontairement creusé les disparités régionales. En outre, le manque de visibilité des bailleurs de fonds sur les sites d'intervention ne permet pas de déterminer le rôle de chacun ni ses responsabilités. Si la fourniture de services de haute qualité doit rester une priorité, il est également important de reconnaître le rôle de la visibilité des bailleurs de fonds dans la promotion de la transparence, le renforcement des partenariats et le maintien de leur engagement.

Quels facteurs clés de la conception et de la mise en œuvre ont favorisé ou entravé la réalisation des résultats du projet ?

La conception du Fonds a favorisé une coordination solide, un alignement stratégique avec les stratégies nationales et une flexibilité opérationnelle qui ont contribué à la réalisation des résultats du projet. Le Fonds a renforcé les infrastructures de santé publique dans les zones accueillant principalement des réfugiés afin de garantir un meilleur accès aux soins et des tarifs plus abordables pour ces derniers. Les investissements dans la promotion des politiques, des infrastructures sanitaires, des équipements de pointe et le renforcement des capacités ont été des facteurs clés pour atteindre les objectifs du projet. La conception flexible du Fonds a également permis au ministère de la Santé de faire face à la crise nationale, en particulier pendant la pandémie de COVID-19. Malgré tous les facteurs clés qui ont contribué à ces résultats positifs, des lacunes ont été observées dans la planification axée sur les réfugiés et la consultation participative sur le terrain, ce qui a limité à l'efficacité et à l'équité globales du projet.

Les résultats du projet étaient-ils pertinents par rapport aux besoins et aux priorités des principaux bénéficiaires (réfugiés dans les communautés urbaines), des résidents des camps (dans le cas des orientations vers des établissements de santé situés dans les communautés d'accueil) et du responsable de la mise en œuvre (ministère de la Santé) ?

Le Fonds s'alignait bien sur les priorités internationales et nationales, notamment la Vision de modernisation économique, la Vision 2023-2025 du ministère de la Santé, le Plan d'action jordanien (JRP) 2015, le Document de partenariat avec la Jordanie (Conférence de Bruxelles II, 2018) et l'Objectif de développement durable n° 3 (ODD). Ces politiques et stratégies mettent collectivement l'accent sur l'accès équitable à des services de santé de qualité pour les populations vulnérables, y compris les réfugiés. Le Fonds répond aux besoins des réfugiés en améliorant l'accès, l'abordabilité, la sensibilisation et la qualité des soins pour les groupes vulnérables. Il contribue également au renforcement du système de santé tout en réduisant les obstacles à l'orientation vers des soins spécialisés. Les interventions du projet contribuent à répondre aux besoins et aux priorités du ministère de la Santé et des réfugiés dans les communautés urbaines (et ceux orientés depuis les camps).

Quels ont été les principaux facteurs qui ont influencé la durabilité ou l'absence de durabilité des résultats du projet (y compris les considérations liées au genre et à l'environnement) ?

Le Fonds a contribué à la viabilité à long terme des résultats du projet en investissant dans le système de santé publique jordanien, renforçant ainsi les capacités institutionnelles du ministère de la Santé et soutenant la mise en place de systèmes permanents qui améliorent la résilience face aux crises futures. Si des réformes plus larges en matière d'intégration des questions de genre et d'environnement ont été mises en œuvre, telles que l'institutionnalisation des efforts d'intégration de la dimension de genre, la formation du ministère de la Santé sur le concept de genre et l'impact environnemental, et la révision des indicateurs liés au genre, celles-ci peuvent constituer des étapes importantes vers l'intégration des considérations de genre et d'environnement. La durabilité est entravée par plusieurs facteurs, tels que la lassitude des bailleurs de fonds, l'absence d'un plan financier concret, prévisible et à long terme, et l'évolution du paysage du financement par les bailleurs de fonds.

Comment le système de gestion des informations/données est-il mis en place pour saisir les résultats/l'impact du Fonds ?

Le système de données actuel permet un suivi régulier de l'utilisation des services de santé par les réfugiés, mais il manque de capacités analytiques pour évaluer l'impact à long terme afin de soutenir une gestion adaptative. Ceci limite son efficacité pour orienter les décisions stratégiques. Le CMR indique que, bien que de nombreux indicateurs tels que le taux de mortalité maternelle (TMM), la mortalité des enfants de moins de 5 ans et les consultations prénatales aient connu une amélioration, il est difficile d'évaluer dans quelle mesure cette amélioration est attribuable au Fonds. De plus, le système manque de capacités analytiques et d'indicateurs qualitatifs suffisants pour évaluer l'impact à long terme, ce qui limite son efficacité pour orienter les décisions stratégiques.

Principales conclusions

L'évaluation conclut que, grâce au Fonds, le gouvernement a réussi à maintenir sa politique de santé envers les réfugiés enregistrés auprès du HCR jusqu'à présent (en ne payant que 20 %). De plus, le Fonds a contribué à l’amélioration de l’accès aux soins équitable des réfugiés syriens et non syriens enregistrés auprès du HCR, au même titre que les Jordaniens non assurés. La conception du Fonds a facilité l'alignement stratégique, une forte coordination entre les multiples acteurs et une flexibilité opérationnelle, soutenant ainsi une réponse sanitaire intégrée et efficace. Il a notamment renforcé le système de santé publique jordanien (dans les établissements dans lesquels il a investi) et les capacités institutionnelles, consolidant sa durabilité. Les efforts institutionnels visant à intégrer l'égalité des genres et les considérations environnementales sont plus difficiles à évaluer, mais ont la possibilité d'avoir un impact durable. Malgré des résultats louables, des lacunes subsistent dans l'alignement de la planification descendante sur les besoins des réfugiés, en particulier en ce qui concerne l'accessibilité financière et la disponibilité des services pour les soins chroniques et spécialisés. De plus, l'évolution du paysage financier et l'absence d'un plan financier solide, prévisible et à long terme menacent la durabilité des résultats. Il est essentiel de noter que le cadre actuel de suivi et d'évaluation manque de la rigueur nécessaire pour saisir l'impact réel du fonds et orienter la prise de décision fondée sur des données probantes.

