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Le point sur le commerce 2026 : L’essor des services dans le paysage commercial canadien

Table des matières

Message du ministre

J’ai le plaisir de vous présenter le rapport Le point sur le commerce du Canada 2026, qui offre un aperçu complet des échanges commerciaux internationaux et des résultats économiques du Canada en 2025.

Le commerce des biens et services fait partie intégrante de l’économie canadienne, représentant environ les deux tiers du PIB du Canada. À elles seules, les exportations soutiennent près d’un emploi sur cinq au Canada.

Ainsi, en cette période d’incertitude, les résultats du Canada dans le domaine du commerce et de l’investissement en 2025 se sont révélés résilients et multiformes :

Ces chiffres montrent que le monde continue de considérer le Canada comme un partenaire commercial et d’investissement fort, équitable, prévisible et fiable.

Car le Canada possède ce que le monde recherche : une expertise technique de pointe, un environnement politique et un climat d’affaires stables, un système d’éducation, de recherche et de développement de classe mondiale, une main-d’œuvre hautement qualifiée, instruite et polyvalente, des infrastructures robustes et avancées, ainsi que de vastes réserves de minéraux critiques, de ressources naturelles et d’énergie pour alimenter le tout.

Les Canadiens savent que des échanges commerciaux et des investissements responsables à l’échelle mondiale permettent de renforcer l’économie et les chaînes d’approvisionnement au pays. Ainsi, alors que nous consolidons les partenariats existants qui nous sont avantageux, nous recherchons également de nouveaux débouchés sur de nouveaux marchés.

En d’autres termes, nous adaptons nos échanges commerciaux pour répondre aux enjeux actuels grâce à :

Nous agissons ainsi tout en favorisant un commerce libre et équitable ainsi qu’une croissance économique soutenue, en créant des emplois de qualité d’un océan à l’autre, en protégeant nos ressources pour les générations futures, et en aidant davantage de producteurs et de prestataires de services canadiens à faire connaître leurs innovations au monde entier.

Dans un monde de plus en plus fragmenté et incertain, le Canada établit des partenariats fructueux. J’espère que les Canadiens sont aussi fiers que moi des résultats commerciaux du Canada en 2025 et de notre position enviable en tant que destination de choix pour investir et faire des affaires.

L’honorable Maninder Sidhu
Ministre du Commerce international

Sommaire

L’année 2025 a été marquée par une incertitude accrue à travers le monde, mais aussi par une résilience économique remarquable. alors que le commerce international enregistrait une solide croissance malgré l’intensification des barrières commerciales. L’escalade des mesures tarifaires, principalement de la part des États-Unis, a porté l’incertitude de la politique commerciale à des sommets historiques. Malgré ces vents contraires, la croissance de l’économie mondiale est demeurée stable à 3,4 %, ce qui se compare au rythme observé en 2024, tandis que les volumes d’échanges mondiaux de marchandises progressaient sous l’effet d’une augmentation de l’activité commerciale en début d’année en prévision des tarifs à venir, et de la robustesse de l’investissement lié à l’intelligence artificielle (IA).

Bien que globalement forte, la croissance des échanges commerciaux dans le monde en 2025 a été inégale et fragmentée. Les économies asiatiques ont été à l’origine de la majeure partie de la croissance du commerce mondial de marchandises, ce qui reflète leur rôle central dans l’expansion des biens liés à l’IA, comme les composants informatiques. Parallèlement, le commerce bilatéral entre les États-Unis et la Chine s’est encore affaibli, les tensions atteignant des niveaux bien supérieurs à ceux affectant les autres partenaires, poussant les États-Unis et la Chine à se réorienter vers d’autres pays. Cette dynamique a renforcé les tendances plus vastes, à plus long terme, vers la fragmentation géopolitique du commerce, alors que la croissance des échanges au sein des blocs alignés soit sur les États-Unis soit sur la Chine est plus rapide que celle des échanges entre les blocs.

Dans ce contexte difficile, la croissance économique au Canada a ralenti, mais tout en demeurant résiliente. Le PIB réel a progressé de 1,9 %, sa plus faible performance depuis la pandémie, les exportations étant ralentis par les mesures tarifaires prises aux États-Unis et l’incertitude accrue. En revanche, la stabilité de la consommation des ménages, soutenue par l’assouplissement des conditions monétaires, et une hausse notable de l’investissement public, en particulier dans les infrastructures et les dépenses liées à la défense, ont été des facteurs positifs de la croissance économique en 2025. Cependant, les effets des tensions commerciales ont été inégaux entre les secteurs : les secteurs exposés au commerce ont sous-performé, tandis que ceux qui y sont moins exposés ont contribué à la stabilité.

La performance du Canada au chapitre du commerce international en 2025 révèle un contraste frappant entre la situation sur le marché américain et celle observée dans le reste du monde. Dans l’ensemble, la valeur des exportations de biens et de services s’est accrue de 0,7 %, tandis que les importations augmentaient de 3,0 %, ce qui a creusé le déficit commercial. Toutefois, la croissance a été alimentée par les prix puisque les volumes d’exportation ont pesé sur la croissance économique pour la première fois depuis la crise financière mondiale (si l’on exclut la pandémie), ce qui a mis en évidence l’impact des vents contraires venant de l’extérieur. Même si les exportations de services aux États-Unis ont été robustes, la valeur des exportations de biens a diminué pour une troisième année consécutive, en raison de la faiblesse des produits énergétiques et des véhicules et pièces d’automobiles, ainsi que des effets directs et indirects des tarifs américains.

Simultanément, la diversification vers les marchés autres que les États-Unis s’est accélérée. La valeur des exportations vers les autres pays a augmenté de 11,1 %, tandis que les exportations aux États-Unis diminuaient de 3,7 %, la part des exportations canadiennes vers des destinations non américaines atteignant son plus haut niveau en plus de 4 décennies (32,8 %). La croissance des exportations hors États-Unis a été stimulée par une hausse exceptionnelle des expéditions d’or − reflétant l’incertitude accrue dans le monde − ainsi que par des livraisons plus importantes de pétrole brut vers l’Europe et la région indopacifique, dans ce dernier cas soutenues par une augmentation de la capacité d’exportation.

Les tendances de l’investissement direct étranger au Canada ont évolué en 2025, reflétant à la fois l’incertitude prévalente et l’attrait continu du Canada pour les investisseurs étrangers. L’investissement direct du Canada à l’étranger a fortement reculé, en raison principalement de la vente d’actifs canadiens à l’étranger. Par contre, les flux d’investissement direct étranger au Canada ont atteint leur plus haut niveau en dix ans, soutenus par la solidité des bénéfices réinvestis. En conséquence, les entrées d’investissement direct étranger ont dépassé les flux d’investissement sortant pour la première fois depuis 2013.

Les perspectives pour 2026 reflètent une accentuation des risques baissiers. Les tensions géopolitiques actuelles, en particulier au Moyen-Orient, et la fragmentation persistante des échanges commerciaux, s’ajoutant à une croissance mondiale plus faible que prévue, risquent de peser sur les économies à faible revenu importatrices d’énergie. Bien que la poursuite des activités d’investissement et de services liées à l’IA offre des sources potentielles de résilience, les perspectives du Canada à court terme demeureront étroitement liées à l’évolution de la politique commerciale américaine et à l’efficacité des efforts déployés pour diversifier les partenariats en matière de commerce et d’investissement.

Avec l’expansion du commerce numérique à l’échelle mondiale, le secteur des services est devenu un pilier central de la performance commerciale du Canada, représentant aujourd’hui près du quart des exportations totales. Ainsi, le thème du rapport de cette année est axé sur le rôle croissant des services dans la position du Canada sur le marché international. Les services ont été le seul moteur des gains à l’exportation de 50 milliards de dollars enregistrés par le Canada depuis 2022, leur valeur ayant triplé depuis 2010 et dépassant largement la cadence des exportations de biens.

Les exportations de services dépendent beaucoup moins du marché américain que les exportations de biens, alors qu’un peu plus de la moitié des exportations canadiennes de services prennent la destination des États-Unis, comparativement à plus de 70 % des exportations de biens. Même si des partenaires traditionnels comme le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne demeurent importants, une grande partie de la croissance est venue des marchés émergents, ce qui a aidé à diversifier les liens commerciaux du Canada dans un contexte d’instabilité politique mondiale et de perturbations commerciales.

Le commerce des services contribue directement à la résilience de l’économie canadienne. Au cours des dernières années, le commerce canadien a dû affronter d’importants défis, notamment des conflits armés, la volatilité des prix des produits de base et des mesures protectionnistes comme les tarifs douaniers. Pourtant, le commerce des services a continué de croître de façon constante, surpassant les autres secteurs. Les services commerciaux − tels que les services informatiques, d’information et les services financiers − se sont notamment montrés résilients malgré les ralentissements, car ils sont généralement moins exposés aux tarifs douaniers et aux frictions frontalières que le commerce des biens, et sont généralement moins touchés par des fluctuations de prix que les matières premières.

Cela dit, pour comprendre le rôle des services dans l’économie mondiale, il faut regarder au-delà des mesures agrégées et examiner de quelles façons les services sont réellement fournis au-delà des frontières. Les exportations de services du Canada peuvent être réparties entre quatre modes de prestation : les services numériques, les services non numériques impliquant le déplacement de personnes, les services à valeur ajoutée incorporés dans des biens et les services offerts par le biais d’une présence commerciale à l’étranger.

D’abord et avant tout, la numérisation a élargi la gamme des services que les entreprises canadiennes peuvent offrir au-delà des frontières, y compris les services logiciels, financiers, professionnels, de création et les services axés sur les données, réduisant l’importance de l’éloignement géographique. Ces services peuvent être facilement déployables à plus grande échelle et livrés presque instantanément, et ils se caractérisent par un faible coût marginal de prestation. Le Canada est bien placé pour tirer profit de cette évolution puisque les services numériques représentent une part importante des exportations canadiennes (13 % en 2025) et ils ont progressé à plus du double du rythme des exportations de biens (200 % contre 92 % depuis 2010).

Les importations de services numériques jouent également un rôle crucial dans la transmission des connaissances et de l’innovation en renforçant la productivité des entreprises et l’efficacité opérationnelle. Les importations canadiennes de services numériques ont augmenté de près de 185 % depuis 2010, les gains étant concentrés dans la recherche-développement, les services de conseil et les télécommunications.

En revanche, les services non numériques demeurent ancrés dans le mouvement physique des personnes et des biens, les services de voyage et de transport y occupant une place centrale. Ces secteurs continuent de soutenir l’intégration mondiale par le biais des services d’éducation, de tourisme et de logistique du transport de marchandises, entre autres activités. Même dans une économie numérique, le commerce reste largement tributaire de la mobilité physique et des chaînes d’approvisionnement. Bien qu’ils représentent une part plus modeste des exportations de services que les services numériques, les exportations de services non numériques ont augmenté de 192 % depuis 2010.

Derrière de nombreuses exportations de biens se trouve également une couche souvent invisible de services. La recherche, la conception, l’ingénierie, les logiciels et d’autres services professionnels sont incorporés dans des biens avant qu’ils ne franchissent les frontières. Néanmoins, leur contribution est importante sur le plan économique : la valeur ajoutée des services intérieurs représentait plus de 17 % de la valeur des exportations de biens du Canada en 2024, jouant un rôle clé dans la performance commerciale du Canada en haussant la productivité des entreprises, en abaissant les coûts et en facilitant la différenciation des produits.

Malgré l’évolution générale vers la prestation numérique, la présence commerciale à l’étranger demeure le principal canal de vente des services du Canada; les ventes des filiales canadiennes à l’étranger évoluant dans le secteur des services ont atteint 1 000 milliards de dollars en 2024. En effet, les ventes de services par l’entremise de filiales à l’étranger se sont presque multipliées par cinq entre 2011 et 2024, le secteur des services représentant plus de 80 % de l’investissement direct canadien à l’étranger en 2024. Cela met en relief l’importance de maintenir une présence locale sur les principaux marchés étrangers, même au moment où la prestation à distance des services prend de l’expansion.

Maintenir cette dynamique de croissance du commerce des services via tous les modes de prestation dépend du renforcement des fondements de la compétitivité internationale et de la capacité de relever les défis connexes. Trois piliers fondamentaux sous-tendent une expansion réussie du commerce des services : le capital humain, l’intégration numérique et un cadre institutionnel et réglementaire robuste et stable.

Le capital humain demeure l’un des principaux atouts du Canada, reposant sur une main-d’œuvre hautement instruite et la capacité continue d’attirer des talents étrangers. Parallèlement, l’infrastructure numérique, y compris la connectivité, la capacité nuagique et les centres de données, est de plus en plus essentielle à la prestation de services transfrontaliers. Le Canada bénéficie d’un environnement commercial numérique relativement ouvert, reposant sur de solides mesures de protection de la propriété intellectuelle et de robustes structures de commerce électronique.

La qualité institutionnelle et la crédibilité réglementaire jouent également un rôle clé dans le succès du secteur des services. Les accords commerciaux, les mesures de protection de l’investissement et des cadres réglementaires transparents aident les entreprises à prendre de l’expansion à l’international en réduisant l’incertitude et en améliorant l’accès aux marchés. Chaque canal de prestation de services a aussi ses propres cadres réglementaires, structures de coûts et contraintes au niveau des politiques. Ainsi, les services numériques sont souvent façonnés par la gouvernance des données et l’infrastructure numérique; les services non numériques (y compris ceux qui nécessitent le déplacement de personnes) dépendent des accords de mobilité et de transport; les services incorporés dans des biens sont déterminés par la dynamique des chaînes d’approvisionnement et de la politique tarifaire; enfin, les ventes des filiales à l’étranger sont influencées par la réglementation en matière d’investissement et de propriété.

À mesure que les services occuperont une place de plus en plus importante dans le commerce mondial, la capacité du Canada de favoriser une économie de services ouverte, novatrice et concurrentielle à l’échelle internationale sera essentielle pour assurer sa prospérité économique à long terme.

1. Partie 1 : 2025 en revue

1.0. Messages clés

1.1. Introduction

L’année 2025 s’est déroulée dans un contexte mondial complexe et volatil, marqué par des tensions géopolitiques élevées, de nouvelles frictions commerciales et des perturbations dans l’activité économique. Alors que l’économie mondiale s’est finalement révélée plus résiliente que de nombreux prévisionnistes ne l’avaient anticipé, cette résilience a masqué une forte volatilité tout au long de l’année, entre les pays et parmi les secteurs industriels. L’incertitude de la politique commerciale, en grande partie due à la réapparition de mesures tarifaires généralisées, a interagi avec des forces émergentes, notamment la sophistication croissante de l’intelligence artificielle (IA) et le réalignement géopolitique en cours pour remodeler les flux commerciaux internationaux.

Au niveau international, malgré l’application de mesures tarifaires radicales par les États-Unis et un contexte de conflits militaires en Europe de l’Est et au Moyen-Orient, la croissance du commerce mondial a rebondi, soutenue par l’investissement lié à l’IA et une accélération des flux commerciaux en début d’année. Cependant, les relations bilatérales entre les États-Unis et la Chine ont continué à se fragmenter en 2025.

Pour le Canada, ces développements se sont traduits par un environnement économique difficile. L’introduction des tarifs américains et l’incertitude qui l’accompagne ont lourdement pesé sur les secteurs exposés au commerce, engendrant une croissance inégale entre les industries. Parallèlement, la demande soutenue des ménages, la hausse des investissements publics et la diversification continue des échanges commerciaux vers les marchés non américains ont soutenu la résilience de l’économie canadienne.

La première partie du rapport Le point sur le commerce 2026 passe en revue les principaux développements survenus sur les plans de l’économie, du commerce et de l’investissement en 2025. La section 1.2 examine le contexte mondial en mettant l’accent sur l’interaction entre l’incertitude liée à la politique commerciale, les tensions géopolitiques et les facteurs de croissance émergents. La section 1.3 évalue la performance macroéconomique du Canada au cours de 2025. La section 1.4 donne un aperçu détaillé de la performance du Canada en matière de commerce international, par secteur et par partenaire commercial, tandis que la section 1.5 scrute les tendances de l’investissement étranger direct, en mettant en évidence l’évolution des flux de capitaux dans un contexte mondial en évolution.

1.2. Contexte global

Le contexte économique et commercial mondial en 2025 a été défini par une forte accentuation de l’incertitude inhérente aux politiques. En dépit de cette évolution, la croissance économique et les flux commerciaux se sont révélés plus résilients que de nombreux observateurs ne l’avaient prévu. La présente section examine les principaux développements de l’économie et du commerce dans le monde en 2025, en mettant l’accent sur l’interaction entre l’incertitude liée à la politique commerciale, l’évolution des courants commerciaux à l’échelle mondiale et les nouveaux facteurs de croissance, comme l’intelligence artificielle (IA). Elle décrit également les risques et les perspectives à court terme de l’économie mondiale, ce qui ouvre la voie à l’évaluation de la performance économique et commerciale du Canada dans ce contexte international en évolution.

L’année 2025 a été marquée par une brusque escalade des mesures tarifaires américaines et, dans certains cas, par des mesures de représailles de la part de partenaires commerciaux, ce qui a entraîné une incertitude accrue en lien avec la politique commerciale. Les recettes tarifaires aux États-Unis ont augmenté rapidement pour atteindre 7,7 % de la valeur des importations de marchandises en 2025, contre 2,4 % en 2024 (figure 1.2.1.), ce qui constitue une hausse beaucoup plus marquée que celle observée durant la période 2018-2020, le dernier épisode d’imposition généralisée de droits tarifaires américains. À l’échelle mondiale, l’ampleur des échanges commerciaux touchés par les mesures tarifaires s’est aussi fortement élargie. Appliquant les tarifs en vigueur à la fin de février 2026 aux données commerciales de 2024, l’Organisation mondiale du commerce a estimé (2026) qu’environ 11 % des importations mondiales de marchandises ont été soumises à des tarifs, contre seulement 2 % en 2022. À la lumière de ces développements, les mesures de l’incertitude de la politique économique mondiale ont bondi, l’indice d’incertitude de la politique économique mondiale atteignant son plus haut niveau jamais enregistré en avril 2025 (figure 1.2.2.), coïncidant avec le « Jour de la libération », lorsque les États-Unis ont mis en application toute une série de tarifs douaniers sur les biens importés.

Figure 1.2.1. : Recettes tarifaires des États-Unis en pourcentage de la valeur des importations de biens (%)

Figure 1.2.1. : Recettes tarifaires des États-Unis en pourcentage de la valeur des importations de biens (%)
Version texte - Figure 1.2.1.
AnnéeRecettes tarifaires des États-Unis en pourcentage de la valeur des importations de biens (%)
Données : Tax Foundation.
Source : Bureau de l’économiste en chef, Affaires mondiales Canada.
193015,8 %
193517,5 %
194012,5 %
19459,6 %
19506,1 %
19555,9 %
19607,2 %
19657,6 %
19706,5 %
19753,9 %
19803,1 %
19853,8 %
19903,3 %
19952,5 %
20001,6 %
20051,4 %
20101,4 %
20151,5 %
20202,8 %
20257,7 %

Figure 1.2.2. : Indice d’incertitude de la politique économique mondiale et Indice d’incertitude de la politique commerciale des États-Unis

Figure 1.2.2. : Indice d’incertitude de la politique économique mondiale et Indice d’incertitude de la politique commerciale des États-Unis
Version texte - Figure 1.2.2.
Année-moisIndice d’incertitude de la politique économique dans le monde (moyenne pondérée par le PIB)États-Unis - Indice d’incertitude de la politique commerciale
Note : L’Indice d’incertitude de la politique économique est un indice pondéré en fonction du PIB qui reflète la fréquence relative des article de journaux du pays qui renferment un triplet de termes ayant trait à l’économie, à la politique et à l’incertitude. L’Indice d’incertitude de la politique commerciale reflète la fréquence relative des article de journaux aux États-Unis qui traitent de l’incertitude économique liée aux politiques et qui renferment une ou plusieurs référence à la politique commerciale.
Données : Economic Policy Uncertainty, Matteo Iacoviello.
Source : Bureau de l’économiste en chef, Affaires mondiales Canada.
2019-01244,0141,7
2019-07249,4145,1
2020-01191,7139,6
2020-07313,157,4
2021-01271,875,4
2021-07189,157,2
2022-01221,746,6
2022-07292,867,0
2023-01217,252,7
2023-07191,763,3
2024-01239,769,6
2024-07229,0101,4
2025-01309,1360,9
2025-02327,7469,8
2025-03468,8603,1
2025-04623,41 151,4
2025-05511,7723,1
2025-06368,6472,5
2025-07406,9554,9
2025-08343,3575,8
2025-09308,5465,3
2025-10404,9426,2
2025-11371,1342,8
2025-12 308,3

Malgré l’augmentation des droits de douane et l’incertitude généralisée entourant la politique commerciale, l’économie mondiale s’est montrée résiliente et les échanges commerciaux ont fortement progressé en 2025. On estime que la croissance économique mondiale a atteint 3,4 % en 2025, sans changement par rapport à 2024, tandis que les volumes d’exportation et d’importation de marchandises ont augmenté de 4,7 % et de 4,4 %, respectivement, dépassant sensiblement le taux de croissance enregistré l’année précédente (figure 1.2.3.). Selon le Fonds monétaire international (2026), plusieurs facteurs sous-tendent cette résilience, notamment :

Plusieurs de ces facteurs, notamment l’investissement axé sur l’IA et l’impact réel moins important des droits de douane, ont également contribué directement à la vigueur de la croissance du commerce mondial en 2025.

Figure 1.2.3. : Croissance économique mondiale (%) et croissance du volume des échanges de marchandises (%)

Figure 1.2.3. : Croissance économique mondiale (%) et croissance du volume des échanges de marchandises (%)
Version texte - Figure 1.2.3.
AnnéeCroissance de l’économie mondiale (%)Croissance du volume des exportations mondiales de marchandises (%)Croissance du volume des importations mondiales de marchandises (%)
Données : Fonds monétaire international et Organisation mondiale du commerce.
Source : Bureau de l’économiste en chef, Affaires mondiales Canada.
20243,4 %2,9 %2,5 %
20253,4 %4,7 %4,4 %

L’investissement lié à l’IA est ressorti comme un moteur clé de la croissance économique aux États-Unis en 2025, l’investissement privé dans le matériel informatique et les logiciels ayant progressé de 15,7 %. Compte tenu de l’intensité élevée en importations de l’investissement en IA, cette expansion a entraîné des retombées importantes sur le commerce mondial. En effet, les importations américaines de biens soutenant l’IA ont augmenté au cours des quatre trimestres de 2025, contrebalançant les baisses d’importations d’autres biens durant les trois derniers trimestres de l’année (Organisation mondiale du commerce, 2026).

À l’échelle mondiale, la part du commerce des biens soutenant l’IA a augmenté, atteignant 16,8 % de la valeur totale du commerce mondial au quatrième trimestre de 2025, contre 13 % au premier trimestre de 2024 (Organisation mondiale du commerce, 2026). Cette expansion s’explique principalement par l’augmentation du commerce des produits liés à l’IA provenant des économies asiatiques et de l’Amérique du Nord. Entre autres, le Fonds monétaire international (2026) a souligné la forte croissance des « exportations technologiques » depuis l’Asie (à l’exclusion de la Chine) vers les États-Unis et d’autres marchés mondiaux, tandis que les exportations technologiques de la Chine vers les États-Unis ont diminué tout au long de l’année 2025. En revanche, les exportations technologiques de la Chine vers le reste du monde ont continué de croître sur l’ensemble de l’année.

Figure 1.2.4. : Contribution des biens soutenant l’IA à la croissance de la valeur du commerce mondial des marchandises

Figure 1.2.4. : Contribution des biens soutenant l’IA à la croissance de la valeur du commerce mondial des marchandises
Version texte - Figure 1.2.4.
PériodeCroissance de la valeur totale du commerce des marchandises (%)Commerce des biens soutenant l’IA – Économies asiatiques (pp)Commerce des biens soutenant l’IA – Europe (pp)Commerce des biens soutenant l’IA – Amérique du Nord (pp)Autres marchandises (pp)
Note : Le commerce représente la moyenne des exportations et des importations. Les estimations du commerce des biens soutenant l’IA sont fondées sur les données disponibles telles que rapportées dans Trade Date Monitor. Les données pour le Vietnam sont reproduites. La contribution du commerce des biens soutenant l’IA est peu importante pour les régions autres que l’Amérique du Nord, l’Europe et l’Asie, et n’est pas incluse dans la figure.
Note : pp : point de pourcentage.
Données : OMC, Perspectives et statistiques du commerce mondial, mars 2026.
Source : Bureau de l’économiste en chef, Affaires mondiales Canada.
20242,4 %1,2 pp0,0 pp0,4 pp1,0 pp
2025 S16,1 %1,8 pp0,2 pp0,6 pp3,5 pp
2025 S28,3 %2,3 pp0,4 pp0,8 pp4,9 pp

En 2025, la croissance du volume du commerce mondial des marchandises a été largement stimulée par les économies asiatiques, qui ont représenté environ 71 % de la croissance mondiale totale du commerce (Organisation mondiale du commerce, 2026). Cette solide performance reflétait, en partie, le rôle central de l’Asie dans l’expansion du commerce des biens soutenant l’IA, tel qu’illustré à la figure 1.2.4.

Cependant, la Chine a connu une situation différente de celle des autres économies asiatiques. Alors que le volume des exportations chinoises a fortement augmenté, les importations sont restées globalement stationnaires. La croissance des exportations a été soutenue par la demande plus forte en provenance de l’Asie, de l’Europe et d’un éventail de marchés émergents, ce qui a plus que compensé la faiblesse de la demande venant des États-Unis. Bien que cette tendance reflète une certaine réorientation du commerce vers d’autres destinations que les États-Unis, l’ampleur de l’expansion des exportations vers les autres marchés − presque trois fois plus élevée que la baisse observée vers les États-Unis (Organisation mondiale du commerce, 2026) − laisse penser que le détournement de commerce, à lui seul, ne peut pleinement expliquer cette expansion. L’importante surcapacité observée dans plusieurs secteurs semble avoir incité les entreprises chinoises à accroître leurs exportations, pratiquant souvent des prix inférieurs, afin de soutenir leur production face à une demande intérieure atone. (Organisation mondiale du commerce, 2026). Selon ce scénario, le volume des exportations de marchandises de la Chine a augmenté de 9,2 % en 2025, tandis que les prix à l’exportation fléchissaient de 3,4 %, prolongeant la tendance à la baisse des prix qui est en cours depuis 2022.

Malgré l’imposition de tarifs douaniers et l’aggravation des tensions commerciales avec de nombreux partenaires commerciaux, les échanges de marchandises des États-Unis ont également augmenté en volume au cours de 2025, avec une hausse de 3,1 % des exportations et de 4,4 % des importations. Cette expansion reflète en partie un mouvement d’achats anticipés, les entreprises accroissant leurs stocks avant les modifications tarifaires prévues. Les volumes d’importations fournissent une indication claire de ces achats faits par anticipation : les importations ont augmenté au premier trimestre de 2025, soit avant le « Jour de la Libération » en avril, puis ont ralenti subséquemment, les volumes d’importations au cours des 5 derniers mois de l’année tombant sous leurs niveaux de 2024. L’effet d’anticipation n’est pas aussi évident du côté des exportations : les volumes d’exportations de marchandises des États-Unis ont augmenté pendant 9 des 12 mois de 2025 par rapport à la même période en 2024, avec des gains particulièrement marqués en avril et en octobre.

Figure 1.2.5. : Croissance du volume des échanges de marchandises, par région clé, 2025 (%)

Figure 1.2.5. : Croissance du volume des échanges de marchandises, par région clé, 2025 (%)
Version texte - Figure 1.2.5.
RégionCroissance du volume des exportations de marchandises (%)Croissance du volume des importations de marchandises (%)
Données : Bureau d’analyse des politiques économiques des Pays-Bas.
Source : Bureau de l’économiste en chef, Affaires mondiales Canada.
Pays avancés d’Asie (sauf le Japon)15,8 %12,6 %
Chine8,5 %0,6 %
Amérique latine6,5 %7,1 %
Pays émergents d’Asie (sauf la Chine)6,0 %7,7 %
Japon4,6 %4,8 %
Monde4,4 %4,0 %
États-Unis3,1 %4,4 %
Afrique et Moyen-Orient2,7 %-0,1 %
Autres économies avancées1,1 %3,2 %
Pays émergents d’Europe centrale et d’Europe de l’Est-0,1 %2,4 %
Zone euro-0,5 %1,3 %
Royaume-Uni-1,5 %4,7 %

Alors que l’économie et les flux commerciaux mondiaux sont demeurés résilients face aux vents contraires d’origine tarifaire, les relations commerciales bilatérales entre les États-Unis et la Chine ont continué de se dégrader en 2025. L’escalade des mesures tarifaires entre les deux pays a culminé en mai 2025 avec des taux d’environ 125 % sur les importations américaines en provenance de la Chine et de 150 % sur les importations chinoises en provenance des États-Unis, avant qu’une trêve temporaire ne survienne. Bien que les taux tarifaires aient diminué considérablement vers la fin de l’année, les droits tarifaires réciproques des États-Unis et de la Chine sont demeurés nettement plus élevés que ceux appliqués aux autres partenaires commerciaux (Bown, 2025). En volume, les importations de marchandises des États-Unis en provenance de la Chine ont diminué de 28,0 % en 2025, et de 41,5 % par rapport à 2018, lorsque le premier conflit commercial entre les États-Unis et la Chine a fait irruption. Par contre, les volumes d’importations de marchandises des États-Unis en provenance du reste du monde ont progressé de 9,4 % en 2025 (Bown, 2026). La contraction des importations américaines en provenance de la Chine en 2025 a coïncidé avec des gains importants d’autres pays fournisseurs, notamment Taïwan (produits informatiques liés à l’IA), le Vietnam (ordinateurs portables, moniteurs, consoles de jeux vidéo et produits informatiques liés l’IA) et le Mexique (produits informatiques liés à l’IA), marquant une réorientation significative des sources d’importations américaines (Bown, 2026).

La valeur des exportations de marchandises des États-Unis vers la Chine a fortement reculé en 2025, avec une baisse de 25,8 %, tandis que les exportations vers d’autres destinations augmentaient de 8,0 %. Toutefois, les gains à l’exportation vers les autres destinations n’ont pas entièrement compensé les pertes enregistrées sur le marché chinois. Les baisses d’exportations vers la Chine (au niveau SH4) s’élèvent à environ 45 milliards de dollars US. Bien que les exportations des mêmes produits vers d’autres marchés aient augmenté d’environ 42 milliards de dollars US, cette expansion n’a pas été suffisante pour compenser pleinement le recul subi sur le marché chinois. Un exemple clé est le soja : les exportations des États-Unis vers la Chine ont chuté de 9,6 milliards de dollars US, alors qu’elles n’ont augmenté que de 1,5 milliard de dollars US vers les autres destinations.

Figure 1.2.6. : Croissance de la valeur du commerce des marchandises des États-Unis et de la Chine, 2025 (%)

Figure 1.2.6. : Croissance de la valeur du commerce des marchandises des États-Unis et de la Chine, 2025 (%)
Version texte - Figure 1.2.6.
Flux commerciauxCroissance en 2025 (%)
Données : Département du Commerce des États-Unis et douanes chinoises via l’Atlas du commerce mondial.
Source : Bureau de l’économiste en chef, Affaires mondiales Canada.
Exportations des États-Unis vers la Chine-25,8 %
Importations aux États-Unis en provenance de la Chine-29,7 %
Exportations des États-Unis vers d’autres pays8,0 %
Importations aux États-Unis en provenance d’autres pays9,9 %

Alors que les échanges commerciaux entre les États-Unis et la Chine continuent de s’affaiblir tandis que ceux avec d’autres partenaires se développent, une question importante se pose : les échanges bilatéraux sont-ils de plus en plus réorientés vers des économies « intermédiaires », comme le Mexique et le Vietnam? Les analyses effectuées avec des données allant jusqu’en 2024 indiquent que, même si les liens commerciaux indirects via des pays tiers se sont renforcés, ils ne représentent qu’une part relativement faible du déclin global des échanges directs entre les États-Unis et la Chine (Organisation mondiale du commerce, 2026; University of International Business and Economics et coll., 2025). Une préoccupation connexe et de plus vaste portée est la fragmentation potentielle du commerce international en blocs occidental et oriental plus ou moins bien définis, ancrés sur les États-Unis et la Chine et façonnés par l’alignement géopolitique des divers pays sur l’un ou l’autre. Des recherches menées par l’Organisation mondiale du commerce (2026) et Blanga‑Gubbay et Rubínová (2024) montrent que, depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, l’expansion des échanges commerciaux entre les blocs a été inférieure à celle des échanges au sein des blocs, les données pour 2025 indiquant une nouvelle accélération de cette tendance vers une fragmentation. L’analyse complémentaire effectuée par le Fonds monétaire international (2026) à l’aide d’un modèle de gravité indique également que la distance géopolitique est devenue un facteur plus contraignant pour le commerce international des biens au cours de la période postérieure à 2022.

Regard vers l’avenir

Après avoir fait preuve de résilience face aux droits de douane et aux tensions commerciales, l’économie mondiale est maintenant confrontée à une nouvelle source d’incertitude découlant du conflit militaire au Moyen-Orient. Dans ses prévisions d’avril 2026, le FMI prévoyait que la croissance économique mondiale se stabiliserait à 3,1 % en 2026 et à 3,2 % en 2027, en retrait par rapport au niveau de 3,4 % enregistré en 2025 (Fonds monétaire international, 2026). Ces prévisions supposent que le conflit sera relativement éphémère et que les perturbations des marchés de l’énergie et des routes de transport seront contenues. Cependant, derrière les projections d’ensemble, les impacts varient considérablement d’un pays à l’autre. Les économies à faible revenu importatrices d’énergie subissent des pressions disproportionnées par suite de la hausse des prix de l’énergie et des denrées alimentaires, lesquelles sont aggravées par la dépréciation des monnaies. Les prévisions de croissance ont également été révisées à la baisse pour les marchés émergents et les économies avancées qui sont des importateurs nets d’énergie, mais dans une moindre mesure que pour les pays à faible revenu importateurs d’énergie. En revanche, les répercussions sur la croissance des pays exportateurs d’énergie diffèrent selon leur niveau de revenu, avec de modestes révisions à la baisse pour les économies avancées, des effets globalement neutres pour les pays à faible revenu et des révisions à la hausse pour les marchés émergents exportateurs d’énergie.

Si le conflit se prolonge et si la reprise des activités de production et de transport prend plus de temps que prévu, l’impact sur l’activité économique mondiale sera beaucoup plus sévère. Pour tenir compte de ce risque, le FMI présente deux scénarios alternatifs. Dans le scénario défavorable, les prix du pétrole augmenteraient de 80 % au deuxième trimestre de 2026 par rapport aux prévisions de janvier, abaissant la croissance mondiale à 2,5 % en 2026 et à 3,0 % en 2027. Dans le scénario plus pessimiste, les prix du pétrole augmenteraient de 100 % sur la même période, la croissance économique mondiale tombant à 2,0 % en 2026 et à 2,2 % en 2027.

Après une forte croissance de 4,6 % en 2025, on s’attend à ce que le volume des échanges mondiaux de marchandises diminue considérablement, pour s’établir à 1,9 % en 2026, avant de remonter légèrement à 2,6 % en 2027. Selon l’Organisation mondiale du commerce (2026), un choc prolongé du prix du pétrole en lien avec le conflit dans un scénario de prix élevé du pétrole pourrait freiner davantage la croissance du commerce, ce qui risquerait de limiter celle-ci à 1,4 % en 2026 avant une reprise plus forte en 2027. Inversement, si le conflit s’avère de courte durée et si l’investissement dans l’intelligence artificielle demeure robuste au cours des deux prochaines années, le volume du commerce mondial des marchandises pourrait augmenter plus rapidement, atteignant 2,4 % en 2026 et 2,7 % en 2027 dans ce scénario de forte IA.

Figure 1.2.7. : Croissance de l’économie mondiale et du commerce (%)

Figure 1.2.7. : Croissance de l’économie mondiale et du commerce (%)
Version texte - Figure 1.2.7.
AnnéeCroissance prévue du PIB mondial (%)Croissance prévue du volume du commerce mondial des marchandises (%)
RéférenceScénario défavorableScénario sévèreRéférenceScénario de prix élevé du pétroleScénario de forte IA
Données : Fonds monétaire international (FMI) et Organisation mondiale du commerce (OMC).
Source : Bureau de l’économiste en chef, Affaires mondiales Canada.
20263,1 %2,5 %2,0 %1,9 %1,4 %2,4 %
20273,2 %3,0 %2,2 %2,6 %2,8 %2,7 %

1.3. Performance économique canadienne

Les tarifs américains, sous forme de menaces ou réellement appliqués, ont engendré de l’incertitude et ont eu un impact majeur sur l’économie canadienne en 2025, mais les effets n’ont pas été ressentis de manière égale. L’activité économique canadienne a progressé de 1,9 % en 2025, le taux de croissance le plus faible depuis la pandémie de Covid-19, les exportations nettes ayant freiné la croissance. En revanche, la croissance stable de la consommation des ménages et l’augmentation des investissements publics ont été des moteurs de la croissance économique.

La fluctuation des volumes d’échanges (la valeur du commerce à l’exclusion des prix) a eu des répercussions importantes sur l’économie canadienne, affichant des variations trimestrielles importantes. Au premier trimestre de 2025, alors que les entreprises canadiennes ont accéléré leurs achats de stocks pour éviter d’éventuels droits de douane, l’accumulation des stocks est devenue le principal moteur de la croissance économique au Canada. Par ailleurs, l’accumulation des stocks a également poussé les entreprises canadiennes et américaines à importer les unes auprès des autres, entraînant une forte hausse du volume des exportations et des importations; les exportations dépassant légèrement les importations, ce qui signifie que les exportations nettes (c.-à-d. les exportations moins les importations) ont contribué positivement à la croissance économique. Au deuxième trimestre, les volumes d’importation ont maintenu le même rythme, mais les volumes d’exportation ont chuté, ce qui signifie que les exportations nettes ont eu un effet négatif sur la croissance économique. Toutefois, l’accumulation des stocks est demeurée un moteur essentiel de la croissance économique.

Figure 1.3.1. : Contribution trimestrielle des exportations nettes et des stocks à la croissance économique

Figure 1.3.1. : Contribution trimestrielle des exportations nettes et des stocks à la croissance économique
Version texte - Figure 1.3.1.

Cette figure décrit l’impact des exportations nettes et de l’accumulation des stocks sur la croissance trimestrielle du PIB canadien en 2025. Au premier trimestre, l’application anticipée de droits de douane a entraîné une forte augmentation de l’accumulation des stocks, ce qui a contribué positivement à la croissance économique. La forte hausse des exportations a légèrement dépassé celle des importations, ce qui a permis aux exportations nettes de contribuer positivement aux résultats. Au deuxième trimestre, l’accumulation des stocks a continué de faire une contribution positive. Parallèlement, les exportations ont chuté alors que les importations sont demeurées stables, ce qui signifie que les exportations nettes ont eu une incidence négative sur la croissance économique. Au troisième trimestre, les entreprises ont commencé à réduire leurs stocks, ce qui a freiné la croissance. Les exportations ont légèrement rebondi, tandis que les importations diminuaient, et les exportations nettes ont donc soutenu la croissance économique. Au quatrième trimestre, les entreprises ont continué à réduire leurs stocks, ce qui a eu un impact négatif sur la croissance. Les exportations ont poursuivi leur poussée tandis que les importations se sont maintenues au même niveau, et les exportations nettes ont soutenu la croissance économique.

Alors que le volume des exportations a rebondi modérément au troisième et au quatrième trimestres, les volumes d’importation ont diminué par rapport au premier semestre de 2025, ce qui a fait une contribution positive à la croissance économique durant la seconde moitié de l’année. Cependant, la décumulation des stocks a ralenti la croissance économique au second semestre. Sur une base annuelle, le volume des exportations canadiennes de biens et services a réduit la croissance du PIB en 2025 pour la première fois depuis la crise financière mondiale (à l’exception de la pandémie de Covid-19). Pour la première fois depuis 2022, l’accumulation des stocks a contribué positivement à la croissance économique en 2025, mais la contribution nette a été modeste car l’accumulation des stocks survenue au premier semestre a été presque compensée par une décumulation au second semestre.

Figure 1.3.2. : Croissance annuelle du PIB canadien (%) et contribution à la croissance (points de pourcentage) des échanges nets et de l’accumulation des stocks

Figure 1.3.2. : Croissance annuelle du PIB canadien (%) et contribution à la croissance (points de pourcentage) des échanges nets et de l’accumulation des stocks
Version texte - Figure 1.3.2.
AnnéeCroissance du PIB (%)Contribution des échanges nets à la croissance (points de pourcentage)Contribution de l’accumulation des stocks à la croissance (points de pourcentage)Contribution des Autres (p. ex., consommation, investissement en capital) à la croissance (points de pourcentage)
Données : Statistique Canada, tableau 36-10-0699-01.
Source : Bureau de l’économiste en chef, Affaires mondiales Canada.
20150,6 %0,8 pp-0,5 pp0,3 pp
20161,0 %0,4 pp-0,0 pp0,6 pp
20173,0 %-1,1 pp0,9 pp3,2 pp
20182,7 %-0,0 pp0,0 pp2,8 pp
20191,9 %0,8 pp-0,2 pp1,3 pp
2020-5,0 %0,4 pp-1,3 pp-4,2 pp
20216,0 %-1,5 pp1,0 pp6,5 pp
20224,7 %-0,9 pp1,4 pp4,2 pp
20232,0 %1,6 pp-1,2 pp1,5 pp
20242,0 %0,1 pp-0,2 pp2,1 pp
20251,9 %-0,4 pp0,0 pp2,2 pp

Malgré les défis tarifaires et les craintes de récession, les ménages canadiens ont maintenu leur rythme de consommation en 2025, avec une croissance de 2,4 %, ce qui a constitué le principal contributeur à la croissance de l’activité économique sur l’année. La consommation des ménages a été soutenue par les baisses de taux d’intérêt de la Banque du Canada survenues en 2024 et 2025 qui ont contribué à réduire le ratio du service de la dette (remboursement de l’endettement en proportion du revenu disponible) par rapport aux années précédentes, libérant des revenus pour dépenser ou épargner. Les solides gains enregistrés sur les marchés boursiers ont également accru la richesse des ménages canadiens, accroissant du même coup la capacité de dépenser. Alors que l’augmentation du taux de chômage, passé de 6,3 % en 2024 à 6,8 % en 2025, a pesé sur la consommation des ménages, l’impact a été partiellement compensé par le fait que la majeure partie de la hausse a été concentrée chez les jeunes (15-24 ans). Le chômage parmi la main-d’œuvre en âge de travailler (25-54 ans), qui représente une part plus importante des dépenses de consommation, a augmenté plus modestement.

Dans l’ensemble, les investissements dans l’économie canadienne ont progressé de 1,6 % en 2025, les investissements gouvernementaux compensant les difficultés liées aux investissements commerciaux non résidentiels. D’une part, l’investissement des entreprises est demeuré faible, les investissements dans les structures non résidentielles, les machines et les équipements progressant de seulement 0,2 %, et les investissements dans la propriété intellectuelle n’ont progressé que de 0,4 %, soit la plus faible croissance depuis la pandémie. En revanche, l’investissement résidentiel a augmenté de 0,5 %, la première avancée depuis 2021, alors que l’investissement gouvernemental a gagné 7,2 %, la hausse la plus forte depuis 2010. Les investissements publics ont été soutenus par la tendance vers une croissance stimulée par les dépenses consacrées aux infrastructures et aux systèmes d’armement, qui visent à atteindre les objectifs de dépenses de défense.

Performance au niveau de l’industrie

Dans une perspective sectorielle, les industries de biens et les industries de services ont connu une croissance similaire en 2025. Mais sous la surface, les tarifs américains ont eu des impacts divergents sur les industries canadiennes, les secteurs exposés ou fortement exposés (exposés, par la suite) au commerce extérieur n’ayant crû que de 1,1 %, leur plus faible gain depuis 2015 si l’on exclut la pandémie. Les industries non exposées au commerce (ou à l’abri du commerce) ont progressé de 2,0 %, soit près du double du taux observé pour les industries exposées aux échanges commerciaux. Cette tendance divergente se manifeste également dans la croissance de l’emploi, l’emploi dans les industries exposées au commerce ayant reculé de 0,2 % en 2025, tandis qu’il augmentait de 0,6 % dans les industries qui sont à l’abri du commerce.

Au sein des industries de biens exposées aux échanges commerciaux, on constate une divergence de croissance économique entre les industries de ressources naturelles et l’industrie manufacturière. Les industries de ressources naturelles (agriculture, foresterie, pêche et chasse; mines, carrières et extraction pétrolière et gazière) ont enregistré une progression, tandis que la plupart des industries manufacturières ont décliné. Les industries liées aux ressources naturelles ont profité de plusieurs facteurs, dont l’augmentation de la production végétale par suite de rendements plus élevés, la hausse de la production de pétrole brut en réponse à la demande étrangère et l’augmentation des prix de nombreux métaux et minéraux, qui ont tous compensé l’incertitude qui aurait pu provenir des tensions commerciales américaines.

Dans le secteur manufacturier, certains sous-secteurs ont été visés par les tarifs adoptés en vertu de l’article 232 aux États-Unis, en plus de subir l’incertitude générale liée aux tensions commerciales américaines. En particulier, le PIB du secteur des véhicules automobiles et de la fabrication de pièces a diminué de 1,4 % en 2025, après une baisse de 10,7 % en 2024, les constructeurs automobiles réduisant leur production sous l’effet des droits tarifaires américains appliqués sur les véhicules particuliers, les camions et les pièces automobiles en vertu de l’article 232. Bien qu’il existe des exemptions tarifaires pour certains véhicules particuliers, camions et pièces automobiles, l’incertitude et la complexité de ces exemptions ont pesé sur l’activité économique. L’emploi dans l’automobile et la fabrication de pièces a reculé de 3,4 % en 2025 après une baisse de 2,7 % l’année précédente.

Un autre sous-secteur fortement exposé au commerce est la fabrication de métaux primaires, qui comprend la fabrication de fer, d’acier et d’aluminium. L’activité économique dans la fabrication de métaux primaires a chuté de 6,4 %, la troisième baisse consécutive et la plus importante depuis la crise financière mondiale si nous excluons la pandémie de Covid-19. L’emploi dans la fabrication de métaux primaires a fléchi de 2,1 %, soit la quatrième baisse annuelle d’affilée.

Il est à noter que la fabrication d’ordinateurs et de produits électroniques est l’un des rares sous-secteurs manufacturiers à contrer la tendance, avec des gains de 2,1 % en 2025, malgré le fait qu’il soit l’un des sous-secteurs les plus exposés au commerce. Cette progression de la fabrication d’ordinateurs et de produits électroniques coïncide avec la croissance du commerce mondial des produits liés à l’IA en 2025, comme l’a noté l’Organisation mondiale du commerce (2026). L’emploi dans la fabrication d’ordinateurs et de produits électroniques a augmenté de 1,0 % en 2025.

Figure 1.3.3. : Croissance du PIB canadien et de l’emploi en 2025, par industrie

Figure 1.3.3. : Croissance du PIB canadien et de l’emploi en 2025, par industrie
Version texte - Figure 1.3.3.
IndustrieCroissance annuelle du PIB (%)Croissance annuelle de l’emploi (%)
Note : Les industries fortement exposées sont celles où les emplois attribuables à la demande étrangère dépassent 35 % de l’emploi total; les industries exposées sont celles où les emplois attribuables à la demande étrangère se situent entre 20 % et 35 % de l’emploi total.
Données : Statistique Canada, tableau 36-10-0434-01 et tableau 14-10-0220-01.
Source : Bureau de l’économiste en chef, Affaires mondiales Canada.
Ensemble des industries1,7 %0,3 %
Industries exposées ou fortement exposées au commerce1,1 %-0,2 %
Industries non exposées2,0 %0,6 %

1.4. Faits saillants de la performance du Canada en matière de commerce international[

En 2025, le commerce canadien des biens et services a progressé à son rythme le plus lent en plusieurs années à mesure que l’incertitude dans le monde et les tensions liées au commerce ont pesé sur les échanges internationaux. Les exportations de biens et services ont augmenté de 0,7 %, la performance la plus faible depuis 2016 (à l’exclusion de la pandémie de Covid-19), tandis que les importations étaient en hausse de 3,0 %. Les importations ayant crû plus rapidement que les exportations, le déficit commercial combiné des biens et services du Canada s’est creusé pour atteindre 29,0 milliards de dollars, son niveau le plus élevé de la période post-pandémie. La hausse des prix explique l’augmentation du commerce canadien de biens et services en 2025. En supprimant l’effet des prix pour ne considérer que les volumes, les exportations de biens et services ont fléchi de 1,4 %, marquant la première baisse annuelle depuis 2009 (à l’exclusion de la pandémie). Le volume des importations de biens et services a aussi baissé légèrement, soit de 0,3 %.

Le paysage commercial en 2025 a été marqué par une forte divergence entre l’affaiblissement du commerce avec les États-Unis et la forte expansion des échanges avec le reste du monde. Alors que les exportations de services vers les États-Unis se sont maintenues du fait qu’elles n’ont pas été touchées directement par les tarifs américains, les exportations de biens vers ce pays ont fortement chuté en raison de la faiblesse des secteurs du pétrole brut et des véhicules à moteur et pièces, amplifiée par une série de mesures tarifaires américaines. En revanche, les exportations vers les marchés non américains ont fortement augmenté, sous l’effet d’une hausse exceptionnelle des exportations d’or vers le Royaume-Uni, d’un volume croissant d’exportations de pétrole brut vers l’Union européenne et la région indo-pacifique, et d’un possible détournement tarifaire. Ce changement de dynamique a propulsé la part des exportations canadiennes vers des destinations autres que les États-Unis à son plus haut niveau depuis le début des années 1980.

Figure 1.4.1. : Le commerce des biens et services du Canada

Figure 1.4.1. : Le commerce des biens et services du Canada
Version texte - Figure 1.4.1.
AnnéeExportations (milliards $)Importations (milliards $)Balance commerciale (milliards $)
Données : Statistique Canada, tableau 36-10-0014-01, sur la base de la balance des paiements.
Source : Bureau de l’économiste en chef, Affaires mondiales Canada.
2005523,9 G$467,7 G$56,2 G$
2006529,8 G$488,6 G$41,2 G$
2007540,0 G$505,7 G$34,3 G$
2008569,9 G$540,7 G$29,3 G$
2009448,1 G$470,7 G$-22,7 G$
2010485,9 G$517,2 G$-31,2 G$
2011544,3 G$564,5 G$-20,3 G$
2012554,6 G$589,1 G$-34,5 G$
2013577,0 G$606,8 G$-29,8 G$
2014633,1 G$651,2 G$-18,1 G$
2015634,0 G$683,0 G$-49,1 G$
2016638,1 G$685,9 G$-47,8 G$
2017673,3 G$720,3 G$-46,9 G$
2018722,7 G$766,3 G$-43,6 G$
2019748,5 G$782,4 G$-33,9 G$
2020654,5 G$703,5 G$-49,1 G$
2021790,5 G$787,9 G$2,6 G$
2022965,8 G$951,8 G$14,0 G$
2023988,6 G$985,4 G$3,2 G$
20241 009,3 G$1 015,0 G$-5,7 G$
20251 016,3 G$1 045,2 G$-29,0 G$

La performance par catégorie de produits

Alors que 3 des 4 principales catégories de services ont enregistré des gains à l’exportation, seulement 4 des 11 grandes catégories d’exportations de biens ont progressé en 2025, reflétant une faiblesse généralisée du côté des biens. En tête de ce déclin se trouvaient les produits énergétiques, la plus grande catégorie d’exportations de biens du Canada, qui a reculé de 6,9 % (-12,0 milliards de dollars). Contrairement à la tendance générale des exportations, où la croissance a été portée par les prix en 2025, les prix des produits énergétiques ont chuté de 8,1 %, contre une hausse de 1,3 % des volumes exportés. Dans le secteur de l’énergie, la baisse des exportations de pétrole brut a été partiellement compensée par une augmentation des exportations de gaz naturel. Bien que la baisse des prix à l’exportation du pétrole brut au Canada ait été généralisée, la variation des volumes exportés indique que les expéditions vers les États-Unis ont diminué tandis que les volumes exportés vers d’autres destinations ont augmenté suffisamment pour compenser cette baisse. Le volume des exportations de pétrole brut vers l’Europe en provenance de Terre-Neuve-et-Labrador a augmenté et, simultanément, l’expansion du pipeline Trans Mountain a fourni une capacité supplémentaire d’exportation vers l’Asie en provenance de l’Ouest canadien. Par ailleurs, la hausse des exportations de gaz naturel s’explique principalement par l’augmentation des prix et des volumes exportés aux États-Unis.

L’augmentation de 16,8 milliards de dollars des exportations de métaux et de produits minéraux non métalliques, deuxième catégorie d’exportations de biens du Canada, a compensé certaines faiblesses dans d’autres catégories de biens. Pour la deuxième année consécutive, les métaux et les produits minéraux non métalliques ont été les principaux contributeurs à la croissance globale des exportations. La croissance a été largement soutenue par les prix de l’or, poussés par un niveau élevé d’incertitude économique à travers le monde. En fait, si l’on exclut les exportations de métaux du groupe de l’or, de l’argent et du platine bruts et leurs alliages, les exportations de métaux et de produits minéraux non métalliques auraient reculé de 3,5 milliards de dollars car de nombreux produits de cette catégorie ont été touchés par les tarifs adoptés en vertu de l’article 232 aux États-Unis sur l’aluminium et les produits sidérurgiques.