Principales recommandations

RecommendationsActeursCalendrierPriorité

1. Préparer une stratégie commune de viabilité financière et de transition qui inclut des plans de contingence pour faire face aux changements au niveau du financement et au retour des réfugiés.

Ministère de la Santé/PGCI

(Direction de la planification, de la gestion et de la coopération internationale des projets)

MPCI

Court terme (6 mois)

Haute

2. Poursuivre le dialogue diplomatique de haut niveau afin d'assurer un soutien politique continu à la politique de santé des réfugiés.

Bailleurs de fonds, MPCI, Ministère de la Santé/ PGCI

ONG internationales/ONG locales*

 

Long terme –(En cours)

 

Haute

3. Ancrer le processus annuel d'élaboration du plan de travail du Fonds dans une évaluation des besoins transparente, fondée sur des données probantes et participative, en s'appuyant sur les données fournies par le ministère de la Santé, les agences des Nations Unies, les ONG internationales et les ONG nationales.

Ministère de la Santé/PGCI, HCR, ONG internationales/ONG locales

Long terme (en cours)

Haute

4. Procéder à un examen complet de l'ensemble des prestations offertes par le Fonds afin de combler les lacunes importantes en matière d'accessibilité financière et de soins spécialisés.

 

Ministère de la Santé/PGCI, HCR, ONG internationales/ONG locales

Court terme (6 mois)

Haute

5. Assurer le suivi d'une stratégie ciblée en matière de ressources humaines dans le domaine de la santé afin de pallier les pénuries de personnel et de réduire les délais d'attente des patients. 

Ministère de la Santé/PGCI 

Long terme (en cours)

Moyenne

6. Soutenir les interventions complémentaires (avec des partenaires tels que le HCR et les ONG internationales/locales) visant à réduire les obstacles socio-économiques à l'accès aux soins de santé.

HCR, bailleurs de fonds, ONG internationales/ONG locales

 

Long terme (en cours)

Moyenne

7. Réviser le CMR du Fonds afin de mesurer et de rendre compte de manière fiable de l'impact, des résultats et de l'équité des projets. Des indicateurs au niveau des interventions devraient également être inclus (calendrier d'achèvement, état d'avancement des travaux, etc.).

Ministère de la Santé/PGCI, bailleurs de fonds (principalement le Canada), ONG internationales/ONG locales

Court terme (6 mois)

Haute

8. Assurer un certain niveau de visibilité des bailleurs de fonds et mettre en œuvre un plan de communication.

Bailleurs de fonds (principalement le Canada), Ministère de la Santé /PGCI

Court terme (6 mois)

Moyenne

9. Mettre en place un système d'information sanitaire unifié, renforcer les capacités du ministère de la Santé en matière de gestion des données et garantir la transparence des données avec les partenaires.

Ministère de la Santé /PGCI

Long terme (en cours)

Moyenne

10. Renforcer et développer les programmes tenant compte des questions de genre afin de résoudre les obstacles institutionnels et sociétaux.

Ministère de la Santé /PGCI – Unité du genre, Canada

Moyen terme (1 à 2 ans)

 

Moyenne

11. Concevoir et mettre en œuvre un plan de communication détaillé afin d'informer les réfugiés de leurs droits en matière de soins de santé et des mécanismes de retour d'information.

Bailleurs de fonds, HCR, Ministère de la Santé/PGCI, ONG internationales/ONG locales

Court terme (6 mois)

Moyenne

*Représenté par le Forum des ONG internationales, pour les ONG internationales et les représentants des ONG locales travaillant dans le domaine des programmes de santé.

Enseignements clés

Voici les enseignements clés tirés de la période couverte par l'évaluation :

  1. Le soutien des bailleurs de fonds par le biais d'un modèle de compte commun multi-bailleurs est une approche efficace pour renforcer les systèmes de santé nationaux.
  2. Une coordination solide menée par le gouvernement améliore l'alignement stratégique, réduit les chevauchements d’activités, renforce l'appropriation et l'adaptabilité dans les contextes multi-bailleurs.
  3. Il est essentiel de soutenir le PMPIC pour garantir une mise en œuvre efficace et une responsabilisation.
  4. Une conception solide du programme dès les premières étapes de la planification est essentielle pour assurer la cohérence entre les objectifs du projet, les résultats attendus et les systèmes de suivi.
  5. Pour garantir la durabilité du mécanisme de financement commun, il faut un financement prévisible et un plan de transition clair.
  6. L'intégration de l'égalité des genres et des considérations environnementales renforce l'impact et le rend plus durable.
  7. La prévention étant essentielle, il convient de réaffirmer la nécessité cruciale d'investir dans les établissements de santé primaires, qui sont les premiers recours des réfugiés.
  8. Un système de suivi et d'évaluation robuste et axé sur les résultats, ainsi que des bases factuelles pour les plans de travail annuels, sont essentiels pour un apprentissage stratégique et une utilisation efficace des ressources.
  9. Les fonds multi-bailleurs qui traitent de la santé des réfugiés dans une crise prolongée restent pertinents pour soutenir un système de santé national qui a été mis à rude épreuve tout en faisant face à une crise. Pour le Fonds, cela est essentiel car l'évolution du paysage financier finit par affecter les services offerts aux réfugiés résidant dans les camps (qui ne sont pas couverts par le Fonds).
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