Les exportations de véhicules à moteur et pièces, la troisième catégorie d’exportations de biens du Canada, ont continué à lutter pour surmonter l’incertitude engendrée par la politique commerciale américaine et les tarifs douaniers. La valeur de ces exportations a fléchi de 3,0 % (‐2,8 milliards de dollars), après une baisse de 7,0 % (‐7,1 $ milliards de dollars) en 2024. Cette catégorie d’exportations, déjà en difficulté en 2024 par suite d’une baisse de la production canadienne imputable à la mise à l’arrêt temporaire ou à l’exploitation sous la capacité de plusieurs usines d’assemblage en Ontario suite à des décisions de réorganisation de la production, a dû faire face à des obstacles majeurs liés aux tarifs américains appliqués en vertu de l’article 232 en 2025. Dans le secteur des véhicules à moteur et pièces, le recul des exportations de voitures particulières et de camions légers a été le principal facteur de la baisse globale observée au cours des deux dernières années.

En revanche, les exportations de services ont connu une forte croissance, en hausse de 3,8% (+8,8 milliards de dollars) en 2025. Les services commerciaux ont été à l’origine de l’expansion, avec des gains de 4,0% (+5,5 milliards de dollars), les principaux contributeurs ayant été les services d’entretien et de réparation (+2,0 milliards de dollars), les services personnels, culturels et récréatifs (+1,2 milliard de dollars), et les services de télécommunication, d’informatique et d’information (+1,2 milliard de dollars).

Les exportations de services de transport ont augmenté de 8,2 % (+1,7 milliard de dollars) avec des gains à la fois dans les modes de transport aérien et maritime (frais de transport et tarifs passagers). Les exportations de services de voyage ont augmenté de 2,3 % (+1,6 milliard de dollars) malgré la diminution du nombre d’étudiants étrangers et de visiteurs non-résidents entrant au Canada. Les données de 2025 indiquent que, bien que le nombre de voyages internationaux entrants ait diminué, les dépenses par voyage ont augmenté, ce qui s’est soldé par une hausse nette de la valeur globale des exportations de services de voyage.

L’augmentation des importations de biens et services a été plus largement répartie que celle des exportations, alors que 8 des 11 principales catégories de biens et 3 des 4 grandes catégories de services ont enregistré une croissance. Les biens de consommation ont progressé de 4,6 % (+7,2 milliards de dollars) sous l’effet d’une augmentation des importations des autres produits alimentaires (+10,1 %, ou 2,0 milliards de dollars), de vêtements, chaussures et accessoires (9,0 %, ou 1,9 milliard de dollars), et des marchandises et fournitures diverses (6,0 %, ou 1,5 milliard de dollars).

Les importations de minerais métalliques et de minéraux non métalliques ont augmenté de 33,3 % (+6,8 milliards de dollars), le gain annuel le plus élevé en pourcentage depuis 2010, par suite de la croissance des volumes importés, les prix à l’importation ayant fléchi de 4,6 %. Dans cette catégorie, la croissance a été principalement imputable à l’augmentation des importations de minerais et de concentrés métalliques, un groupe qui comprend des minerais et des concentrés d’or, d’argent, de bauxite et d’oxyde d’aluminium, de plomb, de zinc, etc.

Les importations de matériel et de pièces électroniques et électriques ont aussi fortement augmenté, gagnant 6,4 % (+5,7 milliards de dollars). Dans cette catégorie, la progression des ordinateurs et des périphériques informatiques, en hausse de 12,9 %, a été particulièrement notable, constituant la plus forte augmentation en pourcentage depuis les années 1990. Cela cadre avec l’observation de l’Organisation mondiale du commerce (2026) que les biens liés à l’intelligence artificielle ont été un moteur clé de la croissance du commerce mondial en 2025, suggérant que les tendances des importations du Canada ont suivi cette tendance internationale plus vaste.

Les services commerciaux ont progressé de 3,1 % (+4,1 milliards de dollars) alors que les importations de services techniques et commerciaux étaient en forte hausse. Les importations de services de transport ont augmenté de 5,6 % (+2,1 milliards de dollars), principalement en raison de la progression des services de transport par eau. Malgré le nombre moins élevé de résidents canadiens ayant voyagé à l’étranger en 2025, les importations de services de voyage ont augmenté de 2,4 % (+1,4 milliard de dollars), ce qui laisse penser que les personnes ayant voyagé ont dépensé davantage à l’étranger. La hausse des importations de services de voyage en 2025 a été la plus faible depuis les perturbations causées par la pandémie de Covid-19.

Tableau 1.4.1. : Commerce des biens et services du Canada par grande catégorie de produits, 2025

Catégorie de produitsExportationsImportations
Valeur (milliards $)Croissance annuelle (%)Croissance annuelle (milliards $)Valeur (milliards $)Croissance annuelle (%)Croissance annuelle (milliards $)
Données : Statistique Canada, tableaux 36-10-0020-01 et 36-10-0021-01, sur la base de la balance des paiements.
Source : Bureau de l’économiste en chef, Affaires mondiales Canada.
Produits de la ferme et de la pêche57,9 G$-1,1 %-0,7 G$33,6 G$5,5 %1,8 G$
Produits énergétiques162,2 G$-6,9 %-12,0 G$38,8 G$-2,8 %-1,1 G$
Minerais métalliques et minéraux non métalliques28,3 G$8,8 %2,3 G$27,3 G$33,3 %6,8 G$
Métaux et produits minéraux non métalliques119,4 G$16,4 %16,8 G$65,6 G$1,6 %1,0 G$
Produits chimiques, plastiques et caoutchouc38,4 G$-10,2 %-4,4 G$61,2 G$-0,1 %-0,1 G$
Produits forestiers45,1 G$-9,7 %-4,8 G$35,0 G$0,2 %0,1 G$
Machines et matériel industriels49,8 G$-1,4 %-0,7 G$91,0 G$2,9 %2,5 G$
Matériel électrique et électronique36,0 G$4,0 %1,4 G$93,4 G$6,4 %5,7 G$
Véhicules à moteur et pièces91,6 G$-3,0 %-2,8 G$141,4 G$-0,2 %-0,3 G$
Aéronefs et autres matériels de transport34,4 G$8,4 %2,7 G$29,1 G$4,1 %1,2 G$
Biens de consommation90,3 G$-1,2 %-1,1 G$165,1 G$4,6 %7,2 G$
Ensemble des biens775,8 G$-0,2 %-1,8 G$807,4 G$2,9 %22,6 G$
Services commerciaux143,9 G$4,0 %5,5 G$135,1 G$3,1 %4,1 G$
Services de voyage72,0 G$2,3 %1,6 G$60,8 G$2,4 %1,4 G$
Services de transport23,0 G$8,2 %1,7 G$40,0 G$5,6 %2,1 G$
Services gouvernementaux1,6 G$-4,5 %-0,1 G$1,9 G$0,0 %0,0 G$
Ensemble des services240,5 G$3,8 %8,8 G$237,8 G$3,3 %7,6 G$
Ensemble des biens et services1 016,3 G$0,7 %6,9 G$1 045,2 G$3,0 %30,2 G$

La performance par partenaire commercial

Les échanges avec les États-Unis, le plus grand partenaire commercial du Canada, se sont affaiblis considérablement en 2025. Les exportations canadiennes de biens et services vers les États-Unis ont reculé de 3,7 %, soit 26,3 milliards de dollars. Les faiblesses observées dans les exportations de produits énergétiques et de véhicules à moteur et pièces, les 2 principales catégories d’exportations de biens du Canada vers les États-Unis -- mises en évidence dans le tableau 1.4.1. ci-dessus – ont pesé sur la performance des exportations de biens. En outre, les exportations canadiennes de biens aux États-Unis ont dû faire face à divers obstacles tarifaires en 2025. La baisse des exportations canadiennes de biens aux États-Unis enregistrée en 2025 représente le troisième recul annuel consécutif et la plus forte chute depuis la crise financière mondiale de 2008-2009 (exclusion faite de la pandémie). On comptait également 542 entreprises de moins (-1,3 %) exportant des biens vers les États-Unis en 2025.

Toutefois, les exportations de services vers les États-Unis ont bien résisté. La croissance des exportations de services aux États-Unis a été de 6,9 %, soit de 8,3 milliards de dollars, en 2025, plus du double du rythme de 3,4 % observé en 2024. Cette croissance est principalement attribuable aux services commerciaux, qui ont progressé de 6,2 milliards de dollars, suivis par les services de voyage, qui ont augmenté de 2,1 milliards de dollars. Ces gains sont légèrement contrebalancés par une baisse modérée des exportations de services de transport et de services gouvernementaux vers ce pays.

Hors du marché américain, les exportations canadiennes ont affiché de solides résultats. Les exportations de biens et services vers des pays autres que les États-Unis ont augmenté de 11,1 % (+33,3 milliards de dollars) en 2025, la plus grande partie étant due à la vigueur des exportations de biens, qui ont gagné 32,8 milliards de dollars, la plus forte augmentation monétaire jamais enregistrée, bien qu’une part importante de ce gain soit attribuable aux exportations d’or, tel qu’expliqué ci-dessous. Compte tenu de la faiblesse des exportations canadiennes aux États-Unis et de la vigueur des exportations vers d’autres pays, la part non américaine des exportations canadiennes de biens et services a atteint le plus haut niveau depuis 1981. Le nombre d’exportateurs de marchandises vers des destinations non américaines a également augmenté de 292 (+1,8 %) en 2025, soit la première augmentation depuis 2019.

Figure 1.4.2. : Part des États-Unis et des autres pays dans les exportations canadiennes de biens et services (%)

Figure 1.4.2. : Part des États-Unis et des autres pays dans les exportations canadiennes de biens et services (%)
Version texte - Figure 1.4.2.
AnnéePart des États-Unis dans les exportations canadiennes de biens et services (%)Part des autres pays dans les exportations canadiennes de biens et services (%)
Données : Statistique Canada, tableau 36-10-0014-01, base de la balance des paiements.
Source : Bureau de l’économiste en chef, Affaires mondiales Canada.
198165,0 %35,0 %
198267,3 %32,7 %
198371,5 %28,5 %
198474,6 %25,4 %
198576,8 %23,2 %
198675,9 %24,1 %
198773,8 %26,2 %
198871,5 %28,5 %
198971,1 %28,9 %
199071,0 %29,0 %
199170,9 %29,1 %
199272,8 %27,2 %
199375,5 %24,5 %
199476,5 %23,5 %
199574,8 %25,2 %
199676,4 %23,6 %
199777,0 %23,0 %
199879,1 %20,9 %
199980,8 %19,2 %
200080,8 %19,2 %
200180,7 %19,3 %
200280,5 %19,5 %
200379,2 %20,8 %
200478,4 %21,6 %
200578,4 %21,6 %
200676,1 %23,9 %
200773,8 %26,2 %
200872,9 %27,1 %
200970,3 %29,7 %
201069,9 %30,1 %
201169,2 %30,8 %
201270,0 %30,0 %
201371,2 %28,8 %
201472,3 %27,7 %
201572,1 %27,9 %
201671,6 %28,4 %
201771,1 %28,9 %
201870,3 %29,7 %
201970,5 %29,5 %
202068,4 %31,6 %
202171,4 %28,6 %
202271,8 %28,2 %
202371,6 %28,4 %
202470,3 %29,7 %
202567,2 %32,8 %

Les exportations de biens et services vers le Royaume-Uni ont enregistré, de loin, les plus grands gains hors des États-Unis, augmentant de 50,0 % (+20,4 milliards de dollars). L’or a été le principal moteur de cette performance, affichant des prix et des volumes plus élevés. Les données sur le commerce des biens montrent que l’or a été responsable de la quasi-totalité de la croissance des exportations de biens vers le Royaume-Uni en 2025. Ce pays est un important pôle financier et importe donc beaucoup d’or (voir l’encadré 1.4.1. ci-dessous).

À la faveur de volumes plus élevés de pétrole brut et d’un possible détournement de commerce, les exportations vers l’Union européenne (+16,4 %, ou 9,5 milliards de dollars), ont également contribué à l’expansion vers des pays autres que les États-Unis. Les exportations de biens vers l’Union européenne ont progressé de 23,5 % en 2025, la plus forte croissance jamais enregistrée. Cette avancée a été menée par les matières premières, comme le pétrole brut, l’aluminium et les graines de canola. L’augmentation des exportations de pétrole brut provenant de Terre-Neuve-et-Labrador et destinées principalement aux Pays-Bas, à l’Allemagne, à l’Italie et à l’Espagne s’est manifestée par une hausse des volumes exportés alors que les prix à l’exportation ont fléchi. L’aluminium et les graines de canola laissent entrevoir un possible détournement de commerce; en effet, les droits de douane américains sur l’aluminium et ceux de la Chine sur les graines de canola ont entraîné une baisse des exportations de ces produits vers ces marchés respectifs, coïncidant avec l’expansion des exportations vers l’Union européenne.

Figure 1.4.3. : Les 2 ou 3 principaux moteurs de croissance des exportations de marchandises vers chacun des principaux partenaires non américains en 2025

Figure 1.4.3. : Les 2 ou 3 principaux moteurs de croissance des exportations de marchandises vers chacun des principaux partenaires non américains en 2025
Version texte - Figure 1.4.3.
Croissance des principales exportations de marchandises par marché clé hors des États-Unis (milliards $)Reste du mondeMexiqueIndo-pacifique (Chine exclue)ChineUnion européenneRoyaume-Uni
Données : Statistique Canada, via Global Trade Atlas.
Source : Bureau de l’économiste en chef, Affaires mondiales Canada.
Or     17,4 G$
Argent     0,4 G$
Pétrole brut  1,6 G$4,0 G$1,8 G$0,3 G$
Aluminium    1,5 G$ 
Graines de canola 0,3 G$0,8 G$ 0,7 G$ 
Minerais de cuivre   1,5 G$  
Huile de canola 0,2 G$    
Voitures particulières0,8 G$     
Potasse0,6 G$     
Autres-3,2 G$-0,3 G$-1,9 G$-1,1 G$4,1 G$-0,2 G$

Une autre région importante est celle de l’Indo-Pacifique, où les exportations canadiennes de biens et de services ont enregistré un gain de 4,6 %, ou 5,0 milliards de dollars, en 2025,Note de bas de page 1 soutenues principalement par les exportations de pétrole brut, qui ont bénéficié d’une capacité de transport accrue. 2025 est la première année complète où l’oléoduc Trans Mountain a été en exploitation, ouvrant ainsi l’accès au pétrole brut de l’Ouest canadien aux marchés étrangers de la région indo-pacifique. La Chine a été le principal bénéficiaire de cette nouvelle capacité d’exportation, avec des parts plus faibles pour Hong Kong, Singapour et la Corée du Sud. La croissance des exportations de pétrole brut a plus que compensé les faiblesses observées pour d’autres grands produits d’exportation tels que le charbon (baisse des prix à l’exportation), l’or (diminution significative des volumes exportés vers Hong Kong et l’Australie) et les produits agricoles assujettis à des droits tarifaires par la Chine.

Tableau 1.4.2. : Exportations du Canada vers ses principaux partenaires commerciaux, 2025

PartenaireExportations de biensExportations de servicesExportations totales
Valeur (milliards $)Croissance annuelle (%)Croissance annuelle (milliards $)Valeur (milliards $)Croissance annuelle (%)Croissance annuelle (milliards $)Valeur (milliards $)Croissance annuelle (%)Croissance annuelle (milliards $)
Données : Statistique Canada, tableaux 36-10-0023-01 et 12-10-0157-01, sur la base de la balance des paiements.
Source : Bureau de l’économiste en chef, Affaires mondiales Canada.
États-Unis555,4 G$-5,9 %-34,6 G$127,9 G$6,9 %8,3 G$683,3 G$-3,7 %-26,3 G$
Mexique9,4 G$-0,7 %-0,1 G$3,8 G$2,6 %0,1 G$13,2 G$0,2 %0,0 G$
Union européenne42,8 G$23,5 %8,2 G$24,9 G$5,8 %1,4 G$67,7 G$16,4 %9,5 G$
- Belgique3,9 G$0,9 %0,0 G$1,2 G$0,5 %0,0 G$5,1 G$0,8 %0,0 G$
- France5,0 G$14,2 %0,6 G$6,1 G$6,4 %0,4 G$11,1 G$9,8 %1,0 G$
- Allemagne9,1 G$35,1 %2,4 G$4,6 G$7,2 %0,3 G$13,7 G$24,3 %2,7 G$
- Italie3,9 G$19,1 %0,6 G$0,8 G$5,7 %0,0 G$4,7 G$16,6 %0,7 G$
- Pays-Bas9,7 G$34,1 %2,5 G$2,8 G$11,0 %0,3 G$12,4 G$28,2 %2,7 G$
- Espagne2,5 G$26,5 %0,5 G$0,9 G$25,5 %0,2 G$3,4 G$26,3 %0,7 G$
- Autres UE8,6 G$21,3 %1,5 G$8,5 G$2,2 %0,2 G$17,2 G$10,9 %1,7 G$
Royaume-Uni49,5 G$67,6 %20,0 G$11,6 G$3,5 %0,4 G$61,2 G$50,0 %20,4 G$
Région indo-pacifique76,5 G$6,1 %4,4 G$37,4 G$1,4 %0,5 G$113,8 G$4,6 %5,0 G$
- Chine34,9 G$15,0 %4,5 G$9,7 G$1,8 %0,2 G$44,7 G$11,8 %4,7 G$
- Inde4,0 G$-26,2 %-1,4 G$15,1 G$-0,5 %-0,1 G$19,1 G$-7,2 %-1,5 G$
- Japon14,7 G$-2,7 %-0,4 G$2,2 G$1,1 %0,0 G$16,9 G$-2,2 %-0,4 G$
- Corée du Sud7,2 G$-7,3 %-0,6 G$2,0 G$1,8 %0,0 G$9,2 G$-5,4 %-0,5 G$
- Australie3,7 G$18,4 %0,6 G$2,9 G$5,5 %0,2 G$6,6 G$12,4 %0,7 G$
- Hong Kong3,8 G$2,3 %0,1 G$2,8 G$1,3 %0,0 G$6,6 G$1,9 %0,1 G$
- Singapour3,2 G$41,6 %0,9 G$1,6 G$8,0 %0,1 G$4,7 G$28,4 %1,0 G$
- Indonésie3,0 G$30,7 %0,7 G$0,4 G$12,5 %0,0 G$3,4 G$28,5 %0,8 G$
- Taïwan2,0 G$-2,1 %0,0 G$0,7 G$5,2 %0,0 G$2,7 G$-0,4 %0,0 G$
Reste du monde42,2 G$0,6 %0,3 G$34,9 G$-5,1 %-1,9 G$77,1 G$-2,1 %-1,6 G$
Total, ensemble des pays775,8 G$-0,2 %-1,8 G$240,5 G$3,8 %8,8 G$1 016,3 G$0,7 %6,9 G$

Les importations canadiennes de biens et services en provenance des États-Unis ont diminué en 2025, avec une baisse des exportations de biens de 3,0 % (-14,6 milliards de dollars). Les difficultés persistantes du secteur des véhicules à moteur et pièces ont contribué à ce déclin, alourdies par les pénuries de puces, ainsi que par les tarifs américains et les mesures de rétorsion canadiennes. Les importations de services en provenance des États-Unis ont légèrement augmenté de 0,2 %, ou 0,3 milliard de dollars, les gains dans les services commerciaux ayant compensé les pertes dans les importations de services de voyage.

Les importations de biens et services en provenance de pays autres que les États-Unis ont augmenté de 11,2 %, soit 44,5 milliards de dollars, en 2025. Quelques tendances clés ont appuyé cette croissance, notamment la recherche par les résidents canadiens de solutions de rechange aux voyages aux États-Unis, la hausse des prix et de la quantité d’or, les importations d’unités de traitement informatique et d’autres produits informatiques, suivant la tendance mondiale à l’expansion du commerce lié à l’IA, ainsi que l’augmentation des importations de véhicules à moteur et pièces.

Au niveau régional, les importations de biens et services provenant de la région de l’Indo-Pacifique (+8,3 % ou 11,6 milliards) représentent une part importante de cette croissance, en raison des importations de biens qui ont été stimulées par la croissance d’une gamme diversifiée de produits sans qu’aucun produit ne domine une grande part de la croissance. Du côté des services, la croissance a été soutenue par les importations en provenance du Japon (+25,0 % ou 1,0 milliard de dollars), grâce aux importations de services de voyage qui ont augmenté de 58,6 %.

Les importations canadiennes de biens et services en provenance de l’Union européenne ont augmenté de 6,4 %, soit 6,7 milliards de dollars. La croissance a été menée par les unités de traitement informatique, les turboréacteurs et pièces, les véhicules particuliers et les services de voyage.

Il y a également eu une expansion notable des importations en provenance du Mexique (+17,8 %, ou 6,2 milliards de dollars), grâce à une augmentation des importations de biens, soutenue par les véhicules à moteur transportant des biens, les véhicules particuliers et les unités de traitement informatique. Les importations de biens et services en provenance du reste du monde ont bondi de 19,1 %, soit 18,4 milliards de dollars. Les importations d’or en provenance de la Suisse, du Pérou et du Brésil ont soutenu cette croissance.

Tableau 1.4.3. : Importations du Canada en provenance des principaux partenaires commerciaux, 2025

PartenaireImportations de biensImportations de servicesImportations totales
Valeur (milliards $)Croissance annuelle (%)Croissance annuelle (milliards $)Valeur (milliards $)Croissance annuelle (%)Croissance annuelle (milliards $)Valeur (milliards $)Croissance annuelle (%)Croissance annuelle (milliard $)
Données : Statistique Canada, tableaux 36-10-0023-01 et 12-10-0157-01, sur la base de la balance des paiements.
Source : Bureau de l’économiste en chef, Affaires mondiales Canada.
États-Unis474,2 G$-3,0 %-14,6 G$129,9 G$0,2 %0,3 G$604,1 G$-2,3 %-14,2 G$
Mexique35,0 G$19,6 %5,7 G$6,3 G$8,9 %0,5 G$41,3 G$17,8 %6,2 G$
Union européenne78,3 G$5,7 %4,2 G$32,3 G$8,2 %2,4 G$110,6 G$6,4 %6,7 G$
- Belgique7,4 G$6,8 %0,5 G$1,1 G$-2,2 %0,0 G$8,6 G$5,5 %0,4 G$
- France7,1 G$13,0 %0,8 G$6,0 G$10,9 %0,6 G$13,1 G$12,0 %1,4 G$
- Allemagne20,2 G$2,1 %0,4 G$4,4 G$0,1 %0,0 G$24,5 G$1,7 %0,4 G$
- Italie10,3 G$11,1 %1,0 G$3,2 G$17,3 %0,5 G$13,5 G$12,5 %1,5 G$
- Pays-Bas7,0 G$7,2 %0,5 G$2,5 G$-6,7 %-0,2 G$9,5 G$3,2 %0,3 G$
- Espagne4,2 G$8,3 %0,3 G$2,0 G$14,1 %0,3 G$6,3 G$10,1 %0,6 G$
- Autres UE22,1 G$3,4 %0,7 G$13,1 G$11,3 %1,3 G$35,2 G$6,2 %2,1 G$
Royaume-Uni10,8 G$9,0 %0,9 G$13,1 G$5,6 %0,7 G$23,9 G$7,1 %1,6 G$
Région indo-pacifique122,2 G$8,3 %9,4 G$29,0 G$8,3 %2,2 G$151,2 G$8,3 %11,6 G$
- Chine65,2 G$6,1 %3,8 G$4,1 G$8,0 %0,3 G$69,2 G$6,2 %4,1 G$
- Inde7,0 G$18,8 %1,1 G$4,3 G$0,0 %0,0 G$11,4 G$10,9 %1,1 G$
- Japon16,0 G$-2,3 %-0,4 G$5,0 G$25,0 %1,0 G$21,0 G$3,1 %0,6 G$
- Corée du Sud16,0 G$7,7 %1,1 G$0,9 G$6,1 %0,1 G$16,9 G$7,6 %1,2 G$
- Australie4,1 G$46,0 %1,3 G$1,7 G$1,2 %0,0 G$5,8 G$29,2 %1,3 G$
- Hong Kong4,1 G$18,4 %0,6 G$6,9 G$6,8 %0,4 G$11,0 G$10,8 %1,1 G$
- Singapour2,9 G$38,5 %0,8 G$4,3 G$6,3 %0,3 G$7,2 G$17,3 %1,1 G$
- Indonésie2,4 G$19,3 %0,4 G$0,2 G$8,9 %0,0 G$2,6 G$18,3 %0,4 G$
- Taïwan4,6 G$16,4 %0,6 G$1,6 G$8,3 %0,1 G$6,2 G$14,3 %0,8 G$
Reste du monde87,0 G$24,2 %16,9 G$27,3 G$5,5 %1,4 G$114,3 G$19,1 %18,4 G$
Total, ensemble des pays807,4 G$2,9 %22,6 G$237,8 G$3,3 %7,6 G$1 045,2 G$3,0 %30,2 G$

Encadré 1.4.1. : Les exportations d’or du Canada

L’or est devenu l’un des principaux produits d’exportation du Canada, avec une forte hausse des exportations au cours des périodes d’incertitude générale. La part de l’or dans les exportations canadiennes de biens et services est passée de 1,3 % en 2007 à 6,8 % en 2025, avec une forte hausse durant les périodes d’incertitude, comme lors de la crise financière mondiale et ses conséquences, de la pandémie de Covid-19 et, plus récemment, des tensions commerciales engendrées par les États-Unis. La valeur des exportations d’or matériel du Canada en 2025 s’est élevée à 53,3 milliards de dollars, le deuxième plus important secteur d’exportation de produits de base du Canada après le pétrole brut.

Étant donné que les prix de l’or augmentent généralement en période d’incertitude économique, la croissance des exportations d’or en 2025 a été entièrement portée par les prix, qui ont bondi de 45,2 %, tandis que les quantités exportées diminuaient de 6,3 %. Cette situation est similaire à celles d’autres épisodes d’incertitude économique, comme lors de la pandémie de Covid-19, où les quantités exportées ont reculé de 21,2 % tandis que les prix augmentaient de 30,7 %, ou lors de la crise financière mondiale de 2009, où les quantités ont diminué de 15,4 % alors que les prix ont monté de 21,1 %.

Figure 1.4.4. : Part de l’or dans les exportations canadiennes de biens et services et croissance des exportations canadiennes d’or attribuable aux prix par rapport au volume

Figure 1.4.4. : Part de l’or dans les exportations canadiennes de biens et services et croissance des exportations canadiennes d’or attribuable aux prix par rapport au volume
Version texte - Figure 1.4.4.
AnnéeCroissance des prix à l’exportation de l’or (%)Croissance de la quantité d’or exportée (%)Part de l’or dans les exportations (%)
Données : Statistique Canada, via Global Trade Atlas, et tableaux 12-10-0163-01 et 12-10-0144-01.
Source : Bureau de l’économiste en chef, Affaires mondiales Canada.
20076,9 %2,5 %1,3 %
200825,1 %10,5 %1,6 %
200921,1 %-15,4 %2,2 %
201015,0 %43,8 %2,8 %
201120,7 %0,7 %3,6 %
20129,1 %-16,5 %3,3 %
2013-12,8 %21,2 %3,1 %
2014-3,5 %6,0 %2,9 %
20154,4 %-8,2 %2,9 %
201610,9 %-6,2 %3,0 %
2017-0,8 %4,7 %3,0 %
20181,9 %-9,2 %2,7 %
201910,0 %19,5 %3,3 %
202030,7 %-21,2 %4,4 %
2021-4,1 %-7,2 %3,2 %
20222,7 %22,6 %3,1 %
202314,3 %6,0 %3,6 %
202424,5 %7,8 %4,8 %
202545,2 %-6,3 %6,8 %

Les destinations des exportations d'or du Canada reflètent la structure du marché mondial de l'or, les flux allant vers des pôles de stockage et d'investissement (Londres, New York) et vers des centres d'affinage (Suisse, divers États américains). En période d'incertitude économique, les exportations d'or tendent à soutenir principalement des activités de stockage et d'investissement. Par exemple, en 2025, la croissance des exportations d'or vers le Royaume-Uni (+17,4 milliards de dollars) a été supérieure à celle des exportations d’or totales vers le monde (+14,1 milliards de dollars). Cette expansion notable vers le Royaume-Uni s’explique par le fait que Londres est l’un des plus grands centres mondiaux de négociation de l’or de gré à gré (World Gold Council, s.d.), une plaque tournante majeure pour le stockage et le deuxième plus grand marché pour les fonds négociés en bourse (FNB) adossés à l’or. Un FNB est un type de fonds d'investissement négocié en bourse qui peut détenir un ensemble d'actifs tels que des actions, des obligations, des matières premières, de l'or ou une combinaison de ces éléments. Ainsi, un FNB physiquement adossé à l'or détiendrait des lingots d'or stockés dans des voutes sécurisées. Les voutes sécurisées londoniennes abritent plus de la moitié de l'or alloué aux FNB à l'échelle mondiale (Gopaul, 2019). Alors que s'intensifie l'incertitude mondiale, les flux d'investissement vers ces FNB adossés à des actifs physiques augmentent, ce qui se traduit par une demande accrue d'or stocké en voutes sécurisées — et donc par une hausse des exportations canadiennes vers le Royaume-Uni. Il convient de noter que l'expansion des exportations d'or vers le Royaume-Uni en 2025 a été soutenue à la fois par une hausse des prix et par une augmentation des volumes, alors même que les exportations mondiales d'or ont globalement enregistré une baisse en volume.

1.5 La performance du Canada au chapitre de l’investissement direct étranger

En 2025, les sorties d’investissement direct étranger du Canada ont fortement diminué, tandis que les entrées enregistraient une légère augmentation. Plus précisément, après avoir légèrement reculé de 1,6 % en 2024, les flux d’investissement direct du Canada à l’étranger (IDCE) ont chuté de 42,2 % pour atteindre 73,8 milliards de dollars en 2025, la plus forte baisse en dollars depuis le début de cette série de données en 2007. Inversement, les flux d’investissement direct étranger (IDE) vers le Canada ont enregistré une hausse de 1,6 % en 2025 (après un gain robuste de 40,4 % en 2024) pour atteindre 93,0 milliards de dollars, le deuxième niveau le plus élevé jamais atteint après les 125,5 milliards de dollars enregistrés en 2007. Le niveau de l’IDCE a chuté sous sa moyenne décennaleNote de bas de page 2 en 2025, tandis que le niveau de l’IDE est demeuré au-dessus de la moyenne décennale (101,4 milliards de dollars pour l’IDCE et 57,8 milliards de dollars pour l’IDE).

La baisse importante des sorties d’IDCE en 2025 est principalement attribuable aux fusions et acquisitions (F et A), qui ont diminué de 46,6 milliards de dollars, à -4,1 milliards de dollars.Note de bas de page 3 Ce désinvestissement implique la vente d’actifs canadiens à l’étranger, très probablement aux États-Unis, où le niveau de F et A a reculé à -11,1 milliards de dollars. Les bénéfices réinvestis ont haussé le montant total des sorties d’IDCE de 10,2 milliards de dollars (+14,8 %), à 79,5 milliards de dollars, tandis que les autres flux l’ont réduit de 17,7 milliards de dollars à -1,6 milliard de dollars.

La hausse des flux d’IDE en 2025 a été principalement imputable à une augmentation (i) des bénéfices réinvestis de 20,0 % (5,5 milliards de dollars), après une légère baisse en 2024 (-1,4 milliard de dollars), et (ii) une hausse des F et A de 4,2 % (1,8 milliard de dollars) dans le sillage d’une forte augmentation en 2024 (19,8 milliards de dollars). Ces gains compensent la baisse de 26,4 % (5,8 milliards de dollars) des autres flux.

Comme l’illustre la Figure 1.5.1., les flux d’IDE ont dépassé les flux d’IDCE en 2025. Il s'agit de la première occurrence de ce schéma depuis 2013.

Figure 1.5.1. : Flux d’investissement direct étranger du Canada (milliards $)

Figure 1.5.1. : Flux d’investissement direct étranger du Canada (milliards $)
Version texte - Figure 1.5.1.
AnnéeInvestissement direct canadien à l’étranger (milliards $)Investissement direct étranger au Canada (milliards $)
Données : Statistique Canada, tableau 36-10-0025-01.
Source : Bureau de l’économiste en chef, Affaires mondiales Canada.
201466,6 G$65,2 G$
201586,2 G$56,1 G$
201692,1 G$47,8 G$
201798,9 G$29,6 G$
201875,2 G$48,8 G$
2019102,8 G$67,1 G$
202058,6 G$34,3 G$
2021132,9 G$77,1 G$
2022109,6 G$60,3 G$
2023129,9 G$65,2 G$
2024127,8 G$91,6 G$
202573,8 G$93,0 G$

Composition sectorielle

En ce qui concerne la concentration sectorielle, plus des quatre cinquièmes des flux d’IDCE en 2025 (83,2 %) sont survenus dans les secteurs suivants : commerce et transports (32,6 %), gestion de sociétés et d’entreprises (29,7 %) et autres industries (20,9 %).Note de bas de page 4

En 2025, les flux d’IDCE ont fortement diminué, soit de 54,0 milliards de dollars, par rapport à 2024 (passant de 127,8 milliards à 73,8 milliards de dollars). Cette baisse est en grande partie attribuable au secteur des finances et des assurances (-30,9 milliards de dollars), qui a connu son deuxième recul important d’affilée après un déclin de 35,8 milliards de dollars en 2024. Des baisses sont aussi survenues dans les secteurs de l’énergie et des mines (-11,3 milliards de dollars), du commerce et des transports (-9,3 milliards de dollars), de la gestion de sociétés et d’entreprises (-3,1 milliards de dollars) et des autres industries (-1,7 milliard de dollars).

Pour ce qui est de l’IDE, trois secteurs ont représenté un peu plus des deux tiers des flux (67,7 %) en 2025 : les autres industries (25,9 %), le commerce et les transports (25,2 %), et la gestion de sociétés et d’entreprises (16,6 %).

Comparé à 2024, les flux d’IDE en 2025 ont légèrement augmenté, soit de 1,5 milliard de dollars (passant de 91,6 milliards à 93,0 milliards de dollars). Les secteurs ayant le plus contribué à cette hausse sont la gestion de sociétés et d’entreprises, ainsi que le commerce et les transports. Plus précisément, les flux pour le secteur de la gestion de sociétés et d’entreprises ont atteint 15,4 milliards de dollars, contre 0,5 milliard de dollars en 2024, le niveau le plus élevé depuis 2022 (14,4 milliards de dollars). Les flux pour le secteur du commerce et des transports ont plus que doublé, passant de 11,5 milliards de dollars en 2024 à 23,5 milliards de dollars en 2025, la troisième hausse annuelle consécutive.

À l’inverse, des secteurs comme l’industrie manufacturière (-34,7 milliards de dollars) et l’énergie et les mines (-7,6 milliards de dollars) ont vu leurs flux chuter par rapport à 2024 (tableau 1.5.1.).

Tableau 1.5.1. : Flux d’IDCE et d’IDE par secteur, 2025

IndustrieValeur (milliards $)Variation par rapport à 2024 (milliards $)Variation par rapport à 2024 (%)
Données : Statistique Canada, tableau 36-10-0026-01. N.A. : non applicable.
Source : Bureau de l’économiste en chef, Affaires mondiales Canada.
Investissement direct du Canada à l’étranger
Énergie et extraction minière-5,6 G$-11,3 G$N.A.
Fabrication10,1 G$2,3 G$29,7 %
Commerce et transports24,0 G$-9,3 G$-27,9 %
Finances et assurances7,9 G$-30,9 G$-79,6 %
Gestion de sociétés et d’entreprises21,9 G$-3,1 G$-12,3 %
Autres industries15,4 G$-1,7 G$-10,1 %
Ensemble des industries73,8 G$-54,0 G$-42,2 %
Investissement direct étranger au Canada
Énergie et extraction minière9,5 G$-7,6 G$-44,3 %
Fabrication8,5 G$-34,7 G$-80,3 %
Commerce et transports23,5 G$12,0 G$104,0 %
Finances et assurances12,1 G$10,4 G$640,8 %
Gestion de sociétés et d’entreprises15,4 G$15,0 G$3187,8 %
Autres industries24,1 G$6,4 G$35,9 %
Ensemble des industries93,0 G$1,5 G$1,6 %

Composition géographique

Les États-Unis demeurent la première destination de l’IDCE, accaparant 34,4 % (25,4 milliards de dollars) des sorties totales en 2025. Toutefois, ce marché a également été le principal responsable de la baisse globale observée pour la deuxième année consécutive. Le recul de 40,2 milliards de dollars en 2025 a été le plus important depuis 2018. La plus grande partie de la baisse est survenue au premier trimestre, où les flux d’IDCE ont chuté à -0,8 milliard de dollars, représentant le premier désinvestissement des entreprises canadiennes aux États-Unis depuis 2010. La diminution des flux d’IDCE en 2025 a fait suite à une baisse substantielle de 37,0 milliards de dollars survenue en 2024, laquelle avait été précédée d’une augmentation de 51,8 milliards de dollars en 2023.

Le Royaume-Uni a été la deuxième destination de l’IDCE en 2025 avec une part de 15,4% du total. Notamment, ce pays figure parmi les 5 premières destinations de l’IDCE depuis 13 ans, sauf pour 2020 (10e) et 2021 (9e). Les autres principaux pays bénéficiaires de l’IDCE en 2025 ont été le Mexique (10,0 %), l’Allemagne (6,0 %) et la Suisse (5,1 %). Au cours des dernières années, les flux d’IDCE au Mexique ont considérablement augmenté, passant de 1,9 milliard de dollars en 2021 à 7,4 milliards de dollars en 2025. Les flux d’IDCE vers l’Allemagne sont également passés de 1,4 milliard de dollars à 4,4 milliards de dollars au cours de la même période.

Comparé à 2024, les États-Unis, le Royaume-Uni, le Mexique, et l'Allemagne sont demeurés parmi les cinq destinations principales de l’IDCE en 2025, tandis que la Suisse, nouveau pays du top cinq, a remplacé les îles Caïmans (désormais à la 14e place).

Figure 1.5.2. : Parts des cinq principaux pays dans les flux totaux d’IDCE et d’IDE, 2025

Figure 1.5.2. : Parts des cinq principaux pays dans les flux totaux d’IDCE et d’IDE, 2025
Version texte - Figure 1.5.2.
PaysPartages (%)
Données : Statistique Canada, tableau 36-10-0473-01.
Source : Bureau de l’économiste en chef, Affaires mondiales Canada.
Investissement direct du Canada à l’étranger
États-Unis34,4 %
Royaume-Uni15,4 %
Mexique10,0 %
Allemagne6,0 %
Suisse5,1 %
Investissement direct étranger au Canada
États-Unis56,9 %
Royaume-Uni9,8 %
Pays-Bas8,0 %
Îles Caïmans5,3 %
Luxembourg5,0 %

Les États-Unis sont demeurés le principal investisseur au Canada en 2025, représentant 56,9 % du total des entrées d’IDE, soit une part supérieure à la moyenne de la dernière décennie (2015-2024 : 50,4 %). Le Royaume-Uni (9,8 %) est entré dans le top 5 en tant que deuxième pays investisseur, échangeant sa quinzième place avec la Suisse. Les Pays-Bas (3e) sont également entrés dans le top 5 en remplacement de la Chine (10e). Les îles Caïmans (4e) font leur entrée dans le top 5, remplaçant le Japon (9e). Le Luxembourg conserve sa 5e place.

Tableau 1.5.2. : Flux d’IDCE et d’IDE, 2025 – cinq principaux pays

PaysValeur (milliards $)Variation par rapport à 2024 (milliards $)Variation par rapport à 2024 (%)
Données : Statistique Canada, tableau 36-10-0473-01. N.A. : non applicable.
Source : Bureau de l’économiste en chef, Affaires mondiales Canada.
Destinations de l’IDCE
États-Unis25,4 G$-40,2 G$-61,3 %
Royaume-Uni11,4 G$0,2 G$1,8 %
Mexique7,4 G$2,6 G$54,2 %
Allemagne4,4 G$0,6 G$15,7 %
Suisse3,8 G$1,0 G$36,6 %
Ensemble des pays73,8 G$-54,0 G$-42,2 %
Sources d’IDE
États-Unis52,9 G$0,8 G$1,5 %
Royaume-Uni9,1 G$13,2 G$N.A.
Pays-Bas7,4 G$5,2 G$234,3 %
Îles Caïmans5,0 G$7,4 G$N.A.
Luxembourg4,6 G$1,3 G$39,0 %
Ensemble des pays93,0 G$1,5 G$1,6 %

Il convient de noter que les données sur les flux d’IDCE et d’IDE reflètent les renseignements sur la destination/l’investisseur immédiat et se réfèrent au dernier pays par lequel l’investissement a transité avant d’atteindre sa destination. Cela diffère des données basées sur la destination/l’investisseur ultime, mais qui ne sont pas disponibles pour les flux. Par conséquent, les données sur les flux peuvent ne pas refléter pleinement les fonds provenant de pays qui investissent via des intermédiaires (p. ex., la Chine ou le Japon) ou qui agissent comme intermédiaires (p. ex., les Pays-Bas, le Luxembourg ou les Îles Caïmans).

En conclusion, les sorties d’investissement étranger direct du Canada ont diminué considérablement en 2025, tandis que les entrées ont connu une croissance minimale. Les flux d’IDE sont restés au-dessus de leur moyenne décennale, tandis que les sorties d’IDCE sont passées sous les entrées d’IDE pour la première fois depuis 2007. Dans le contexte des politiques commerciales et industrielles actuelles aux États-Unis, ces résultats mettent en évidence l’attractivité continue du Canada pour les investisseurs étrangers, ainsi que l’incertitude que les entreprises canadiennes continuent d’affronter. Pour 2026, les tensions qui sévissent dans le monde, telles que la récente guerre au Moyen-Orient et les relations commerciales et tarifaires incertaines entre le Canada et les États-Unis, pourraient avoir une incidence négative sur l’économie canadienne et se répercuter sur les flux d’IDCE et d’IDE. À l’opposé, l’augmentation des investissements axés sur la technologie, notamment dans l’intelligence artificielle (IA) et la défense, pourrait compenser les vents adverses provenant des soubresauts des politiques commerciales.

2. Partie 2 : L’essor des services dans le paysage commercial canadien

2.0. Messages clés

2.1. Importance des services dans le paysage international du Canada

Dans la conscience nationale, l’activité commerciale du Canada est souvent synonyme d’atouts industriels ou axés sur les ressources, allant du transport du grain à travers les Prairies, à l’énergie acheminée par pipelines, aux véhicules à moteur et pièces traversant la frontière sud.

Cependant, cet accent mis sur les biens physiques ne révèle qu’une partie de la réalité. Le secteur des services est, discrètement, devenu un moteur essentiel de l’expansion des entreprises canadiennes à l’étranger, englobant l’innovation numérique, l’expertise professionnelle, la propriété intellectuelle, le tourisme et d’autres activités intangibles. Le commerce des services représente aujourd’hui une part importante et de plus en plus élevée de l’ensemble des exportations du Canada; en outre, les services sont devenus des moteurs essentiels de la compétitivité et du rayonnement du Canada à l’international.

Les exportations canadiennes de services ont souvent été plus résilientes aux chocs mondiaux et sont plus diversifiées que les exportations de biens traditionnels sur les marchés internationaux. Alors que les chaînes d’approvisionnement mondiales sont exposées à la volatilité engendrée par les soubresauts de la géopolitique et de la politique commerciale, les perturbations climatiques et les fluctuations des prix des produits de base, les services ont exercé une influence stabilisatrice dans bien des cas.

La présente section met en lumière ce segment en expansion du commerce, fournissant les données et les renseignements nécessaires pour intégrer davantage les services dans le contexte plus large de la performance commerciale du Canada. La section 2.1 examine l’importance des services dans le paysage international du Canada; la section 2.2 met en lumière la performance commerciale du Canada dans le secteur des services; enfin, la section 2.3 examine les possibilités et les défis auxquels sont confrontés les producteurs de services. Comme la concurrence mondiale porte de plus en plus sur la connaissance et la connectivité, l’avantage concurrentiel du Canada ne réside plus uniquement dans les conteneurs ou les pipelines. Aujourd’hui, le dynamisme économique dépend également des flux de données, de l’expertise professionnelle et du rayonnement mondial de nos secteurs de l’éducation et du tourisme.

Les services sont le moteur de la croissance des exportations canadiennes

Les exportations canadiennes de services ont triplé au cours des 15 dernières années, atteignant 240 milliards de dollars en 2025 et représentent aujourd’hui près du quart de toutes les exportations canadiennes. En fait, à eux seuls, les services sont à l’origine de l’ensemble des gains à l’exportation du Canada, soit 50 milliards de dollars, depuis 2022.

Cette croissance, en particulier au cours de la période postpandémique, est due à l’expansion rapide des services commerciaux, numériques, éducatifs et autres activités à forte intensité de connaissances. La part des exportations canadiennes représentée par les services a augmenté aussi rapidement durant la dernière décennie (+6,5 points de pourcentage sur la période 2015-2025) qu’au cours des 30 années précédentes (+6,4 points de pourcentage entre 1985 et 2015). En valeur, de nombreux services rivalisent maintenant avec certains produits d’exportation emblématiques du Canada.

Figure 2.1.1. : Exportations canadiennes de services, 1985-2025

Figure 2.1.1. : Exportations canadiennes de services, 1985-2025
Version texte - Figure 2.1.1.
AnnéeValeur (milliards $)Part des exportations totales (%)
Données: Statistique Canada, tableau 36-10-0014-01.
Source : Bureau de l’économiste en chef, Affaires mondiales Canada.
198514,8 G$10,8 %
198616,9 G$11,9 %
198717,8 G$11,9 %
198819,7 G$12,0 %
198921,1 G$12,6 %
199022,2 G$12,7 %
199123,1 G$13,5 %
199224,7 G$13,1 %
199327,6 G$12,7 %
199431,5 G$12,1 %
199534,9 G$11,6 %
199639,1 G$12,2 %
199742,6 G$12,3 %
199849,5 G$13,1 %
199953,3 G$12,6 %
200060,2 G$12,3 %
200161,2 G$12,7 %
200265,1 G$13,6 %
200364,3 G$13,9 %
200470,3 G$14,1 %
200574,5 G$14,2 %
200676,9 G$14,5 %
200777,7 G$14,4 %
200881,8 G$14,3 %
200980,0 G$17,8 %
201081,1 G$16,7 %
201186,7 G$15,9 %
201292,0 G$16,6 %
201396,5 G$16,7 %
2014102,5 G$16,2 %
2015108,6 G$17,1 %
2016115,8 G$18,1 %
2017122,8 G$18,2 %
2018136,5 G$18,9 %
2019152,9 G$20,4 %
2020132,0 G$20,2 %
2021152,0 G$19,2 %
2022183,3 G$19,0 %
2023218,9 G$22,1 %
2024231,7 G$23,0 %
2025240,2 G$23,6 %

Les exportations de services commerciaux sont les plus importantes dans le secteur des services au Canada, avec des valeurs égales à celles des secteurs de biens emblématiques comme les produits énergétiques, les métaux et les véhicules à moteur. La portée de ce secteur est vaste, allant des services techniques de grande valeur, dont l’ingénierie et la conception architecturale, à des domaines professionnels comme la finance, la gestion et les activités en croissance rapide liées aux logiciels et à l’intelligence artificielle.

Figure 2.1.2. : Les 15 principaux secteurs d’exportation du Canada, 2025 (milliards $)

Figure 2.1.2. : Les 15 principaux secteurs d’exportation du Canada, 2025 (milliards $)
Version texte - Figure 2.1.2.
Catégorie de biens et de servicesValeur des exportations du Canada en 2025 (milliards $)
Données : Statistique Canada, tableau 36-10-0020-01 et 36-10-0014-01.
Source : Bureau de l’économiste en chef, Affaires mondiales Canada.
Produits énergétiques162 G$
Services commerciaux144 G$
Métaux et produits minéraux non métalliques119 G$
Véhicules à moteur et pièces92 G$
Biens de consommation91 G$
Services de voyage72 G$
Agriculture et agroalimentaire58 G$
Machines, équipements et pièces industriels50 G$
Produits forestiers et matériaux45 G$
Produits chimiques de base et industriels38 G$
Matériel et pièces électroniques et électriques36 G$
Aéronefs et autre matériel de transport34 G$
Minerais métalliques et minéraux non métalliques28 G$
Services de transport23 G$
Services gouvernementaux2 G$

Le Canada jouit d’une force mondiale dans les services commerciaux; en 2024, les fournisseurs canadiens représentaient 1,8 % des exportations mondiales de services commerciaux, se classant au 13e rang (Centre de données de la CNUCED). Bien que les États-Unis demeurent le plus grand exportateur mondial de services commerciaux avec 12,8 % de la valeur totale, les exportations de services représentaient une part plus importante de l’économie canadienne (7,4 %) que de celle des États-Unis (3,9 %) en 2025. Cette performance repose sur un avantage comparatif dans certains sous-secteurs à forte intensité de connaissances, y compris les services audiovisuels, la recherche-développement et les services financiers, qui comptent tous pour une proportion plus élevée des exportations canadiennes que la moyenne mondiale.

Le Canada a importé pour 135 milliards de dollars de services commerciaux en 2025. Ces importations facilitent l’accès aux compétences internationales et aux technologies spécialisées, y compris à des logiciels de propriété exclusive et des services commerciaux internationaux. Les principales catégories d’importation étaient les services de gestion (fréquemment associés aux opérations des multinationales étrangères), suivis des frais d’utilisation de la propriété intellectuelle, des services financiers et des services informatiques et d’information.

Les exportations canadiennes de services de voyage, qui ont atteint 72 milliards de dollars en 2025, reflètent le rôle du pays comme destination pour le tourisme international, les affaires et l’éducation. En 2024, les voyages liés à l’éducation constituaient la composante la plus importante de ces services, les étudiants étrangers ayant contribué 36 milliards de dollars en frais de scolarité, de logement et de subsistance au Canada durant leurs études au pays. Les dépenses de tourisme au Canada comptaient pour un tiers des exportations de services de voyage (24 milliards de dollars), les voyages d’affaires fournissant le reste (10 milliards de dollars). À l’inverse, les importations de services de tourisme (c.-à-d. les voyageurs canadiens à l’étranger) représentaient plus de 80 % de toutes les importations de services de voyage, le reste étant réparti entre l’éducation internationale et les voyages d’affaires.

Le commerce bidirectionnel des services de transport, qui s’élevait à 63 milliards de dollars en 2025, sous-tend le mouvement physique des biens et des passagers par voie terrestre, maritime et aérienne. Les services de fret représentaient environ les trois quarts des exportations canadiennes, soit 23 milliards de dollars, répartis de façon relativement égale entre le transport ferroviaire, le camionnage, le transport maritime et le transport aérien. Le reste consistait en tarifs payés par des passagers aux transporteurs aériens et maritimes canadiens. Pour faciliter de façon générale le commerce et les voyages internationaux, le Canada a importé pour 40 milliards de dollars de services de transport en 2025.

Les services gouvernementaux constituent la plus modeste catégorie de services, les exportations et les importations représentant chacune moins de 2 milliards de dollars en 2025. Cette catégorie couvre principalement les services diplomatiques et militaires.

Les services en tant que facteurs de diversification et de résilience

Les marchés internationaux où les Canadiens vendent leurs services sont beaucoup plus diversifiés que dans le cas des biens. La différence la plus immédiate est le niveau de dépendance à l’égard des États-Unis. Alors que 72 % des exportations canadiennes de biens prennent la destination des États-Unis, le secteur des services est nettement moins concentré : la part des États-Unis n’atteint que la moitié (53 %) du total.

Le thème de la diversification se prolonge au-delà des États-Unis. Dans le secteur des biens, les quatre autres marchés les plus importants représentent la même valeur d’exportation que le reste du monde (les deux groupes sont égaux à 14 % des exportations totales de biens). En revanche, les exportations de services vers des pays autres que les États-Unis se caractérisent par une « longue suite » diversifiée de partenaires à travers le monde. Les quatre prochains marchés représentent 18 % du total, tandis que près d’un tiers (29 %) des exportations de services sont réparties dans le reste du monde, soit plus du double de la part de 14 % des biens. Ainsi, alors que les exportations de biens sont liées à quelques centres, les services canadiens rejoignent un éventail beaucoup plus large de marchés mondiaux.

Figure 2.1.3. : Destinations d’exportation du Canada en 2025

Figure 2.1.3. : Destinations d’exportation du Canada en 2025
Version texte - Figure 2.1.3.
DestinationsPart de chaque type (%)
Données : Statistiques Canada, tableaux 12-10-0157-01 et 36-10-0023-01.
Source : Bureau de l’économiste en chef, Affaires mondiales Canada.
Services
États-Unis53 %
Inde6 %
Royaume-Uni5 %
Chine4 %
France3 %
Reste du monde29 %
Biens
États-Unis72 %
Royaume-Uni6 %
Chine5 %
Japon2 %
Pays-Bas1 %
Reste du monde14 %

Bien que le commerce canadien dans son ensemble ait dû affronter des obstacles importants au cours des dernières années, allant des guerres aux fluctuations des prix des produits de base et aux mesures commerciales préjudiciables comme les droits tarifaires, le secteur des services a constamment mieux performé que les autres secteurs de l’économie. Les services commerciaux en particulier se sont révélés plus résilients et stables pendant les périodes de récession. Ils sont généralement moins exposés aux frictions tarifaires et frontalières que les biens et sont moins sensibles aux perturbations des chaînes d’approvisionnement. Toutefois, ils sont confrontés à des défis et à des obstacles uniques qui sont examinés à la section 2.3.

Figure 2.1.4. : Les exportations canadiennes pendant les récessions

Figure 2.1.4. : Les exportations canadiennes pendant les récessions
Version texte - Figure 2.1.4.
AnnéeRécession (oui ou non)Biens (milliards $)Services de voyage, de transport et gouvernementaux (milliards $)Services commerciaux (milliards $)
Données : Statistique Canada, tableau 36-10-0014-01.
Source : Bureau de l’économiste en chef, Affaires mondiales Canada.
2000non429 G$29 G$31 G$
2001non420 G$29 G$32 G$
2002non413 G$30 G$35 G$
2003non398 G$27 G$37 G$
2004non428 G$32 G$39 G$
2005non449 G$33 G$42 G$
2006non453 G$33 G$44 G$
2007non462 G$33 G$45 G$
2008oui488 G$33 G$49 G$
2009oui368 G$30 G$50 G$
2010non405 G$33 G$48 G$
2011non458 G$34 G$53 G$
2012non463 G$36 G$56 G$
2013non481 G$37 G$59 G$
2014non531 G$40 G$62 G$
2015oui525 G$43 G$66 G$
2016non522 G$48 G$68 G$
2017non551 G$52 G$71 G$
2018non586 G$55 G$81 G$
2019non596 G$60 G$93 G$
2020Oui522 G$34 G$98 G$
2021Non639 G$36 G$116 G$
2022Non783 G$63 G$120 G$
2023Non770 G$84 G$135 G$
2024Non778 G$93 G$138 G$
2025Non776 G$96 G$144 G$

L’expérience de la résilience des services observée au Canada est courante dans le monde. Au cours de la crise financière mondiale de 2008-2009, le commerce des services aux États-Unis a diminué de moins de 7 %, en comparaison du commerce des biens qui a chuté de 33 % du côté des importations et de 21 % du côté des exportations (Borchert et Mattoo, 2009). Plus récemment, durant le choc de la pandémie de Covid-19, les chercheurs ont constaté que le commerce des services avait été très affecté par comparaison avec les biens; toutefois, en approfondissant leurs recherches, ils ont constaté que les services de voyage dominaient cette tendance, tandis que les services transfrontaliers tels que les services informatiques n’avaient subi presque aucun effet significatif (CNUCED, 2021).

Transformation numérique des services

La crise de la Covid-19 a accéléré la transformation numérique et souligné son importance (OCDE, 2020). L’essor du commerce numérique est un phénomène mondial et représente maintenant le volet du commerce mondial et des importations de la plupart des pays qui croît le plus rapidement (Goldfarb et Suominen, 2025). Les progrès de la technologie et de l’intelligence artificielle (IA) ont accéléré ce que les Canadiens peuvent vendre au-delà des frontières, permettant à des entreprises de toutes tailles d’offrir instantanément des services logiciels, financiers, professionnels, de création ou axés sur les données à des clients partout dans le monde, avec une grande capacité de déploiement à l’échelle et de faibles coûts marginaux de prestation.

Les services numériques, c’est-à-dire les services qui peuvent être vendus à distance par voie électronique, représentent maintenant plus de la moitié des exportations canadiennes de services et ils augmentent à un rythme plus du double de celui des biens.

Figure 2.1.5. : Croissance des exportations canadiennes

Figure 2.1.5. : Croissance des exportations canadiennes
Version texte - Figure 2.1.5.
Catégorie2010-2025 (variation en %)
Note : « Services numériques » désigne les services qui peuvent être fournis à distance sur les réseaux informatiques et de communication.
Données : Statistiques Canada, tableaux 12-10-0021-01 et 36-10-0014-01.
Source : Bureau de l’économiste en chef, Affaires mondiales Canada.
Services numériques200 %
Biens92 %

L’essor des services numériques a un impact transformationnel sur les échanges commerciaux. Selon un rapport de l’Organisation mondiale du commerce, la part des services dans le commerce mondial augmenterait à environ 30 % d’ici 2040 sous l’effet de la prestation numérique (Organisation mondiale du commerce, 2019). L’organisme affirme que le commerce numérique est également plus inclusif parce qu’il permet aux petites et moyennes entreprises (PME) d’atteindre les marchés mondiaux avec un minimum de capital initial. En effet, le Point sur le commerce 2025, publié par AMC, a constaté que les petites entreprises étaient plus susceptibles d’exporter des services (Affaires mondiales Canada, 2025b).

Comment les services sont échangés à l’international

Il est essentiel de comprendre les mécanismes d’exécution pour naviguer dans l’environnement commercial moderne et s’attaquer aux obstacles et aux défis qui entravent la croissance. Même si l’on saisit bien que la livraison des biens à l’échelle internationale se fasse grâce à l‘aide de conteneurs, de boîtes ou de pipelines, la vente de services à l’échelle internationale est complexe, comporte plusieurs facettes et peut prendre plusieurs formes.

Jusqu’à présent, l’analyse a porté sur les services directement exportés ou importés. Mais il existe deux autres types d’activités internationales touchant aux services qui, bien qu’elles ne soient pas considérés comme des exportations, sont néanmoins importantes au Canada.

Le premier est le contenu à valeur ajoutée des services dans la production de biens et d’autres services. Ainsi, une mine canadienne fait appel à divers services, allant de la géologie et des services scientifiques au transport et à l’hébergement; un fabricant canadien de matériel aérospatial dépend de services de recherche et de conception, tandis qu’une banque canadienne utilise des services de marketing et de comptabilité. Ces intrants sous forme de services peuvent être essentiels pour rendre plus concurrentielles les exportations canadiennes de biens et de services sur les marchés internationaux.

En deuxième lieu, plusieurs services canadiens sont vendus en établissant une présence locale sur un marché (p. ex. par le biais d’un investissement direct à l’étranger). Ainsi, une banque canadienne peut ouvrir une succursale en Amérique latine pour desservir ce marché, tandis qu’une chaîne de restauration peut s’implanter à l’étranger pour la même raison. Par nécessité (p. ex., la réglementation) ou par souci d’efficacité (p. ex., les voyages), il y a de nombreuses raisons pour lesquelles une multinationale canadienne peut choisir de créer une société affiliée à l’étranger pour vendre des services sur ce marché. Ces activités ne sont pas considérées comme des exportations de services, mais elles constituent des voies commerciales importantes puisqu’elles représentent une valeur accrue en termes de ventes que les exportations de services.

Comprendre la façon dont les services sont fournis est important, car les différents modes de prestation sont régis par des règles et des complexités différentes, et comportent des coûts et des facteurs de réussite différents. Bien que les contraintes de données empêchent une correspondance parfaite, le regroupement des services dans le présent rapport s’harmonise grosso modo avec les regroupements employés à l’échelle internationale, comme dans l’Accord général sur le commerce des services (AGCS) établi par l’Organisation mondiale du commerce. Le présent rapport répartit la prestation des services internationaux en 4 voies différentes, permettant une analyse enrichie des données dans la section 2.2 :

  1. Services numériques et ventes à distance : Il s’agit notamment de la prestation d’un service sans que le fournisseur soit physiquement présent. Cela inclut les téléchargements numériques, les transmissions de courriels, les visioconférences et (plus rarement) les services fournis par courrier ou par messagerie (p. ex., des plans architecturaux). Le Canada a vendu pour 130 milliards de dollars de services numériques en 2025 (voir l’annexe pour les calculs). Cette voie correspond approximativement au mode 1 de l’AGCS (fourniture transfrontalière).
  2. Services non numériques (p. ex., déplacements de personnes) : Services vendus lorsque quelqu’un se rend physiquement sur place. Par exemple, lorsque des étudiants étudient à l’étranger, ou lorsque des services de construction et d’ingénierie sont fournis sur place. Cette catégorie comprend également les services de transport qui facilitent le mouvement des personnes et des biens. Le Canada a vendu pour 111 milliards de dollars de services en personne en 2025 (voir l’annexe pour les calculs). Cette catégorie combine les modes AGCS 2 (consommation à l’étranger) et 4 (déplacement temporaire de personnes physiques).
  3. Contenu à valeur ajoutée des services intégré à des biens : La fabrication de biens tels que les produits emblématiques du Canada, allant des céréales aux voitures, peut nécessiter de nombreux services tels que des services juridiques ou des services de conception, de recherche et de comptabilité. La valeur de ces services n’est pas directement saisie dans les données sur le commerce de ces biens, car ils sont incorporés aux biens exportés. Le contenu à valeur ajoutée des services canadiens intégrés dans des biens exportés s’est élevé à 111 milliards de dollars en 2024, représentant 17 % de la valeur à l’exportation (tableau 12-10-0100-01 de Statistique Canada). Cette voie n’est pas couverte par l’AGCS, mais la littérature récente l’a désignée officieusement comme étant le mode 5 (Cernat et Kutlina-Dimitrova, 2014).
  4. Services vendus via une présence commerciale à l’étranger : Les services vendus via des entreprises multinationales (EM) canadiennes à l’étranger représentent le plus grand canal de vente de services internationaux. Bien que ces transactions n’impliquent pas un service « transfrontalier » au sens traditionnel, et ne sont donc pas classées comme des exportations, leur importance est significative. En 2024, la valeur des ventes des filiales canadiennes à l’étrangers dans les industries de services a atteint 1 000 milliards de dollars. Cela signifie que pour de nombreux fournisseurs de services canadiens, établir une présence physique à l’étranger est le principal mécanisme d’expansion sur le marché mondial et le mode de vente international le plus courant. (Statistiques Canada, tableau 36-10-0440-01). Cette avenue s’harmonise parfaitement avec le mode 3 de l’AGCS (présence commerciale).

Figure 2.1.6. : Rayonnement mondial des services du Canada

Figure 2.1.6. : Rayonnement mondial des services du Canada
Version texte - Figure 2.1.6.
ModeVentes internationales de services du Canada, selon le mode (milliards $)Enregistré sous
Note : Les données disponibles les plus récentes sont rapportées ici pour les services numériques et non numériques (2025), le contenu en services intégré aux biens (2024) et la présence commerciale (2024). Les services numériques et les services non numériques s’harmonisent globalement avec les notions suivantes de Statistique Canada : ‘habilité par les TIC’, ‘potentiellement habilité par les TIC’ et ‘non habilité par les TIC’. Le contenu en services intégré dans les biens est la somme de la valeur ajoutée des services à l’exportation pour toutes les industries de biens (BS11A, BS113, BS114, BS115, BS210, BS220 et BS3A0). La présence commerciale est la valeur des ventes des entreprises multinationales canadiennes à l’étranger dans les industries de services.
Données : Statistiques Canada, tableaux 12-10-0021-01, 12-10-0141-01, 12-10-0100-01 et 36-10-0440-01.
Source : Bureau de l’économiste en chef, Affaires mondiales Canada.
Exportations de services numériques130 G$Exportations de services
Exportations de services non numériques111 G$Exportations de services
Contenu à valeur ajoutée des services inclus dans les biens111 G$Exportations indirectes
Services vendus via la présence commerciale à l’étranger1 028 G$Ventes des EM canadiennes

Encadré 2.1.1. : Comment les services sont mesurés

La comptabilité des biens franchissant les frontières est une pratique bien établie. Les agents des douanes vérifient les contenants et les documents et classent chaque produit selon un système harmonisé à l’échelle internationale qui peut être assez technique; par exemple, les miroirs en verre sont classés différemment s’ils sont encadrés (HS700992), non encadrés (HS700991), qu’ils servent de rétroviseurs pour des véhicules (HS700910) ou qu’ils soient utilisés dans les dispositifs optiques (HS901380). Tout est enregistré et les tarifs correspondants et d’autres règles sont appliqués.

En revanche, les services ne sont pas comptabilisés chaque fois qu’ils sont vendus à l’étranger. Les courriels, les sites Web et les téléchargements numériques traversent les frontières sans la même surveillance douanière. Chaque achat au point de vente n’est pas comptabilisé comme un achat effectué par un résident ou un non-résident.

Statistique Canada estime plutôt ces données par une combinaison d’enquêtes, de données administratives et de techniques de modélisation statistique. Environ 4 200 entreprises canadiennes qui auraient une activité importante dans le secteur des services reçoivent des questionnaires à remplir obligatoirement sur le commerce international des services, dont 2 800 sont sondées chaque année et 1 400 une fois tous les trois ans. Les données administratives proviennent de l’Agence du revenu du Canada, de Citoyenneté et Immigration Canada, des autorités provinciales responsables du cinéma et du tourisme et d’autres organismes. Il existe également des programmes d’échange de données avec le Département du Commerce des États-Unis à des fins de conciliation (Statistique Canada, 2025a).

En raison de la nature des techniques de collecte, les données commerciales sur les services referment souvent moins de détails que dans le cas des biens et elles sont plus susceptibles d’être publiées avec un délai et de subir des révisions. De plus, étant donné que la collecte de données est essentiellement fondée sur des enquêtes, cela limite la quantité de détails disponibles – il y a de grandes catégories de secteurs de services qui regroupent diverses activités et le nombre de pays pour lesquels des données sur le commerce des services sont disponibles est limité.

Les services, ainsi que les biens, sont intégrés au compte courant du système de la balance des paiements du Canada, qui présente les flux monétaires utilisés pour effectuer toutes les ventes et tous les achats internationaux. En ce sens, ils représentent une transaction entre un résident et un non-résident, soit par un paiement (importation) ou un montant reçu (exportation).

Les ventes par l’intermédiaire des filiales de sociétés canadiennes à l’étranger (ou des filiales étrangères au Canada) ne sont pas considérées comme des exportations (ou des importations) parce que les services ne traversent pas les frontières d’un point de vue technique. Ainsi, même si les données sur le commerce traditionnel font voir que les services constituent une composante importante et croissante du commerce du Canada, une vision plus complète, incluant les ventes des filiales étrangères, révèle que la portée mondiale du secteur des services est encore plus étendue que ne l’indiquent les chiffres habituels sur les ’exportations. Statistique Canada utilise diverses données d’enquête, des données administratives et des renseignements publiquement accessibles (p. ex., les rapports annuels) pour établir ses estimations des ventes via une présence commerciale à l’étranger (Statistique Canada, 2025b).

2.2. Performance internationale du Canada au chapitre des services

Les services canadiens se sont développés à l’international à un rythme remarquable ces dernières décennies, devenant un pilier central de la performance commerciale du pays. Tel que noté à la section 2.1, les exportations de services ont triplé au cours des 15 dernières années, atteignant un record de 240 milliards de dollars en 2025. Sur la même période, les entreprises et les consommateurs canadiens ont aussi accru leur utilisation de services provenant de l’étranger, les importations ayant plus que doublé pour atteindre 237 milliards de dollars. Cette expansion parallèle souligne l’importance croissante des services non seulement comme moteur d’exportation, mais en tant qu’élément clé de l’activité économique en général au Canada. Le pays est un exportateur net de services depuis 2023; auparavant, le Canada enregistrait un déficit constant dans ses échanges de services.

La performance récente du Canada au chapitre des services se distingue à l’échelle internationale, particulièrement durant la période postpandémie. Entre 2019 et 2025, les exportations canadiennes de services ont augmenté de 49 %, se classant au deuxième rang des économies du G7, derrière le Royaume-Uni. Les perturbations liées à la pandémie ont accéléré l’adoption de modèles de travail à distance et d’affaires numériques, tandis que le secteur de l’enseignement postsecondaire au Canada est devenu plus attractif pour les étudiants étrangers, soutenant ainsi les exportations de services. Au cours de la même période, les importations de services ont progressé de 34 %, un taux inférieur au total de 44 % du G7. Les importations de services demeurent essentielles à la productivité nationale, ouvrant l’accès à des compétences spécialisées, aux technologies numériques de pointe et à l’intelligence artificielle, à la propriété intellectuelle et aux services financiers qui concourent à la compétitivité mondiale des entreprises.

Figure 2.2.1. : Expansion internationale du commerce des services entre les pays du G7, 2019-2025, (variation en %)

Figure 2.2.1. : Expansion internationale du commerce des services entre les pays du G7, 2019-2025, (variation en %)
Version texte - Figure 2.2.1.
PaysExportations de services, 2019-2025 (variation en %)Importations de services, 2019-2025 (variation en %)
Données : Centre de données des Nations Unies sur le commerce et le développement.
Source : Bureau de l’économiste en chef, Affaires mondiales Canada.
Royaume-Uni68 %54 %
Canada49 %34 %
France42 %32 %
Allemagne39 %55 %
Italie38 %42 %
États-Unis37 %49 %
Japon16 %21 %
G7, total42 %44 %

Au-delà de la croissance globale, la performance du Canada au chapitre des services se démarque par quelques caractéristiques : un degré élevé de diversification sur le marché et l’importance grandissante des modes de prestation non traditionnels. Ces deux éléments distinguent le commerce des services de celui des biens et aident à expliquer leur contribution croissante à la résilience commerciale du Canada.

Les fournisseurs de services canadiens maintiennent une présence importante à l’étranger, notamment dans les secteurs des finances, des transports et du commerce de détail, où les entreprises canadiennes se classent constamment parmi les plus importantes au monde. Cette empreinte internationale se reflète dans la diversité des marchés d’exportation de services du Canada. Bien que les États-Unis demeurent la première destination en importance, les exportations de services se répartissent sur un large éventail de marchés, ce qui réduit la dépendance à l’égard d’une destination en particulier et contribue à une plus grande stabilité durant les périodes de perturbations mondiale.

Au fil du temps, la composition géographique des destinations d’exportation de services du Canada a évolué parallèlement aux changements survenus dans l’économie mondiale et l’innovation numérique. Les partenaires européens tels que le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne demeurent des ancrages importants, mais la croissance à long terme est de plus en plus dictée par les marchés émergents. Le changement le plus notable de ces 25 dernières années a été les liens croissants du Canada avec la région de l’Indo‑Pacifique. En 2025, l’Inde a dépassé le Royaume-Uni pour devenir le deuxième plus grand marché d’exportation de services, représentant 6 % du total des exportations canadiennes. Bien que les exportations de services commerciaux vers l’Inde et la Chine soient importantes, une grande partie de l’expansion provient des services de tourisme connexes, notamment les exportations de services d’éducation liés aux inscriptions d’étudiants étrangers dans des établissements d’enseignement canadiens, qui s’ajoutent au tourisme et aux voyages d’affaires.

Figure 2.2.2. : Principales destinations des exportations de services du Canada sur 25 ans

Figure 2.2.2. : Principales destinations des exportations de services du Canada sur 25 ans
Version texte - Figure 2.2.2.
Rang200020052010201520202025
Données : Statistique Canada, tableau 12-10-0157-01.
Source : Bureau de l’économiste en chef, Affaires mondiales Canada.
1États-UnisÉtats-UnisÉtats-UnisÉtats-UnisÉtats-UnisÉtats-Unis
2Royaume-UniRoyaume-UniRoyaume-UniRoyaume-UniRoyaume-UniInde
3JaponAllemagneFranceChineChineRoyaume-Uni
4FranceFranceChineFranceIndeChine
5AllemagneJaponAllemagneSuisseFranceFrance
6Hong Kong, RASChineSuisseAllemagneAllemagneAllemagne
7ChineHong Kong, RASJaponJaponSuisseSuisse
8Corée du SudCorée du SudAustralieAustralieHong Kong, RASMexique
9AustralieAustralieCorée du SudHong Kong, RASPays-BasAustralie
10TaïwanSuissePays-BasIndeJaponHong Kong, RAS

Pris ensemble, ces tendances font ressortir un secteur des services affichant une croissance substantielle qui s’est plus diversifié que le commerce des biens du Canada. Avant tout, elles reflètent un changement dans la façon dont sont fournis les services à l’échelle internationale. Les sections qui suivent examinent la performance du Canada au chapitre des services par le biais de ces différents canaux, en commençant par les services numériques, suivis des services non numériques, des services incorporés aux exportations de biens et des services offerts grâce à la présence commerciale à l’étranger.

Ventes facilitées par le numérique

Les progrès rapides dans les technologies numériques, y compris l’IA, ont fondamentalement modifié la façon dont les services sont échangés à l’échelle internationale. Aujourd’hui, une grande partie du commerce se fait sans que personne ne quitte son bureau, avec une part croissante se produisant entièrement en arrière-plan, sur des serveurs fonctionnant à un coût marginal proche de zéro. Ces évolutions technologiques ont permis d’accroître l’échelle des échanges, de réduire les frictions liées à la distance et de modifier les profils de commerce établis de longue date.

De nombreux services numériques sont exceptionnellement déployables à grande échelle. Par exemple, une plate-forme numérique de détection de la fraude peut filtrer les transactions pour des milliers de clients simultanément, s’améliorant continuellement à mesure que davantage de données sont traitées. Contrairement aux services en personne, le coût marginal de l’ajout d’un client supplémentaire est minime et il diminue encore à mesure que l’échelle augmente. Cette combinaison de potentiel de déploiement à grande échelle et d’apprentissage par la pratique a permis aux services numériques de se développer beaucoup plus rapidement que les formes traditionnelles de commerce.

La progression de la prestation numérique a affaibli les forces classiques de la ‘gravité’ qui ont longtemps façonné les flux commerciaux. Comme l’a documenté le FMI, la sensibilité du commerce des services à l’éloignement géographique a considérablement diminué avec le temps, tandis que la structure du commerce des biens est relativement plus dictée par la distance. Au milieu des années 2000, une hausse de 1 % de la distance était associée à une réduction de 0,63 % du commerce bilatéral des services, ce qui est similaire aux biens. En 2023, cette relation était tombée à 0,52 % pour les services, contre 0,58 % pour les biens (Li et Zymek, 2026). À titre d’exemple, considérez deux partenaires commerciaux semblables où l’un est 10 % plus éloigné que l’autre. Dans le premier cas, le commerce des biens serait inférieur de 5,8 % à celui du pays plus proche, mais de seulement 5,2 % dans le cas des services. Si cet écart semble modeste, il s’accumule sur de grandes distances et contribue de façon significative aux tendances du commerce international, particulièrement pour un pays comme le Canada qui est géographiquement éloigné de tous les pays autres que les États-Unis.

L’importance décroissante de la distance dans le commerce des services est principalement attribuable à la part grandissante des services qui peuvent être fournis à distance, comme les services financiers, de télécommunications et d’information (Li et Zymek, 2026). Le Canada est bien placé pour profiter de cette tendance, car les services numériques représentent déjà une part importante et en hausse rapide de son portefeuille commercial.

Les services numériques sont également moins exposés aux contraintes touchant la logistique et la mobilité aux frontières que les services nécessitant une prestation en personne. Parce qu’ils ne dépendent pas du transport physique, de la présence de stocks ou de mouvements transfrontaliers de travailleurs ou de consommateurs, ces services sont plus adaptables à l’évolution des conditions mondiales. Cette résilience était évidente lors de la pandémie de COVID‐19. Entre 2019 et 2021, les exportations de services nécessitant une présence physique ont reculé de 35,9 %, tandis que les services numériques avançaient de 27,5 %. Mais mise à part la pandémie, une évaluation de l’impact général de la numérisation sur la résilience économique par Copestake et coll. (2024) a révélé que les secteurs qui sont plus numérisés, tels que mesurés par les intrants en TIC, l’utilisation de robots, les ventes en ligne, les actifs incorporels et les compétences numériques, ont subi des pertes de revenus plus faibles pendant les récessions.

Depuis 2010, le commerce bilatéral des services numériques du Canada a été tributaire de plusieurs catégories à valeur élevée qui ont enregistré une croissance soutenue. La progression des services de recherche et développement (R-D) a été la plus rapide, avec une croissance annuelle moyenne de 9,3 %, suivis de près par les services de télécommunications, d’informatique et d’information (9,2 %) et les services financiers (8,2 %). En 2025, ces catégories ont représenté ensemble 22,6 % du commerce total des services du Canada. Les services de R-D comprennent notamment des projets de recherche financés par des fonds étrangers dans des universités canadiennes, des pôles de recherche pharmaceutique mondiaux, ainsi que la recherche sur l’IA et la conception d’architectures de modèles. La catégorie des services de télécommunications, d’informatique et d’information couvre la conception et l’hébergement de logiciels et de matériels, en plus des services axés sur les contenus tels que les nouvelles et les abonnements.

Figure 2.2.3. : Commerce bidirectionnel de services numériques du Canada (croissance et part, %)

Figure 2.2.3. : Commerce bidirectionnel de services numériques du Canada (croissance et part, %)
Version texte - Figure 2.2.3.
Catégories de services activés numériquementTaux de croissance moyen composé, 2010-2025Part du commerce total des services, 2025
Note : La catégorie des services techniques, liés au commerce et autres services a été répartie entre les modes de prestation numériques et non numériques. Voir l’annexe pour plus de détails.
Données : Statistique Canada, tableau 36-10-0021-01.
Source : Bureau de l’économiste en chef, Affaires mondiales Canada.
Recherche et développement9,3 %4,3 %
Télécommunications, informatique et information9,2 %10.6 %
Services financiers8,2 %7,6 %
Services professionnels et de conseil en gestion7,9 %13,8 %
Frais d’utilisation de la propriété intellectuelle7,7 %8,2 %
Services techniques, liés au commerce et autres services5,3 %8,1 %
Services personnels, culturels et récréatifs4,9 %2,0 %
Assurances1,1 %1,7 %

Bien que les services de R-D représentent une part plus modeste du commerce total, ils ont enregistré l’une des croissances les plus rapides au cours des 15 dernières années, gagnant en moyenne plus de 9 % par année. Les services de R-D couvrent un large éventail d’activités, allant de la recherche pharmaceutique et des essais cliniques au développement de modèles d’apprentissage automatisé et à l’optimisation technologique. Cela dit, plus de 70 % de cette croissance était centrée vers l’Amérique du Nord, l’Europe et, dans une moindre mesure, l’Indo-Pacifique, qui comptait pour le reste. Le Canada est devenu un site important d’activités de R-D pour les multinationales, un phénomène que traduit le fait que 91 % des exportations de services de R-D du Canada étaient destinées à des entités affiliées en 2024, c’est-à-dire intra-multinationales (Statistiques Canada, 2025c). Bien que d’importantes préoccupations aient été soulevées quant au déploiement commercial au Canada des innovations développées au pays  (C.D. Howe, 2025), d’autres recherches ont montré que l’investissement étranger entrant en R-D peut engendrer des retombées sur le plan de la productivité et des avantages pour la croissance à long terme des économies hôtes (Kim et Park, 2017).

Figure 2.2.4. : Croissance des exportations mondiales de R-D du Canada, par région de destination (milliards $)

Figure 2.2.4. : Croissance des exportations mondiales de R-D du Canada, par région de destination (milliards $)
Version texte - Figure 2.2.4.
AnnéeExportations vers l’Indo-Pacifique (milliards $)Exportations vers l’Europe et l’Asie centrale (milliards $)Exportations vers l’Amérique du Nord (milliards $)Exportations vers le reste du monde (milliards $)
Données : Statistique Canada, tableau 12-10-0145-01.
Source : Bureau de l’économiste en chef, Affaires mondiales Canada.
20100,22 G$1,65 G$2,00 G$0,31 G$
20110,25 G$1,45 G$2,42 G$0,14 G$
20120,23 G$1,20 G$2,71 G$0,17 G$
20130,28 G$1,54 G$3,27 G$0,18 G$
20140,40 G$1,87 G$3,46 G$0,25 G$
20150,21 G$1,62 G$3,62 G$0,26 G$
20160,38 G$1,89 G$4,24 G$0,26 G$
20170,40 G$1,79 G$4.41 G$0,27 G$
20180,71 G$1,86 G$5,40 G$0,23 G$
20190,78 G$2,94 G$5,31 G$0,20 G$
20200,96 G$3,15 G$5,57 G$0,10 G$
20210,93 G$3,78 G$7,64 G$0,07 G$
20221,03 G$4,39 G$9,60 G$0,08 G$
20230,99 G$4,45 G$9,74 G$0,07 G$
20241,01 G$4,60 G$9,96 G$0,07 G$

Les services de télécommunications, d’informatique et d’information ont enregistré la deuxième croissance la plus rapide dans le commerce bilatéral et la plus forte augmentation de la valeur à l’exportation au cours de la période 2010-2025, principalement en raison de l’expansion des activités de conception de systèmes informatiques, d’édition de logiciels et des services liés aux données et à l’infrastructure (Statistique Canada, tableau 21-10-0209-01). Ces activités soutiennent le développement, le stockage et le traitement des données qui sous-tendent les opérations commerciales modernes et sont de plus en plus au centre de l’adoption de l’IA, qui a le potentiel de stimuler le commerce dans son ensemble. L’Organisation mondiale du Commerce (OMC) a récemment estimé que l’IA pourrait hausser le volume du commerce mondial d’environ 34 % à 37 % d’ici 2040, en raison d’une combinaison de baisses des coûts du commerce, de gains de productivité et d’expansion des services transfrontaliers d’IA (Organisation mondiale du commerce, 2025).

Figure 2.2.5. : Croissance des exportations de services numériques, 2010-2025 (milliards $)

Figure 2.2.5. : Croissance des exportations de services numériques, 2010-2025 (milliards $)
Version texte - Figure 2.2.5.
Catégories de services activés numériquementVariation des exportations, 2010-2025, (milliards $)
Note : La catégorie des services techniques, liés au commerce et autres services a été répartie entre les modes de prestation numérique et non numérique. Voir l’annexe pour plus de détails. Le seul service numérique non inclus dans ce tableau est celui des assurances, qui n’a pas augmenté de 2010 à 2025.
Données : Statistique Canada, tableau 36-10-0021-01.
Source : Bureau de l’économiste en chef, Affaires mondiales Canada.
Télécommunications, informatique et information25,9 G$
Services financiers16,3 G$
Services professionnels et de conseil en gestion15,7 G$
Recherche et développement11,6 G$
Services techniques, liés au commerce et autres services9,9 G$
Frais d’utilisation de la propriété intellectuelle8,0 G$
Services personnels, culturels et récréatifs3,1 G$

Compte tenu de leur orientation commerciale, les exportations de cette catégorie sont moins liées au commerce intra‐entreprise que dans d’autres industries de services : seulement 31 % de ces exportations étaient destinées à des entités affiliées en 2024, ce qui indique que les entreprises canadiennes vendent principalement ces services à des clients étrangers indépendants (Statistique Canada, 2025c).

Les services financiers comptent également parmi les exportations canadiennes les plus importantes et elles ont enregistré la croissance la plus rapide grâce à la technologie numérique, progressant de plus de 16 milliards de dollars depuis 2010 pour atteindre 21,9 milliards de dollars en 2025. En fait, 8 des 14 entreprises canadiennes figurant sur la liste Fortune Global 500 (qui englobe les 500 plus grandes entreprises publiques et privées au monde selon le chiffre d’affaires annuel) évoluent dans les secteurs bancaire, financier et des assurances (Fortune Media, 2026). Tel qu’indiqué plus loin dans la présente section, une part importante de ces services est assurée par une présence commerciale à l’étranger plutôt que sous la forme d’exportations transfrontalières.

Les services professionnels et de conseil en gestion représentaient la catégorie d’exportations numériques la plus importante et celle affichant la croissance la plus rapide en termes de commerce total en 2025. Les services de gestion, notamment, impliquent souvent des transferts d’expertise intra-entreprises entre le siège international et les filiales étrangères. En 2024, 77 % des exportations de services de gestion étaient destinées à des entités affiliées, reflétant l’organisation interne de l’entreprise (Statistique Canada, 2025c). Bien que cette dimension intra-entreprise puisse découler de la comptabilité interne de l’entreprise, elle témoigne aussi du vaste rayonnement mondial des opérations canadiennes.

Sur une base internationalement comparable, le Canada se classe au quatrième rang des pays du G7 pour les exportations de services numériques en proportion du PIB, derrière le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne, selon les estimations de l’OMC. Cette mesure fondée sur le PIB reflète l’importance des exportations de services numériques par rapport à la taille de chaque économie plutôt que leur valeur absolue. Le Canada obtient un score relativement élevé selon cette mesure car il s’agit d’une économie de plus petite taille orientée vers le commerce, tandis que la taille beaucoup plus importante de l’économie américaine réduit la part du PIB de toute catégorie d’exportation individuelle — même lorsque les valeurs des exportations sont très élevées.

Lorsque les exportations de services numériques sont mesurées en proportion des exportations totales, les États-Unis (25 %) et le Royaume-Uni (45 %) se classent loin devant le Canada (13 %). Cette mesure fait ressortir le rôle des entreprises américaines, dominantes à l’échelle internationale, dans les exportations des États-Unis. La part moins élevée du Canada reflète l’importance continue de l’énergie et des biens manufacturés dans ses exportations, plutôt que le manque d’exportations de services numériques. La définition des services numériques de l’OMC est un peu plus étroite que celle utilisée dans le présent rapport (voir l’annexe).

Figure 2.2.6. : Exportations de services numériques des pays du G7, 2025 (% du PIB et des exportations de biens et services)

Figure 2.2.6. : Exportations de services numériques des pays du G7, 2025 (% du PIB et des exportations de biens et services)
Version texte - Figure 2.2.6.
PaysPart des exportations de services numériques dans le PIB (%)Part des exportations de services numériques dans les exportations de biens et services (%)
Note : Pour la classification de l’OMC des services fournis numériquement, voir l’annexe.
Données : Organisation mondiale du commerce, Ensemble de données sur les services fournis numériquement, Oxford Economics, FMI, avril 2026, PEM.
Source : Bureau de l’économiste en chef, Affaires mondiales Canada.
Royaume-Uni13,8 %45,0 %
France6,3 %18,9 %
Allemagne6,1 %15,0 %
Canada4,0 %12,7 %
Japon2,9 %13,2 %
Italie2,8 %8,6 %
États-Unis2,6 %24,5 %

Les importations de services numériques sont des composantes très importantes du commerce international, en particulier pour une économie ouverte de petite taille comme celle du Canada. Les importations canadiennes de services numériques ont augmenté de près de 185 % depuis 2010, les gains étant concentrés dans la R-D, les services professionnels et de conseil en gestion, et les services de télécommunications, d’informatique et d’information.

La recherche a montré comment les importations de services numériques tels que les logiciels, les plateformes de TIC et la recherche scientifique et technique renforcent l’interconnectivité mondiale et la transmission des connaissances et de l’innovation (Ruta et Jakubik, 2023). De cette façon, l’importation de services numériques sert de canal de retombées sur la productivité, permettant aux entreprises nationales d’accéder à des technologies et à des compétences étrangères de pointe et d’intégrer celles-ci dans leurs procédés de production.

Il a été démontré que l’adoption des technologies numériques, appuyée par un marché d’importation concurrentiel, contribue de façon significative à la croissance de la productivité (Mollins et Taskin, 2023). Une plus grande variété d’intrants disponibles (tant des biens que des services) hausse directement la capacité de production dans l’ensemble de l’économie. L’accès à un éventail plus large d’intrants permet aux entreprises d’accroître leur efficacité opérationnelle, tandis que l’accroissement de la concurrence à l’importation stimule l’innovation parmi les fournisseurs de biens et de services internationaux (Melitz et Trefler, 2012).

Pour l’avenir, la trajectoire de croissance des exportations des services numériques du Canada pourrait être modulée par ses atouts concurrentiels. Les mesures de l’avantage comparatif révélé indiquent que le Canada possède un avantage relatif dans plusieurs industries numériques, notamment les services audiovisuels, la R-D, les services d’information et les services informatiques (voir l’annexe pour les calculs). Ces secteurs robustes permettent au Canada de continuer à bénéficier de la transition mondiale vers la prestation à distance, alors même que la concurrence s’intensifie.

Figure 2.2.7. : Avantage comparatif révélé du Canada pour les services numériques, 2024

Figure 2.2.7. : Avantage comparatif révélé du Canada pour les services numériques, 2024
Version texte - Figure 2.2.7.
Catégorie de services commerciauxScore pour l’avantage comparatif révéléAvantage comparatif révélé (oui ou non)
Note : Un avantage comparatif révélé est une mesure du coût d’opportunité, c’est-à-dire à combien un producteur doit renoncer pour produire un service particulier. Un ACR élevée (>1) signifie que le Canada a un faible coût d’opportunité pour la production de ce service par rapport à d’autres économies, ce qui indique une force concurrentielle relative à l’exportation.
Données : Base de données équilibrée sur le commerce de services, OCDE.
Source : Bureau de l’économiste en chef, Affaires mondiales Canada.
Audiovisuel et services connexes2,72Oui
Services de recherche et développement1,80Oui
Services d’information1,46Oui
Services informatiques1,36Oui
Services financiers1,03Oui
Services professionnels et de conseil en gestion1,00Oui
Services de télécommunications0,88Non
Services techniques, liés au commerce et autres services0,85Non
Services personnels, culturels et récréatifs0,73Non
Frais d’utilisation de la propriété intellectuelle0,60Non
Services d’assurances et de pensions de retraite0,46Non

Encadré 2.2.1. : Les exportateurs de services canadiens obtiennent du succès à l’international grâce au soutien du Service des délégués commerciaux

Le Service des délégués commerciaux (SDC) aide des entreprises canadiennes de toutes tailles qui sont prêtes pour l’exportation à réussir sur les marchés internationaux grâce à des services de consultation et de financement à l’exportation, à des programmes d’accélération et à un soutien personnalisé lors d’événements commerciaux. Que les entreprises vendent des services ou des biens matériels, le SDC leur permet de repérer des marchés à fort potentiel, de communiquer avec des partenaires de confiance et de positionner leurs solutions là où la demande est en hausse. Le SDC est présent dans plus de 160 villes à travers le monde.

Les délégués commerciaux travaillent en étroite collaboration avec les entreprises pour découvrir des occasions qui correspondent à leurs points forts, soit en facilitant les partenariats, en soutenant la participation à des chaînes de valeur mondiales ou en les aidant à déployer à l’échelle des solutions innovantes à l’étranger. Les entreprises qui travaillent avec le SDC exportent 20,1 % de plus en valeur et vendent à 20,4 % plus de pays que les entreprises comparables qui ne collaborent pas avec le SDC (Affaires mondiales Canada, 2025b).

Le SDC a récemment aidé des exportateurs canadiens de services à réussir sur les marchés internationaux. Les exemples suivants soulignent son impact :

  • En Norvège, en Estonie, en Slovaquie et en Malaisie, le SDC a aidé BlackBerry Limited, une société de logiciels sécurisés basée à Waterloo, à établir des liens avec de hauts responsables du gouvernement et de l’industrie afin d’appuyer l’adoption de technologies souveraines sûres, fiables et conçues au Canada pour protéger les communications gouvernementales sensibles et les infrastructures essentielles.
  • En Inde, le SDC a facilité une collaboration entre Asset Direct of Canada Inc. et Yes Bank, permettant le déploiement de sa plateforme numérique Banxx. Ce partenariat a élargi l’accès aux services financiers pour les populations mal desservies tout en démontrant comment des solutions fintech canadiennes peuvent être déployées sur de grands marchés dynamiques.
  • Au Burkina Faso, le soutien du SDC a aidé OnActuate, une société canadienne fournissant des services numériques et de conseil, à conclure un accord avec le partenaire local agréé de Coca-Cola pour mettre en place des systèmes axés sur la chaîne d’approvisionnement et la gestion financière. Ses solutions intégrées simplifient les processus de production et de distribution, accroissent l’efficacité et offrent l’accès à des renseignements en temps réel, démontrant ainsi comment l’expertise canadienne au chapitre des services peut être intégrée dans les chaînes de valeur mondiales.

Ces cas montrent comment des entreprises canadiennes transforment des possibilités mondiales en résultats concrets avec le soutien du SDC. Avec les bons conseils et les bonnes connexions, votre entreprise pourrait être la prochaine à prendre de l’expansion à l’international, rejoindre de nouveaux clients et connaître un succès mondial.

Pour obtenir de l’aide en vue de votre expansion mondiale, contactez un bureau régional du SDC au Canada.

Services non numériques (p. ex., déplacements de personnes)

Malgré les grands progrès de la technologie, tous les services ne peuvent pas être fournis numériquement. Les gens se rendent à l’étranger pour y étudier, faire des affaires, ou pour le tourisme ou d’autres raisons. Entretemps, de nombreux services facilitent le transport des marchandises comme les services de transport maritime, ferroviaire, routier ou aérien. Entre 2010 et 2025, les exportations de services non numériques n’ont pas progressé aussi rapidement (191 %) que les exportations de services numériques (200 %), mais elles ont nettement dépassé la progression des biens (92 %).

La plus grande catégorie de services non numériques que le Canada exporte (et importe) est celle des services de voyage. La diversité naturelle et culturelle du Canada, ses établissements d’enseignement renommés et ses débouchés commerciaux attirent chaque année de nombreux non-résidents.

Figure 2.2.8. : Ventilation des échanges de services non numériques du Canada, 2025 (milliards $)

Figure 2.2.8. : Ventilation des échanges de services non numériques du Canada, 2025 (milliards $)
Version texte - Figure 2.2.8.
Type de servicesExportations (milliards $)Importations (milliards $)
Données : Statistique Canada, tableau 36-10-0021-01.
Source : Bureau de l’économiste en chef, Affaires mondiales Canada.
Services de voyage72 G$60 G$
Services de transport23 G$40 G$
Services commerciaux non numériques14 G$8 G$
Services gouvernementaux2 G$2 G$

La croissance récente des exportations de services de voyage est principalement attribuable aux services liés à l’éducation (c.-à-d. les étrangers qui viennent étudier au Canada), surtout après la pandémie. En 2024 (dernière année pour laquelle des données sont disponibles), les exportations liées à l’éducation ont plus que doublé par rapport aux niveaux de 2019 pour atteindre 36,1 milliards de dollars, soit environ la moitié des exportations totales de services de voyage du Canada. Toutefois, les récents changements de politique influeront sur cette tendance. Le nombre de nouveaux étudiants étrangers est plafonné à 155 000 pour 2026, soit 49 % de moins qu’en 2025 (Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, 2025). Cela, conjugué à l’introduction au Canada d’un plafond de 5 % de la population pour les résidents non permanents d’ici la fin de 2027, signifie que les services liés à l’éducation ne seront pas une source majeure de croissance des exportations au cours des prochaines années.

Figure 2.2.9 : Exportations canadiennes de services de voyage (milliard $)

Figure 2.2.9 : Exportations canadiennes de services de voyage (milliard $)
Version texte - Figure 2.2.9.
AnnéeVoyages d’affaires (milliards $)Voyages liés à l’éducation (milliards $)Voyages personnels (p. ex., tourisme) (milliards $)Voyages, total (milliards $)
Note : Les données détaillées concernant les services de voyage n’étaient pas disponibles pour 2025 au moment de la publication.
Données : Statistiques Canada, tableaux 36-10-0004-01 et 36-10-0014-01.
Source : Bureau de l’économiste en chef, Affaires mondiales Canada.
20103,0 G$4,0 G$11,2 G$18,2 G$
20113,2 G$4,7 G$11,1 G$18,9 G$
20123,3 G$5,4 G$11,5 G$20,1 G$
20133,4 G$6,2 G$11,9 G$21,5 G$
20143,4 G$7,1 G$13,2 G$23,8 G$
20153,6 G$8,2 G$14.2 G$26,0 G$
20163,8 G$9,0 G$17,1 G$30,0 G$
20174,1 G$10,4 G$18,0 G$32,4 G$
20184,4 G$12,5 G$18,5 G$35,4 G$
20194,7 G$16,1 G$18,7 G$39.5 G$
20200,9 G$15,7 G$2,0 G$18,6 G$
20210,7 G$16,1 G$2,5 G$19,3 G$
20226,1 G$21,6 G$13,2 G$40,9 G$
20238,9 G$30,2 G$21,3 G$60,4 G$
20249,9 G$36,1 G$24,3 G$70,4 G$
2025S.O.S.O.S.O.71,8 G$

Les autres exportations de voyages personnels (p. ex., le tourisme) étaient plus importantes que les exportations liées à l’éducation avant la pandémie et pourraient retrouver leur position dominante dans la catégorie des exportations de voyages du Canada. Il y a eu 29,6 millions de visiteurs étrangers au pays en 2025, le plus important contingent provenant des États-Unis (22,8 millions de personnes), du Royaume-Uni (888 000) et de la France (664 000). Une exportation de services de tourisme se produit lorsqu’un résident étranger se rend au Canada, ce qui inclut ses dépenses pour l’hébergement, la nourriture et le divertissement.

Plus de 81 % de la valeur des importations de voyage au Canada en 2024 provenait de résidents canadiens voyageant à l’étranger pour des raisons de tourisme (48,4 milliards de dollars), répartis à peu près également entre des destinations aux États-Unis et des destinations hors de ce pays.

Parallèlement, les voyages d’affaires des Canadiens ont totalisé 5,8 milliards de dollars (10 % des importations de voyage du Canada). Ces voyages visent notamment à assister à une foire commerciale ou à une conférence, à visiter un chantier, à collaborer à un projet de recherche ou d’ingénierie, à négocier avec un fournisseur, à pratiquer un sport professionnel, à rencontrer des clients actuels ou potentiels, ou à effectuer une inspection. Une association de voyages internationaux a observé qu’aux États-Unis, chaque dollar dépensé en voyages d’affaires (nationaux ou internationaux) rapporte environ 1,15 $ en nouvelle activité économique nette, soulignant l’importance économique potentielle de ces importations (Global Business Travel Association, 2024).

Les importations et les exportations de services de transport ont représenté 28 % des échanges de services non numériques en 2025, pour une valeur totale de 62,6 milliards de dollars. Ces services sont fortement corrélés avec le commerce international des biens et des services commerciaux du Canada, ce qui signifie qu’ils ont des mouvements annuels quasi parallèles (corrélation moyenne de 94 % au cours des 15 dernières années), facilitant le transport des biens et des personnes par voie aérienne, terrestre et maritime, à destination et en provenance des marchés étrangers. L’annonce de la Stratégie de diversification du commerce et du Fonds complémentaire des corridors de diversification du commerce dans le budget de 2025 pourrait se traduire par une augmentation de la demande pour le commerce des services de transport du Canada avec les marchés non américains (Ministère des Finances, 2025).

Les deux dernières catégories de services non numériques comprennent certains services commerciaux qui doivent être fournis en personne (p. ex., les services de construction, d’entretien et de réparation), ainsi que les services gouvernementaux (p. ex., la diplomatie et les services de nature militaire). Les exportations canadiennes de services d’entretien et de réparation ont presque triplé depuis 2010, atteignant 5,5 milliards de dollars en 2025. Cette tendance reflète la « servitisation », où les fabricants intègrent de plus en plus des contrats de service – comme le soutien technique ou la maintenance – avec des produits physiques pour fournir des solutions intégrées et de grande valeur aux clients étrangers.

Valeur ajoutée des services incorporés dans les biens

De nombreux services sont étroitement liés aux biens. Il s’agit notamment des « services à valeur ajoutée » incorporés dans des biens, souvent appelés « services emballés ». La valeur de ces contributions, allant de la R-D aux services informatiques, est incorporée dans les biens finaux qui traversent les frontières, ce qui rend leur contribution au commerce largement invisible dans les statistiques standard du commerce international.

L’industrie aérospatiale fournit une illustration claire de la façon dont des services de grande valeur sont « intégrés » dans des exportations de biens physiques. Lorsqu’un avion d’affaires fabriqué au Canada est exporté, sa valeur marchande est déterminée moins par les matières premières de son fuselage et plus par les intrants complexes en services intégrés durant sa construction. Cela comprend des milliers d’heures de génie aérospatial, des millions de lignes de logiciels de contrôle de vol et de la R-D intensive dans les sciences des matériaux pour obtenir des composites légers. Alors que ces activités sont techniquement des services, leur valeur est saisie dans le prix final du bien manufacturé lorsqu’il franchit la frontière et dont, sur papier, la totalité de la valeur à l’exportation est enregistrée comme un bien.

Partout dans le monde, la valeur ajoutée des services qui sont inclus dans des exportations de biens a considérablement augmenté en proportion du commerce total, soulignant l’importance des services intermédiaires dans les chaînes de valeur mondiales (Kordalska et Olczyk, 2018). La valeur ajoutée des services incorporés dans des biens accroît la performance à l’exportation des entreprises par plusieurs canaux interconnectés :

Pour le Canada, la part de la valeur ajoutée des services nationaux intégrés aux exportations de biens est demeurée relativement stable, soit entre 14 et 18 % depuis 2010, bien que la composition varie selon le sous-secteur. En 2024, les sous-secteurs de biens comptant la plus grande valeur ajoutée de services nationaux inclus dans leurs exportations étaient la foresterie et l’exploitation forestière (28 %), et l’extraction minière, l’exploitation en carrière, et l’extraction de pétrole et de gaz (20 %). En termes de valeur, la valeur ajoutée des services est la plus élevée dans le secteur manufacturier, où elle contribue à hauteur de plus de 68 milliards de dollars aux exportations totales (Statistique Canada, tableau 12-10-0100-01, 2024).

Figure 2.2.10. : Valeur ajoutée des services nationaux incorporés dans les exportations, par sous-secteur de biens, 2024 (part en pourcentage)

Figure 2.2.10. : Valeur ajoutée des services nationaux incorporés dans les exportations, par sous-secteur de biens, 2024 (part en pourcentage)
Version texte - Figure 2.2.10.
Sous-secteur de biensPart de la valeur ajoutée des services nationaux dans les exportations totales (2024, %)
Données : Statistique Canada, tableau 12-10-0100-01.
Source : Bureau de l’économiste en chef, Affaires mondiales Canada.
Total, industries de biens17,4 %
Foresterie et exploitation forestière28,4 %
Extraction minière, exploitation en carrière, et extraction de pétrole et de gaz20,1 %
Production végétale et animale19,0 %
Fabrication16,2 %
Pêche, chasse et piégeage11,6 %
Services publics9,5 %

Dans un ensemble de données comparables à l’échelle internationale publié par l’OCDE, le Canada arrivait au dernier rang des pays du G7 en 2022 pour ce qui est de la part de la valeur ajoutée des services nationaux dans les exportations manufacturières. Cela pourrait signifier que les fabricants canadiens n’utilisent pas autant les services à forte valeur ajoutée qui sont importants pour la compétitivité et la productivité que leurs pairs.

Figure 2.2.11. : Valeur ajoutée des services dans les exportations manufacturières des pays du G7, 2022 (% des exportations brutes)

Figure 2.2.11. : Valeur ajoutée des services dans les exportations manufacturières des pays du G7, 2022 (% des exportations brutes)
Version texte - Figure 2.2.11.
Pays du G7Part de la valeur ajoutée des services dans les exportations manufacturières, 2022 (%)
Données : Base de données TiVA de l’OCDE.
Source : Bureau de l’économiste en chef, Affaires mondiales Canada.
États-Unis25,5 %
France24,8 %
Royaume-Uni23,9 %
Italie23,4 %
Allemagne21,7 %
Japon20,5 %
Canada20,0 %

La composition industrielle du secteur manufacturier canadien diffère de celle des autres pays du G7 parce que les ressources y occupent une place plus importante. Mais un examen des sous-secteurs manufacturiers montre que le classement du Canada demeure globalement constant, ce qui laisse penser que le chiffre global reflète une tendance plus générale quant à l’intégration des services dans la production canadienne. Le Canada se situe sous la part moyenne du G7 pour ce qui est de la valeur ajoutée des services dans tous les sous-secteurs manufacturiers, les plus grands écarts étant observés dans ceux des machines, des véhicules à moteur et des métaux de base et produits métalliques.

Figure 2.2.12. : Valeur ajoutée des services dans les sous-secteurs manufacturiers, 2022 (% des exportations)

Figure 2.2.12. : Valeur ajoutée des services dans les sous-secteurs manufacturiers, 2022 (% des exportations)
Version texte - Figure 2.2.12.
Sous-secteur manufacturierCanada, part de la valeur ajoutée des services dans les exportations, 2022 (%)G7, part de la valeur ajoutée des services dans les exportations, 2022 (%)
Données : Base de données TiVA de l’OCDE.
Source : Bureau de l’économiste en chef, Affaires mondiales Canada.
Aliments, boissons et produits du tabac27,5 %30,7 %
Produits du bois21,7 %24,2 %
Produits chimiques et produits minéraux non métalliques21,2 %22,2 %
Meubles, bijoux, jouets, etc.20,9 %22,6 %
Textiles20,4 %24,5 %
Véhicules à moteur et autre matériel de transport19,0 %24,0 %
Métaux de base et produits métalliques16,5 %21,2 %
Machines et matériel16,5 %21,9 %
Produits informatiques, électroniques et optiques16,4 %19,4 %

Des services complémentaires sont de plus en plus regroupés avec des biens, tels que des contrats d’entretien, de l’assistance technique ou des services d’installation, et ils jouent un rôle important dans le renforcement de la valeur et de la compétitivité des exportations de biens. Parmi les petites et moyennes entreprises (PME) canadiennes, la croissance la plus rapide est enregistrée parmi celles qui vendent des biens et des services (Affaires mondiales Canada, 2025b). De même, Ariu et coll. (2020) analysent des données sur les exportations belges et notent que les exportateurs les plus prospères fournissent à la fois des biens et des services. Ils montrent que les entreprises offrant des services groupés avec des biens sont en mesure d’augmenter les prix de leurs produits sans réduire leur offre  (Ariu et coll., 2020). Dans l’ensemble, ce jumelage de biens et de services est devenu de plus en plus essentiel pour que les exportateurs puissent soutenir la concurrence sur de nouveaux marchés, ce qui est un indicateur de la qualité et de la complexité des produits.

Présence commerciale des filiales canadiennes à l’étranger

La présence commerciale à l’étranger est l’un des canaux les plus importants mais les moins visibles par lesquels le Canada vend ses services. Au lieu de franchir les frontières par la transmission numérique ou les voyages (c.-à-d., exportations et importations), ces services sont fournis directement sur le marché par des filiales étrangères que les entreprises canadiennes possèdent et contrôlent. Les services du Canada sont de plus en plus vendus par l’intermédiaire de filiales à l’étranger plutôt que par exportations directes, faisant de la présence commerciale à l’étranger un déterminant clé de la compétitivité. En conformité avec cette tendance, les ventes à l’étranger des sociétés affiliées à des entreprises canadiennes dans l’industrie des services se sont multipliées près de cinq fois entre 2011 et 2024, alors que les exportations directes de services n’ont que triplé sur une période similaire (2010-2025).

Depuis 2000, la présence internationale des multinationales canadiennes dans les industries de services s’est considérablement accrue, dépassant la croissance des multinationales canadiennes dans les secteurs de production de biens. Par conséquent, la part des services dans l’investissement direct canadien à l’étranger (IDCE) est passée de 54,7 % en 2000 à 80,8 % en 2024 (+26,1 points de pourcentage sur 25 ans). Comme de nombreux services ne peuvent être exportés directement, les entreprises canadiennes ont étendu leurs activités à l’étranger pour rejoindre ces marchés. C’est la forme dominante d’investissement direct dans les services (François et Hoekman, 2010).

Les filiales étrangères de propriété majoritairement canadienne dans le secteur des services affichent des niveaux d’activité notables. En 2024, leurs ventes – employées comme mesure de la présence commerciale à l’étranger − ont atteint 1,0 billion de dollars, soit presque autant que les revenus nationaux − 1,1 billion de dollarsNote de bas de page 5 − engendrés par les multinationales canadiennes du secteur des services en 2023. Grâce à leurs filiales étrangères, les multinationales canadiennes ont pu soutenir et accélérer leur croissance en entrant sur des marchés étrangers. En fait, les ventes des filiales étrangères de propriété canadienne dans l’industrie des services ont augmenté à un taux annuel moyen de 12,8 % depuis 2011, soit près du double de la croissance des revenus intérieurs des multinationales canadiennes opérant dans le secteur des services (6,7 %).

L’Amérique du Nord et les Caraïbes représente le plus grand marché pour les filiales canadiennes des entreprises de services. Alors que les filiales canadiennes actives dans les industries de services ont généré des ventes de 648 milliards de dollars dans cette région, leur part a fléchi au cours de la dernière décennie, passant de 71,7 % en 2011 à 63,1 % du total des ventes de services en 2024 (Figure 2.2.13.). Cela traduit un déplacement vers d’autres marchés, dont l’Europe, qui a atteint 20,6 % (+7,1 points de pourcentage), et l’Indo-Pacifique (10,5 %, +1,7 point de pourcentage). En revanche, les parts des filiales d’entreprises de services canadiennes en Amérique du Sud et en Amérique centrale (5,4 %, -0,3 point de pourcentage) et en Afrique (0,4 %, +0,1 point de pourcentage) sont restées globalement stationnaires et relativement faibles au cours de cette période.

Figure 2.2.13. : Ventes à l’étranger des filiales d’entreprises canadiennes de services, par région, 2011 et 2024 (%)

Figure 2.2.13. : Ventes à l’étranger des filiales d’entreprises canadiennes de services, par région, 2011 et 2024 (%)
Version texte - Figure 2.2.13.
RégionVentes à l’étranger des filiales canadiennes, 2011 (%)Ventes à l’étranger des filiales canadiennes, 2024 (%)
Données : Statistique Canada, tableau 36-10-0440-01.
Source : Bureau de l’économiste en chef, Affaires mondiales Canada.
Amérique du Nord et Caraïbes71,7 %63,1 %
Europe13,5 %20.6 %
Indo-Pacifique8,8 %10,5 %
Amérique centrale et Amérique du Sud5,7 %5,4 %
Afrique0,3 %0,4 %

L’industrie des finances et des assurances est celle qui a la plus grande présence commerciale du Canada à l’étranger au chapitre des services. En 2024, elle représentait 30,2 % (0,3 billion de dollars) des ventes des filiales d’entreprises canadiennes et près de deux tiers (6,1 billions de dollars) de tous les actifs détenus à l’étranger. Le commerce de gros (215,1 milliards de dollars) et le commerce de détail (136,8 milliards de dollars) viennent ensuite sur la liste des plus grandes industries de services, mesurées par leurs ventes à l’étranger.

En ce qui concerne l’industrie des finances et des assurances, les besoins et les exigences liés à de nombreux services bancaires et d’assurance devant être fournis localement peuvent expliquer la forte présence locale comme mode de prestation. La stabilité, la solidité du capital et la capacité de naviguer dans des environnements complexes et fortement réglementés qui caractérisent les banques canadiennes confèrent un avantage concurrentiel distinct aux services financiers canadiens fournis à l’étranger. En outre, les marchés intérieurs relativement limités et saturés du Canada ont peut-être encouragé les grandes banques canadiennes à se développer à l’étranger. Enfin, les banques canadiennes ont systématiquement profité des possibilités d’expansion pendant les périodes où les banques d’autres pays se sont retirées des marchés internationaux (Friedrich et coll., 2025).

Figure 2.2.14. : Ventes à l’étranger des filiales canadiennes dans les industries de services, 2024

Figure 2.2.14. : Ventes à l’étranger des filiales canadiennes dans les industries de services, 2024
Version texte - Figure 2.2.14.
Industries de servicesVentes à l’étranger des filiales canadiennes, 2024 (milliards $)Ventes à l’étranger des filiales canadiennes, 2024 (%)
Données : Statistique Canada, tableau 36-10-0440-01.
Source : Bureau de l’économiste en chef, Affaires mondiales Canada.
Finances et assurances310,8 G$30,2 %
Commerce de gros215,1 G$20,9 %
Commerce de détail138,6 G$13,3 %
Transport et entreposage106,5 G$10,4 %
Autres services102,8 G$10,0 %
Services professionnels, scientifiques et techniques95,5 G$9,3 %
Gestion de sociétés et d’entreprises33,0 G$3,2 %
Industries de la culture et de l’information27,5 G$2,7 %
Total1 028 G$100 %

Des estimations de l’OMC indiquent que la présence commerciale du Canada à l’étranger dans le secteur des services est globalement comparable à celle d’économies similaires. Par rapport à la taille de l’économie, la France (23,3 %) et l’Allemagne (19,8 %) ont une présence commerciale plus importante à l’étranger que le Canada (18,0 %), qui se classe troisième et devance le reste des pays du G7 (figure 2.2.15.).

Figure 2.2.15. : Part des services fournis par le biais d’une présence commerciale à l’étranger dans le PIB, 2022 (%)

Figure 2.2.15. : Part des services fournis par le biais d’une présence commerciale à l’étranger dans le PIB, 2022 (%)
Version texte - Figure 2.2.15
PaysPart des services fournis par le biais d’une présence commerciale à l’étranger dans le PIB, 2022 (%)
Données : Organisation mondiale du commerce, Ensemble de données sur le commerce des services par mode de prestation; Groupe de la Banque mondiale.
Source : Bureau de l’économiste en chef, Affaires mondiales Canada.
France23,3 %
Allemagne19,8 %
Canada18,0 %
Royaume-Uni15,6 %
Japon10,3 %
Italie9,6 %
États-Unis7,8 %

Résumé de la performance du commerce des services du Canada pour l’ensemble des marchés et des modes de prestation

Le secteur des services du Canada a connu une croissance remarquable au cours des deux dernières décennies, avec une avancée particulièrement forte au cours de la période postpandémique. Dans plusieurs domaines, la croissance du commerce des services a été supérieure à celle des autres pays du G7, reflétant les forces concurrentielles dans les domaines de la R-D, de l’informatique et des services financiers, entre autres. En conséquence, les services représentent maintenant une composante plus vaste et plus diversifiée de l’activité commerciale du Canada sur le marché international, tant par l’exportation directe que par le biais des ventes des entreprises canadiennes opérant à l’étranger.

Derrière cette performance se profile une évolution dans la façon dont les services sont fournis à l’échelle internationale. Les services numériques ont favorisé la diversification et la résilience du marché, tandis que les services non numériques, en particulier les voyages liés à l’éducation, ont contribué de façon significative aux récents gains à l’exportation. Au-delà des exportations enregistrées, les services intégrés aux exportations et aux ventes de biens par une présence commerciale à l’étranger jouent un rôle de plus en plus grand, les ventes des filiales canadiennes à l’étranger dépassant de beaucoup les exportations transfrontalières de services.

Ensemble, ces tendances soulignent l’importance croissante des services pour la performance commerciale du Canada, tout en faisant ressortir des aspects, comme l’intégration de la valeur ajoutée des services dans l’industrie manufacturière, où le Canada tire toujours de l’arrière. La section 2.3 examine les déterminants de cette expansion et les défis qui conditionnent sa viabilité future.

2.3. Facteurs de réussite et obstacles à l’expansion internationale des services

Comme le montre la section 2.2, l’expansion rapide du commerce des services au Canada reflète une combinaison de facteurs. Du côté de la demande, la hausse des revenus est associée à une réorientation des dépenses des ménages vers les services, qui augmentent plus rapidement que la consommation de biens à mesure que le niveau de vie augmente. En outre, les services deviennent de plus en plus commercialisables et mieux intégrés dans les échanges commerciaux grâce aux progrès de la technologie et de la numérisation.

Du côté de l’offre, pour que le Canada connaisse un succès international dans le secteur des services, il faut une combinaison adéquate de talents, de technologies, d’institutions et de lois favorables, ainsi que des avantages propres à chaque entreprise. Qu’il s’agisse d’une entreprise de logiciels offrant des services en ligne à ses clients, d’une université attirant des étudiants étrangers ou d’une banque opérant à l’étranger, les services canadiens reposent sur trois piliers transversaux :

  1. Le capital humain
  2. L’intégration numérique
  3. Les institutions, la réglementation et les accords

Des recherches empiriques montrent que les exportateurs de services performent mieux dans des environnements offrant de solides compétences, une intégration numérique avancée et des cadres institutionnels et réglementaires favorables. Des institutions internationales telles que l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) soulignent ces mêmes facteurs comme principaux moteurs de la croissance du commerce des services (Organisation mondiale du commerce, 2025; Geloso Grosso et coll., 2015). De façon générale, la recherche montre que les institutions, le capital humain et physique et la connectivité numérique ont une influence sur la compétitivité internationale et l’expansion des exportations de services (Chor, 2010; Imbruno et coll., 2025).

Ensemble, ces moteurs interviennent dans les 4 voies de prestation des services : les services numériques, les services non numériques (y compris les mouvements de personnes), les services intégrés aux biens et les services fournis par le biais d’une présence commerciale à l’étranger.

Le commerce international est une entreprise difficile et seulement 15 % des petites et moyennes entreprises (PME) canadiennes exportaient en 2023 (Affaires mondiales Canada, 2025b). Plus de la moitié d’entre elles exportaient des services, bien qu’elles aient tendance à être de plus petite taille que les exportateurs de marchandises. Leurs effectifs limités sont compensés par les compétences, la recherche indiquant que les exportateurs de services ont un coefficient d’intensité en compétences de 15 % à 20 % plus élevé que les entreprises n’exportant que des biens (Breinlich et Criscuolo, 2011). Cette intensité en compétences reflète une sélection : les coûts fixes élevés à l’entrée sur les marchés d’exportation sont particulièrement lourds pour les petites entreprises, ne laissant que les plus productives et les plus spécialisées capables de soutenir la concurrence à l’international.

Pour les responsables des politiques qui cherchent des façons d’aider les exportateurs de services, il est essentiel de comprendre à la fois les facteurs de réussite et les obstacles qui sont propres à ces entreprises. Les sections qui suivent examinent trois facteurs particulièrement importants pour la performance des exportations de services : le capital humain, l’infrastructure numérique et le cadre réglementaire et institutionnel.

L’impératif du capital humain : éducation, compétences et préparation à l’exportation

Le capital humain – l’éducation, les compétences et le savoir spécialisé – est un moteur clé de la compétitivité internationale des services (Newfarmer et coll., 2009; Ariu et Hakkala, 2025). Comparativement aux biens, les services dépendent davantage d’intrants immatériels, ou intangibles, dont l’importance est principalement liée aux capacités de la main-d’œuvre plutôt qu’au capital physique. La capacité de déploiement à l’échelle, de prestation et d’adaptation à ces éléments intangibles est directement liée au niveau d’instruction, à l’ingéniosité et à la composition des compétences.

Le Canada compte la population la plus instruite parmi les pays riches de l’OCDE, alors que près de 65 % des Canadiens âgés de 25 à 64 ans ont complété des études postsecondaires (OCDE, 2025). Les dépenses en éducation au Canada ont atteint 5,5 % du PIB en 2024, dépassant la moyenne de 4,7 % de l’OCDE (OCDE, 2025b). Cet investissement soutient une main-d’œuvre bien adaptée aux industries de services, en particulier dans les domaines à fort coefficient de connaissances. Un diplômé canadien sur quatre termine maintenant un programme en sciences, en technologie, en génie, en mathématiques ou en informatique (STIM), et le nombre de diplômés dans ces domaines ne cesse de croître.

Figure 2.3.1. : Nombre et taux de croissance annuel des diplômés en STIM des universités canadiennes, 2014-2023

Figure 2.3.1. : Nombre et taux de croissance annuel des diplômés en STIM des universités canadiennes, 2014-2023
Version texte - Figure 2.3.1.
AnnéeNombre de diplômés des universités canadiennes en sciences et en technologie scientifiqueNombre de diplômés des universités canadiennes en génie et en technologie d’ingénierieNombre de diplômés des universités canadiennes en mathématiques, en informatique et en sciences de l’information
Données : Statistique Canada, tableau 37-10-0164-01.
Source : Bureau de l’économiste en chef, Affaires mondiales Canada.
201432 01624 2859 834
201532 03427 87010 539
201633 07830 00611 565
201733 64231 34712 906
201834 46432 88914 160
201934 32933 12316 365
202034 70735 02218 945
202136 92136 26121 996
202236 95734 90522 047
202337 32635 28925 917
Taux de croissance, 2014-20232 %4 %11 %

Toutefois, le maintien de cet avantage exige non seulement des investissements nationaux en éducation, mais aussi des politiques qui attirent et conservent une main-d’œuvre hautement qualifiée. La nouvelle Stratégie du gouvernement du Canada en matière d’attraction des talents internationaux vise à accroître l’immigration de personnes hautement qualifiées afin de renforcer les secteurs en demande dans des collectivités partout au pays (Ministère des finances, 2025). Le système canadien de pointage pour l’immigration, ou Système de classement global (SCG), est conçu pour attirer des immigrants hautement qualifiés en fonction de leur scolarité et de leur expérience professionnelle (Doyle et coll., 2025), tandis que la Stratégie en matière de compétences mondiales contribue à accélérer l’accès à la main-d’œuvre hautement qualifiée dont les entreprises canadiennes ont besoin. Ces approches favorisent l’accès à un bassin de talents de plus en plus mobile et en grande demande à l’échelle mondiale.

Lorsqu’ils choisissent d’émigrer, les personnes qualifiées se tournent vers des pays qui offrent des voies d’immigration claires et des possibilités économiques, avec des retards administratifs limités. De plus, il est important de mettre leurs compétences à l’œuvre. Le décalage entre emploi et compétences — lorsque les compétences, l’expérience, l’éducation ou d’autres caractéristiques d’un travailleur ne correspondent pas aux tâches ou exigences de son poste — a un impact sur les travailleurs, les employeurs et l’économie dans son ensemble (y compris sur la productivité). Selon une étude récente de Statistique Canada (2026), entre septembre 2024 et septembre 2025, parmi les travailleurs d’âge moyen possédant un diplôme ou un certificat d’études postsecondaires, les immigrants (25,2 %) avaient une probabilité plus élevée d’être surqualifiés pour leur emploi que les travailleurs nés au Canada (19,1 %). Il est essentiel de veiller à ce que les nouveaux arrivants puissent mettre pleinement à contribution leurs compétences pour stimuler la croissance des exportations de services du Canada.

Au-delà de l’offre de main-d’œuvre, l’immigration soutient également le commerce des services par des voies moins tangibles. Les réseaux internationaux, la connaissance du marché et la familiarité culturelle et linguistique réduisent les obstacles informationnels et facilitent l’accès aux marchés étrangers, un facteur particulièrement important pour les services, où la confiance et la communication jouent un rôle central (Affaires mondiales Canada, 2025b). Prenons l’exemple des services publicitaires : une campagne de commercialisation efficace, en accord avec l’image de marque et l’idéologie de l’entreprise, ne peut être élaborée unilatéralement sans une compréhension culturelle du marché cible.

Intégration et infrastructure numériques

Si le capital humain est le moteur du commerce des services, l’infrastructure numérique en est l’autoroute. Des réseaux numériques fiables réduisent les coûts de communication, facilitent la coordination au-delà des frontières et permettent aux entreprises de fournir des services à distance, souvent avec une grande capacité de déploiement à un faible coût marginal. Si l’infrastructure numérique est essentielle pour les services numériques, elle sous-tend également de nombreuses activités non numériques, telles que l’éducation, les finances et les services professionnels qui combinent présence physique et technologie numérique.

Les réseaux sans fil, l’infrastructure des fibres et les centres de données sont essentiels au développement du commerce des services. Selon Herman et Oliver (2023), la connectivité Internet est un facteur déterminant du commerce tant pour les pays à revenu élevé que pour les pays à faible revenu, accroissant les échanges à la fois à la marge intensive (augmentation des volumes de commerce par les entreprises existantes) et à la marge extensive (nombre d’entreprises entrant sur de nouveaux marchés d’exportation).

Le Canada se classe 7e à l’échelle mondiale en termes de compétitivité numérique, avec une forte performance pour ce qui est de la vitesse de débit Internet, de la pénétration des services à large bande et de la connectivité mobile (IMD, 2025a). La plupart des ménages canadiens indiquent avoir accès à un service Internet à grande vitesse ou illimité, ce qui favorise une participation généralisée au commerce numérique. En revanche, l’accès demeure inégal entre les régions, reflétant la vaste étendue géographique du Canada et faisant ressortir les défis persistants de la connectivité en région rurale ou éloignée (ISED, 2023).

Figure 2.3.2. : Les 20 scores mondiaux les plus élevés pour la compétitivité numérique selon l’IMD, 2025

Figure 2.3.2. : Les 20 scores mondiaux les plus élevés pour la compétitivité numérique selon l’IMD, 2025
Version texte - Figure 2.3.2.
PaysScore pour la compétitivité numérique, 2025
Note : Le classement mondial de la compétitivité numérique de l’IMD en 2025 couvre 69 économies.
Données : Classement de la compétitivité numérique de l’IMD, 2025.
Source : Bureau de l’économiste en chef, Affaires mondiales Canada.
Suisse100,00
États-Unis99,29
Singapour99,18
Hong Kong97,79
Danemark97,23
Pays-Bas96,82
Canada96,19
Suède95,42
Émirats Arabes Unis93,38
Taïwan93,12
Finlande91,12
Chine87,79
Norvège87,34
Islande87,28
Corée86,55
Irlande85,54
Lituanie84,30
Allemagne84,25
Royaume-Uni83,65

Si une infrastructure numérique robuste est essentielle à la participation aux marchés en ligne, les politiques de soutien sont également importantes pour faciliter le commerce numérique. Le Canada offre un des environnements de commerce numérique les plus libéralisés au monde. Il se classe avantageusement quant à l’Indice de restrictivité du commerce des services numériques (IRCSN) de l’OCDE, qui évalue les obstacles au commerce des services numériques sur une échelle allant de 0 (la plus grande ouverture) à 1 (fermeture complète), dans cinq domaines : infrastructure et connectivité, transactions électroniques, systèmes de paiement, droits de propriété intellectuelle et autres obstacles. Le Canada occupe le 7e rang mondial et le 2e parmi les pays du G7 (après le Royaume-Uni). Les atouts du Canada découlent de l’égalité de traitement des fournisseurs de services étrangers pour la protection de la propriété intellectuelle, de l’exploitation de systèmes de paiement conformes aux normes internationales et d’un régime de licences non discriminatoires pour les transactions de commerce électronique. Ces facteurs contribuent à créer un environnement propice au commerce des services, ce qui aide les entreprises canadiennes à s’intégrer aux chaînes de valeur mondiales et à profiter des technologies numériques étrangères dans leurs procédés de production.

Figure 2.3.3. : Indice de restrictivité du commerce des services numériques, 2025

Figure 2.3.3. : Indice de restrictivité du commerce des services numériques, 2025
Version texte - Figure 2.3.3.
PaysScore IRCSN
Données : Indice de restrictivité du commerce des services numériques de l’OCDE.
Source : Bureau de l’économiste en chef, Affaires mondiales Canada.
Australie0,0212
Costa Rica0,0212
Norvège0,0212
Suisse0,0212
Royaume-Uni0,0212
Mexique0,0396
Canada0,0397
République dominicaine0,0404
Japon0,0425
Estonie0,0432
Luxembourg0,0432
Équateur0,0432
États-Unis0,0609
Albanie0,0609
Kosovo0,0609
El Salvador0,0613
Finlande0,0616
République slovaque0,0616
Panama0,0616
Italie0,0644

Les plateformes de commerce électronique réduisent encore davantage les obstacles à la participation internationale en regroupant la prospection, la passation de contrats, le paiement et la livraison dans des systèmes numériques intégrés. Par exemple, un agent de tourisme canadien peut attirer et faire des réservations pour des visiteurs étrangers en ligne; de même, une entreprise de logiciels peut rejoindre des abonnés étrangers sans présence physique sur place. Près d’un tiers des entreprises canadiennes ont reçu une commande en ligne en 2023, contre le quart en 2019, l’adoption étant particulièrement importante chez les petites entreprises cherchant à étendre leur rayonnement international (Statistique Canada, 2024).

À mesure que les services numériques prennent de l’expansion, la poursuite des investissements dans l’infrastructure, la cybersécurité et les compétences numériques demeure essentielle. Ainsi, les PME canadiennes investissent activement dans les nouvelles technologies ─ notamment les logiciels de comptabilité, la cybersécurité et l’infrastructure de TI ─ les petites entreprises canadiennes arrivent au 3e rang des pays du G7 pour l’adoption de l’IA (OCDE, 2025a). Toutefois, plus de la moitié des PME canadiennes affirment que le manque de compétences numériques constitue un obstacle majeur à leur transformation numérique, et la cybersécurité demeure une préoccupation persistante (Alegbeh et Cruz, 2025). Ces défis sont accentués par la fragmentation du commerce et les différences dans les normes techniques qui limitent la circulation des données et perturbent l’investissement et le commerce transfrontaliers de services numériques (IMD, 2025b).

L’accès à une infrastructure numérique avancée devient un déterminant stratégique de la compétitivité internationale, surtout devant l’importance accrue de l’intelligence artificielle. Des recherches récentes à l’Université de Toronto indiquent que les pays capables de combiner des flux de données non contraints avec une capacité nationale en matière d’IA, de puissance informatique et d’infrastructure numérique fiable seront mieux placés pour déployer à l’échelle internationale des services à valeur élevée, renforçant ainsi le lien entre la souveraineté numérique, la politique d’investissement et la performance dans le commerce des services (Mullin et Khan, 2026). Certains auteurs affirment que le Canada possède les capacités nécessaires en intelligence artificielle pour réussir, mais qu’il n’a pas encore converti cette excellence sur le plan de la recherche en capacité et en infrastructure industrielles, et ils nous préviennent que la fenêtre d’opportunité pour le faire se rétrécit.

Institutions, réglementation et accords

La qualité des institutions et la crédibilité réglementaire jouent un rôle central pour l’obtention de résultats dans le secteur des services. Étant donné que les services supposent souvent des relations à long terme, des biens immatériels et une surveillance réglementaire, les exportateurs sont fortement tributaires de cadres juridiques prévisibles, de contrats exécutoires et de normes fiables (Newfarmer et coll., 2009). Les accords internationaux comme ceux portant sur le libre-échange et la protection des investissements, et les accords sur le transport aérien peuvent ouvrir des portes aux fournisseurs de services.

La protection de la propriété intellectuelle (PI) est particulièrement importante pour le commerce des services, où la valeur est souvent intégrée dans des logiciels, des algorithmes, des contenus créatifs et des processus de propriété exclusive plutôt que dans des biens matériels. Ainsi, une entreprise de logiciels cédant des codes sous licence à l’étranger ou un établissement d’enseignement postsecondaire protégeant ses programmes d’études et son matériel pédagogique à l’étranger doivent l’une et l’autre s’en remettre à des régimes de propriété intellectuelle détaillés pour commercialiser avec succès leurs actifs immatériels. Compte tenu du caractère territorial des droits de propriété intellectuelle, la commercialisation internationale requiert une protection dans plusieurs juridictions. Le cadre canadien de protection de la propriété intellectuelle offre un fondement national stable permettant aux entreprises de sécuriser la propriété, de conclure des accords de licence et de mettre en place les bases juridiques nécessaires pour obtenir une protection et, en définitive, commercialiser des actifs à l’étranger.

Les répercussions au niveau des politiques varient considérablement selon le mode de prestation des services. Chaque mode – offre numérique, mouvement de personnes, services intégrés à des biens et présence commerciale – fonctionne selon des modalités réglementaires distinctes qui nécessitent une analyse différenciée.

Encadré 2.3.1. : L’approche du Canada en matière de politique commerciale numérique

Le Canada met de l’avant des règles commerciales numériques de haut standard par le biais de ses accords commerciaux internationaux. L’objectif visé est de faciliter l’utilisation du commerce numérique en s’attaquant aux obstacles tout en favorisant la confiance des consommateurs, en protégeant les renseignements personnels et en préservant la capacité des gouvernements de réglementer dans l’intérêt public (Affaires mondiales Canada, 2025a).

Les accords commerciaux modernes tels que l’Accord de partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP) renferment des dispositions spécifiques en matière de commerce électronique qui vont au-delà des règles de base de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Le PTPGP établit des engagements permanents à ne pas imposer de droits de douane sur les transmissions électroniques et favorise l’utilisation de l’authentification électronique et des signatures électroniques, ce qui renforce la prévisibilité pour les biens et services fournis numériquement. Ces accords soutiennent également les flux transfrontaliers de données et interdisent les exigences de localisation des données, sous réserve d’objectifs légitimes de politique publique, aidant ainsi les entreprises à évoluer efficacement sur plusieurs marchés (Affaires mondiales Canada, 2018). Parallèlement, le Canada a coparrainé l’Accord plurilatéral de l’OMC sur le commerce électronique (ACE) aux côtés de 65 autres membres de l’OMC dans le cadre de l’Initiative de déclaration conjointe sur le commerce électronique. L’ACE établit des règles de base pour le commerce électronique, y compris une interdiction permanente des droits de douane.

En outre, le Canada cherche à conclure des accords de commerce numérique distincts, notamment dans le cadre des discussions en cours avec l’Union européenne, en vue de renforcer la coopération dans l’économie numérique au-delà de ce qui est inclus dans les accords existants qui reflètent les modèles conventionnels d’ALE ou d’APEG.

Ensemble, ces initiatives contribuent à réduire les obstacles au commerce numérique, à améliorer la transparence et la cohérence de la réglementation et à réduire les coûts des transactions numériques transfrontalières. Elles renforcent la compétitivité du Canada sur les marchés mondiaux des services et permettent aux entreprises canadiennes, y compris les petites et moyennes entreprises, de participer plus efficacement au commerce numérique international, conformément aux objectifs plus généraux du Canada en matière de diversification commerciale et d’innovation.

Services numériques

L’expansion des services fournis à distance dépend de cadres de gouvernance numérique cohérents couvrant les flux de données, le commerce électronique et les transactions électroniques. Les dispositions relatives au commerce numérique occupent une place de plus en plus importante dans les accords commerciaux, ce qui reflète l’importance croissante des services numériques (Burri et Polanco, 2020; Monteiro et Teh, 2017). Un consensus mondial limité sur la gouvernance des données, la fiscalité numérique et la cybersécurité a produit un environnement réglementaire fragmenté, qui peut ajouter des coûts de conformité pour les entreprises opérant dans plusieurs pays (Aaronson et Leblond, 2018; Spiezia et Tscheke, 2020). Dans ce contexte, le Canada a cherché à offrir une plus grande prévisibilité à ses entreprises dans ses accords commerciaux, notamment par l’ajout de chapitres sur le commerce numérique dans 11 accords de libre-échange distincts (Affaires mondiales Canada, 2025a). Des ententes comme l’Accord de partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP) et l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), comportent de longs chapitres numériques d’environ 3 000 mots, soit environ trois fois la longueur des accords précédents, ce qui témoigne de l’importance croissante de ces questions (Peressotti, 2025). Bien que ces dispositions contribuent à établir des règles plus claires sur des marchés clés, la nécessité de composer avec des engagements différents d’un accord à l’autre peut compliquer les choses pour les entreprises opérant à l’étranger.

Au-delà des accords de libre-échange, la coopération internationale en matière de commerce numérique s’effectue de plus en plus par le biais d’une série d’initiatives, de forums et d’instruments non contraignants. La participation du Canada à ces initiatives de coopération en matière de commerce numérique se reflète dans les classements élevés qu’il obtient pour les indices d’intégration et d’ouverture du commerce numérique (INDIGO) de l’OCDE dans deux sous-catégories : le Canada arrivait au premier rang pour INDIGO-i en 2024, sur la base d’instruments internationaux non commerciaux comme les discussions de l’ONU sur la protection de la vie privée, la sécurité et la gouvernance; et il se classait au 5e rang pour INDIGO-t, qui cible les instruments axés sur le commerce, y compris les accords bilatéraux et multilatéraux sur l’économie numérique (OCDE, 2025c).

Figure 2.3.4. : INDIGO-i et INDIGO-t, par pays

Figure 2.3.4. : INDIGO-i et INDIGO-t, par pays
Version texte - Figure 2.3.4.
PaysScore
Note : Les indices reflètent le degré d’interaction du Canada avec les marchés numériques les plus grands et les plus importants sur le plan économique; les résultats reflètent donc l’intégration étroite du Canada avec les États-Unis.
Données : Ensemble de données INDIGO de l’OCDE, pondérées selon le PIB.
Source : Bureau de l’économiste en chef, Affaires mondiales Canada.
INDIGO-i
Canada0,29
France0,27
Royaume-Uni0,27
Japon0,26
Italie0,25
Allemagne0,25
Mexique0,25
Australie0,24
Corée0,23
États-Unis0,23
INDIGO-t
Japon0,49
Australie0,39
Singapour0,39
Corée0,38
Canada0,36
Nouvelle-Zélande0,36
Vietnam0,34
Malaisie0,31
Mexique0,31
République démocratique populaire lao0,31

Services non numériques

Les services qui nécessitent une proximité physique – comme l’éducation, le tourisme, les transports et les services professionnels dispensés en personne – dépendent des cadres qui régissent la mobilité, la reconnaissance des titres de compétence et la logistique des transports, en particulier lorsque les services sont fournis via des mouvements temporaires de personnes au-delà des frontières. Les services de transport aérien et maritime dépendent d’accords bilatéraux et de conventions internationales, tandis que les accords de reconnaissance mutuelle facilitent la mobilité professionnelle en réduisant les obstacles à la reconnaissance des titres de compétence.

Les processus de reconnaissance des titres de compétence diffèrent largement entre les pays, même au sein de l’Union européenne (Nordås, 2016). En utilisant un modèle de gravité, Nordås observe qu’un plus grand nombre de qualifications reconnues dans un pays est associé à un commerce international plus important (2016). Cela souligne l’importance des cadres axés sur la mobilité pour les services qui dépendent de mouvements transfrontaliers de personnes, comme les services d’entretien et de réparation, où 90 % des exportations du Canada se sont faites par le biais de personnes voyageant à l’étranger en 2022 (Organisation mondiale du commerce, 2024).

En plus de la mobilité et de la reconnaissance des titres de compétence, les systèmes de transport sous-tendent les mouvements de fournisseurs de services et de marchandises. La politique du « Ciel bleu » du Canada guide la négociation des accords bilatéraux avec plus de 125 pays pour le transport aérien, en déterminant quels transporteurs peuvent opérer et combien de vols sont autorisés. Pour le commerce maritime, les services de transport dépendent de la réglementation du transport des marchandises, de la sécurité des navires et des ports, des inspections de sécurité maritime et de l’autorité de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (CNUDM). Ensemble, ces structures appuient les mouvements physiques sur lesquels reposent la prestation des services non numériques.

L’effet combiné de ces cadres se reflète dans les mesures globales de la restrictivité du commerce des services. Selon ces mesures, le Canada est généralement ouvert par rapport à ses pairs. Comme pour l’IRCSN, l’OCDE a élaboré un Indice de restrictivité pour le commerce des services (IRCS) qui varie de 0 (la plus grande ouverture) à 1 (la moins grande ouverture) en fonction de l’importance des obstacles réglementaires au commerce des services dans divers secteurs et pays. L’IRCS offre une mesure composite de ces obstacles, en prenant en compte l’impact des différences dans les politiques sur la capacité des entreprises d’entrer et d’opérer sur les marchés étrangers. Selon les scores IRCS de l’OCDE, le Canada se classe au premier rang ou à égalité en première place au sein du G7, avec les restrictions les plus faibles dans 12 secteurs, et il se classe dans la moitié supérieure dans 17 secteurs. Toutefois, certaines activités telles que la construction, la comptabilité et le transport par eau demeurent soumises à des restrictions plus sérieuses. Ces contraintes fonctionnent principalement comme des coûts fixes à l’entrée, affectant de façon disproportionnée les fournisseurs de services de plus petite taille ou moins bien établis qui doivent affronter de plus grands défis pour absorber ces coûts fixes engendrés par la réglementation.

Figure 2.3.5. : Restrictions sur le mouvement des personnes, score de l’Indice de restrictivité du des échanges de services par secteur, 2025

Figure 2.3.5. : Restrictions sur le mouvement des personnes, score de l’Indice de restrictivité du des échanges de services par secteur, 2025
Version texte - Figure 2.3.5.
SecteurRestrictions sur le mouvement des personnes, score IRES
Données : Indice de restrictivité des échanges de services de l’OCDE.
Source : Bureau de l’économiste en chef, Affaires mondiales Canada.
Construction0,057
Comptabilité et activités connexes0,055
Transport par eau0,039
Services informatiques et d’information0,029
Activités juridiques0,028
Services postaux et de messagerie0,024
Manutention de marchandises0,023
Transport routier de marchandises0,020
Enregistrement sonore et édition musicale0,019
Entreposage et stockage0,016

Valeur ajoutée des services intégrés à des biens

Lorsque les services sont incorporés dans des biens, ils franchissent effectivement les frontières en tant qu’éléments du bien lui-même, ce qui les rend essentiellement tributaires des politiques et des instruments qui facilitent le commerce des biens. Cette complémentarité signifie que les pays profitent le plus lorsqu’ils ouvrent collectivement leurs marchés des biens et des services au commerce international plutôt qu’individuellement. Pour illustrer ce concept, songez à un constructeur d’aéronefs qui vend des avions à une compagnie aérienne étrangère. S’il y a moins de restrictions sur les services techniques et d’ingénierie, il est plus facile pour l’entreprise de trouver des talents et des sources d’ingéniosité à l’échelle mondiale, ce qui rend le produit plus concurrentiel sur le marché international. Selon des données de l’Union européenne, la libéralisation coordonnée des échanges de biens et de services a haussé le bien-être de 11 % de plus que si l’on avait libéré séparément les deux secteurs (Egger et Larch, 2012).

Il importe de noter que les services intégrés à des biens peuvent eux-mêmes être numériques — un téléphone portable recevant régulièrement des mises à jour logicielles à distance, par exemple — auquel cas les facteurs institutionnels évoqués précédemment demeurent pertinents. Au-delà de ces éléments, plusieurs facteurs confèrent à cette catégorie un caractère unique :

Présence commerciale

Au-delà du commerce transfrontalier, les services peuvent être fournis par le biais d’une présence commerciale à l’étranger, faisant de l’investissement direct étranger un mécanisme central dans la prestation internationale des services. Pour les entreprises canadiennes de services, cela signifie que l’accès aux marchés internationaux est souvent obtenu non pas par l’exportation, mais par la création de filiales étrangères. La présence commerciale à l’étranger représente 56 % de l’ensemble des services fournis localement (Organisation mondiale du commerce, 2024) et représente la plus grande part de la valeur des ventes internationales de services du Canada. Pourtant, ce mode de prestation particulier est confronté au niveau le plus élevé d’obstacles réglementaires à l’échelle mondiale, représentant près de 40 % de toutes les restrictions mesurées pour tous les secteurs et identifiées par l’indice IRES (OCDE, 2024).Note de bas de page 6 Contrairement aux services transfrontaliers ou aux services numériques, la présence commerciale oblige les entreprises à engager des capitaux, à créer une filiale locale et à opérer dans les cadres réglementaires et de surveillance du pays hôte.

Les décisions des entreprises concernant l’implantation d’une présence commerciale à l’étranger peuvent être comprises à travers le cadre Propriété-Localisation-Internalisation (OLI) (Dunning, 1979), l’une des approches couramment employées pour analyser l’investissement direct étranger (Bureau de l’économiste en chef, 2021). Ce cadre explique les conditions dans lesquelles la production internationale devient avantageuse par rapport au commerce à distance. Dans le contexte des services, la prestation exige souvent la proximité, la conformité réglementaire et le contrôle sur des actifs immatériels. Bien que les avantages liés à la propriété et à l’internalisation soient essentiellement propres à l’entreprise, les avantages liés à l’emplacement sont souvent dictés par les politiques du pays hôte et jouent un rôle central dans la décision du lieu et du moment où une entreprise établira des opérations à l’étranger.

La présence commerciale est préférée lorsque les pays hôtes offrent des avantages spécifiques à un emplacement qui rendent la production locale ou la prestation de services nécessaire ou plus efficace. Si certaines caractéristiques de la localisation ─ comme la langue, la culture ou la géographie – sont propres à un pays, d’autres sont façonnées par la politique publique. Les conditions d’accès au marché, la qualité des institutions et les restrictions réglementaires constituent les principaux canaux par lesquels les politiques du pays d’accueil influent sur les décisions des entreprises quant à l’implantation d’une présence à l’étranger.

Les conditions d’accès au marché sont particulièrement importantes pour les services. En général, l’établissement d’une société affiliée à l’étranger entraîne des coûts fixes et des coûts irrécupérables importants, ce qui fait de l’IDE un investissement à long terme difficile à inverser par comparaison avec l’exportation (Brouthers et Brouthers, 2003). Ces considérations sont particulièrement pertinentes dans le cas des services, où les entreprises doivent souvent internaliser la production par le biais de filiales locales pour servir des marchés étrangers (Brouthers et Brouthers, 2003). Des règles d’accès aux marchés transparentes, prévisibles et non discriminatoires régissant les établissements réduisent l’incertitude et rendent les engagements à long terme plus viables (Barry et DiGiuseppe, 2019). Dans ce contexte, la coopération en matière de réglementation, la reconnaissance mutuelle et les accords de commerce et d’investissement renforcent la prévisibilité et contribuent à assurer un traitement national, favorisant ainsi une présence commerciale.

De façon générale, la qualité des institutions dans les pays d’accueil est un facteur déterminant pour l’établissement d’une filiale étrangère, en particulier dans le secteur des services (Ali et coll., 2010). Des cadres de gouvernance transparents et stables réduisent les risques liés à l’expropriation, à l’arbitraire réglementaire et à l’exécution des contrats. Ensemble, ces caractéristiques institutionnelles réduisent le risque d’investissement perçu et les coûts d’entrée, renforçant du même coup la volonté des entreprises de prendre des engagements à long terme (Jensen, 2008).

Lorsque des entreprises canadiennes cherchent à établir une présence commerciale à l’étranger, elles se heurtent à une série de restrictions réglementaires qui influencent les décisions d’entrée dans toutes les juridictions. Les restrictions réglementaires agissent principalement comme des coûts d’entrée fixes. Les limites à la participation étrangère au capital, les restrictions à l’embauche de personnel étranger, les contraintes spécifiques à un secteur et les procédures d’approbation complexes haussent l’échelle minimale et les capacités requises pour entrer sur un marché. Les données indiquent que les contextes réglementaires plus restrictifs sont associés à une baisse de l’IDE entrant (Ghosh et coll., 2012; Mistura et Roulet, 2019; Albori et coll., 2021; Yoon et Ko, 2025). Les restrictions à la propriété étrangère sont généralisées à travers le monde et elles sont de plus en plus utilisées pour orienter l’investissement vers des secteurs sensibles ou pour l’éloigner de ces secteurs (OCDE, 2025d).

Parallèlement, l’expansion mondiale des mécanismes de contrôle de l’investissement, souvent justifiée pour des raisons de sécurité nationale (Danzman et Meunier, 2023; Bencivelli et coll., 2023), ajoute de l’incertitude au sujet des délais et des conditions d’approbation (CNUCED, 2023; CNUCED, 2025), ce qui façonne le contexte dans lequel les entreprises canadiennes de services évaluent si la création d’une société affiliée à l’étranger demeure une alternative viable à la fourniture transfrontalière.

Encadré 2.3.2. : L’IA et la croissance des centres de données

L’utilisation croissante de l’intelligence artificielle et d’autres services à haute intensité de données a conduit à un développement rapide des centres de données. En conséquence, l’infrastructure des centres de données est devenue un important moteur de l’investissement en constructions nouvelles en 2025, représentant environ un cinquième de la valeur des projets de constructions nouvelles dans le monde (CNUCED, 2026). Parallèlement, les exigences liées à la localisation des données se sont renforcées, 45 de telles exigences ayant été identifiées durant la période 2014-2023 dans les pays visés par l’IRES (Del Giovane et coll., 2023).

Les exigences relatives à la localisation des données sont souvent motivées par des objectifs légitimes de politique publique, notamment la protection des données personnelles, de la vie privée et de la sécurité nationale, ainsi que la surveillance réglementaire. Ces objectifs de politique publique peuvent mener à des compromis sur d’autres objectifs de politique publique tels que la facilitation des échanges commerciaux. En exigeant que les données soient stockées ou traitées localement, ces mesures augmentent souvent le besoin de s’établir localement sur les marchés réglementés. Cela modifie les structures de coûts des entreprises en remplaçant la prestation transfrontalière de services par un dédoublement des opérations dans différents pays. La localisation des données limite la dépendance à l’égard des plateformes numériques partagées, de l’analyse centralisée et des systèmes transfrontaliers intégrés, ce qui réduit l’efficacité opérationnelle.

En conséquence, les entreprises multinationales peuvent établir ou étendre une présence commerciale non pas pour accroître l’efficacité commerciale ou organisationnelle, mais pour satisfaire aux exigences réglementaires de conformité. Ces mesures réglementaires remodèlent non seulement le volume de l’investissement étranger, mais aussi sa nature et sa qualité. La coopération en matière de réglementation et un environnement commercial numérique bien conçu qui équilibre les objectifs de politique publique avec les avantages de services intégrés à l’échelle internationale peuvent aider à atténuer les effets de ces arbitrages.

Liaisons intermodales : complémentarité entre les différents modes de prestation

Une compréhension nuancée de la performance des services canadiens au niveau international oblige à regarder au-delà des modes de prestation individuels pour considérer la façon dont ils interagissent. Le succès dans un mode particulier crée souvent une voie pour un autre, par exemple la relation entre les services numériques et la présence commerciale. Pour de nombreux services à valeur élevée, notamment dans le domaine des finances et des assurances, la réglementation nationale sur les marchés étrangers peut interdire la vente de produits à distance.

Dans de tels cas, l’établissement d’une présence commerciale – par exemple, l’ouverture d’une succursale bancaire ou l’acquisition d’une filiale locale – devient un catalyseur stratégique. En établissant une entité locale, les entreprises canadiennes peuvent se conformer à la réglementation étrangère, bâtir une confiance locale et composer avec les barrières qui se trouvent « derrière la frontière » et qui, autrement, entraveraient leurs exportations.

Une fois qu’une présence physique est établie, elle peut souvent servir de pont pour d’autres exportations de services. Ainsi, un bureau d’une banque canadienne en Amérique latine pourrait obtenir du soutien technique spécialisé, des services de R-D, ou des services de conseil en gestion directement de son siège social canadien par la voie numérique. Des recherches économiques menées par la Commission du commerce international des États-Unis (USITC) et d’autres organismes suggèrent que les obstacles à la présence commerciale ont en réalité un impact négatif sur le commerce numérique, confirmant ainsi que les deux modes sont souvent des compléments plutôt que des substituts (Khachaturian et Oliver, 2021).

Synthèse et perspectives d’avenir

L’empreinte croissante du Canada sur les marchés internationaux des services reflète un ensemble d’atouts : une main-d’œuvre hautement éduquée et diversifiée, une intégration profonde dans les réseaux numériques mondiaux et des structures institutionnelles qui renforcent la confiance, la transparence et l’engagement commercial à long terme. Ensemble, ces fondements ont permis aux entreprises canadiennes de prendre de l’expansion via de multiples modes de prestation de services, qu’il s’agisse d’exportations numériques ou de déplacements liés aux services éducatifs, de services incorporés à des biens ou, surtout, de ventes par le biais d’une présence commerciale à l’étranger.

Parallèlement, la section 2.3 fait ressortir que les moteurs de la réussite dans le commerce des services diffèrent fondamentalement de ceux qui modulent le commerce des biens. L’expansion des services dépend moins de l’infrastructure physique et davantage d’actifs immatériels − les compétences, les données, la propriété intellectuelle et la certitude réglementaire. Par conséquent, les exportateurs de services sont particulièrement sensibles aux frictions du marché du travail, à l’inégalité d’accès aux services numériques et à la fragmentation des politiques entre les juridictions. Même si le Canada s’en tire bien par rapport à ses pairs sur de nombreux points de référence internationaux, des contraintes comme l’inadéquation des compétences, les lacunes dans l’infrastructure numérique en région rurale ou éloignée et la complexité croissante de la réglementation continuent d’influer sur les stratégies internationales des entreprises.

À l’avenir, les perspectives du commerce des services au Canada dépendront de l’efficacité avec laquelle ces atouts structurels seront maintenus et adaptés dans un contexte mondial en évolution rapide. Les progrès des technologies numériques, en particulier l’IA, accélèrent la capacité de commercialiser de nombreux services tout en haussant l’importance des flux de données sécurisés, d’une infrastructure numérique robuste et d’institutions fiables. Les efforts déployés à l’échelle mondiale pour réglementer l’activité numérique − par la localisation des données, le filtrage des investissements et les normes émergentes − joueront un rôle croissant en vue de déterminer où et comment les services seront offerts à l’échelle mondiale.

Le Canada entre dans cette prochaine phase avec des avantages majeurs, notamment un solide capital humain, un vaste réseau d’accords commerciaux et des politiques commerciales numériques relativement ouvertes. Toutefois, pour exploiter pleinement le potentiel de croissance du commerce des services, il faudra continuer de prêter attention aux besoins distincts des exportateurs de services, dont le succès dépend de la cohérence des politiques en matière d’éducation, d’immigration, d’infrastructure numérique, de commerce et d’investissement. À mesure que les services accapareront une part croissante de l’activité commerciale du Canada sur le marché international, la compréhension et le traitement de ces facteurs et de ces défis demeureront essentiels au maintien de la compétitivité du Canada au sein de l’économie mondiale.

Utilisation de l’intelligence artificielle

Des outils d’intelligence artificielle ont été utilisés pour appuyer des segments de rédaction et d’édition de ce rapport. Toutes les données, sources, analyses et conclusions ont été élaborées et validées par les auteurs, qui conservent l’entière responsabilité du contenu du rapport.

Annexe

Contrairement aux biens, les services peuvent être fournis par de multiples canaux, y compris les réseaux numériques, les déplacements transfrontaliers et la création de sociétés affiliées à l’étranger. Les statistiques commerciales habituelles ne reflètent pas directement tous ces modes de prestation dans un cadre unifié.

L’annexe qui suit décrit la méthodologie employée pour catégoriser l’activité internationale du Canada au chapitre des services en différents canaux de prestation. Ces catégories visent à fournir un tableau analytique détaillé de la façon dont les entreprises et les établissements canadiens évoluent sur les marchés mondiaux de services.

Cadre conceptuel

Le présent rapport regroupe les activités internationales liées aux services en quatre grandes catégories, reflétant les différents modes de prestation employés dans le cadre de l'Accord général sur le commerce des services (AGCS), tout en les adaptant aux données disponibles et aux besoins de l’analyse.

CatégorieDescriptionCorrespondance avec le cadre de l'AGCS
Services numériquesServices qui peuvent être fournis à distance via des technologies de l’information et des communicationsMode 1 (prestation transfrontalière)
Services non numériquesServices nécessitant la présence physique des consommateurs ou des fournisseurs (p. ex., voyages, livraison en personne)Modes 2 (consommation à l’étranger) et 4 (déplacement de personnes physiques) combinés
Services intégrés dans des biensIntrants en services utilisés dans la production de biens exportésNon couvert formellement (souvent appelé « Mode 5 »)
Présence commerciale à l'étrangerServices fournis par des filiales étrangères d’entreprises canadiennesMode 3 (présence commerciale)

Méthodologie de classification et de calcul

Pour faire la distinction entre le commerce des services numériques et le commerce des services non numériques, les catégories individuelles de services sont regroupées selon que les services peuvent être fournis à distance à l'aide de technologies numériques. Cette classification suit l’approche du Groupe de travail sur la mesure du commerce des services de technologies de l’information et des communications (TIC) et des services rendus possibles par les TIC, de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), qui a été adoptée par Statistique Canada. Statistique Canada classe les services en 3 groupes : les services facilités par les TIC, les services potentiellement facilités par les TIC et les services non facilités par les TIC, en regroupant les catégories selon leur mode de prestation dominant.

Afin d’obtenir une ventilation plus détaillée des services numériques par opposition aux services non numériques aux fins du présent rapport, nous avons manuellement répartis les types de services commerciaux entre ces groupes. Pour assurer la correspondance avec les estimations de Statistique Canada de la ventilation des services facilités par les TIC et des services potentiellement facilités par les TIC, nous avons considérés que 65 % des exportations de services techniques, de services liés au commerce et d’autres services aux entreprises comme étant des services numériques (et 35 % comme étant des services non numériques). Du côté des importations, 75 % de cette catégorie a été classée comme étant des services numériques.

Catégorie utilisée dans ce rapportCatégorie de Statistique Canada (2024, millions $)Services inclus dans chaque catégorie dans ce rapportExportations du Canada en 2024 (millions $)Exportations du Canada en 2025 (millions $)
Notes : Statistique Canada ne publie pas de regroupement officiel par type de service; les définitions sont tirées de Rostami (2018) et ont été catégorisées et estimées par le Bureau de l'économiste en chef d'Affaires mondiales Canada. Les services professionnels et de conseil en gestion comprennent les services de gestion et les services de publicité et services connexes. Les services techniques, les services liés au commerce et les autres services aux entreprises comprennent l'architecture, l'ingénierie, les services scientifiques et autres, les services liés au commerce et les services de location-exploitation (cette catégorie est divisée entre les services numériques et les services non numériques). Les services personnels, culturels et récréatifs comprennent les services audiovisuels et les services connexes, ainsi que d'autres services personnels, culturels et récréatifs.
Données : Statistique Canada, tableau 36-10-0021-01 et tableau 12-10-0141-01.
Source : Bureau de l'économiste en chef, Affaires mondiales Canada.
Services numériquesServices facilités par les TIC (35 386 M$) et services potentiellement facilités par les TIC (91 445 M$) Total (126 831 M$)Services de télécommunications, d'informatique et d'information33 457 M$34 611 M$
Services professionnels et de conseil en gestion26 687 M$26 570 M$
Services financiers21 202 M$21 857 M$
Services de recherche et développement15 639 M$15 870 M$
Services techniques, services liés au commerce et autres services aux entreprises (65 % de la catégorie)12 481 M$12 925 M$
Frais d’utilisation de la propriété intellectuelle10 916 M$10 915 M$
Services personnels, culturels et récréatifs4 271 M$5 454 M$
Services d’assurances1 728 M$1 448 M$
Total126 381 M$129 650 M$
Services non numériquesServices non liés aux TIC (104 876 M$)Voyages70 357 M$71 778 M$
Transports21 298 M$22 977 M$
Services techniques, services liés au commerce et autres services aux entreprises (35 % de la catégorie)6 720 M$6 960 M$
Services d’entretien et de réparation3 508 M$5 485 M$
Services de construction1 792 M$1 764 M$
Services gouvernementaux1 652 M$1 617 M$
Total105 327 M$110 581 M$

L'Organisation mondiale du commerce utilise également une définition similaire pour ce qu'elle désigne comme étant le commerce numérique. Elle inclut une agrégation des catégories de services BPM6/EBOPS 2010 (Organisation mondiale du commerce, 2023) :

Il est important de noter que l’OMC fait référence aux services comme étant « numériques » selon qu’ils sont potentiellement dispensés numériquement, et non selon qu’ils ont réellement été vendus numériquement.

Sources des données

Les estimations présentées dans le présent rapport s'appuient sur les principales sources suivantes :

Tous les chiffres sont exprimés sur la base de la balance des paiements, en dollars canadiens courants, sauf indication contraire.

Calcul de l’avantage comparatif révélé

À partir des données de l’OCDE sur le commerce équilibré des services (BaTIS), un indice Balassa de l’avantage comparatif révélé (ACR) est calculé pour le Canada englobant toutes les catégories de services commerciaux. L’ensemble de données BaTIS est utilisé parce qu'il offre une couverture complète des flux bilatéraux d’échanges de services couvrant un large éventail de pays. Pour 2024, les exportations du Canada dans chaque catégorie de services sont regroupées pour tous les pays partenaires afin d’obtenir le total des exportations canadiennes par service et par catégorie de services. La même agrégation est effectuée à l'échelle mondiale pour obtenir les exportations mondiales par catégorie de services et les exportations mondiales totales de services.

Formellement, l’indice Balassa de l’ACR est calculé comme suit :

RCA x = Exportations de services du Canada x /  Exportations totales du Canada Exportations mondiales de services x /  Exportations mondiales totales

où RCAx ≥ 1, le Canada a une force comparative dans cette catégorie de services.

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