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Explorer l'investissement en Chine : décoder les récits

Version PDF (655 Ko)

Juillet 2026
ISBN  978-0-662-43986-8

Table des matières

1. Points saillants

Ce rapport explore trois grands récits concernant l'investissement direct étranger (IDE) entrant et sortant de la Chine. À l'aide d'une approche axée sur les données, l'analyse révèle que :

  1. Alors que beaucoup supposent un découplage des économies occidentales de la Chine sur la base du creux historique de 2023 de l'IDE entrant chinois, les pays occidentaux n'ont jamais été de grands investisseurs directs en Chine et leurs niveaux d'IDE sont restés relativement stables. En fait, la baisse de l'IDE observée dans les données chinoises est probablement due à des flux inversés (c.-à-d. des désinvestissements) en provenance de Hong Kong et à une restructuration financière intra-entreprise.
  2. Un autre discours est que les entreprises étrangères opérant en Chine se concentrent de plus en plus sur le marché intérieur chinois plutôt que sur la production axée sur l'exportation. L'analyse quantitative suggère le contraire : les entreprises étrangères se concentrent depuis un certain temps sur le marché local et moins sur les exportations.
  3. La stratégie de la Chine en matière d'IDE sortant se manifeste par des nouveaux projets d’investissement dans des secteurs stratégiques et des marchés émergents, c'est-à-dire le Mexique (automobile), le Vietnam (électronique) et la Thaïlande (électronique) ; bien que ces investissements ne représentent qu'une part modeste du total de l'IDE sortant, ils mettent en évidence les efforts ciblés de la Chine pour accéder à des marchés clés et surmonter les barrières commerciales.

Dans l'ensemble, l'analyse offre un portrait plus nuancé du rôle de la Chine dans les flux mondiaux d'IDE. Le rapport souligne également l'importance des données désagrégées et du contexte structurel dans l'interprétation des tendances en matière d'investissement, remettant en question les interprétations simplistes et soulignant la complexité des relations économiques en évolution de la Chine.

2. Introduction

Au cours des quatre dernières décennies, la Chine est devenue un acteur central de la production et du commerce mondiaux. Grâce à une vaste libéralisation du commerce, le pays est devenu un centre manufacturier et un exportateur clé. Ces dernières années, la montée des tensions géopolitiques et les préoccupations concernant la résilience des chaînes d'approvisionnement ont suscité de plus en plus de discussions sur « un découplage des économies occidentales de la Chine », c'est-à-dire la réduction stratégique de la dépendance économique à l'égard de la Chine dans les chaînes d'approvisionnement clés. Alors que la Chine jouait un rôle plus important dans le commerce mondial, l'attention se tourne de plus en plus vers la position de la Chine en matière d'investissement direct étranger (IDE), car l'investissement est l'autre côté de la médaille commerciale.

Ce rapport examine trois récits importants entourant l'IDE entrant et sortant de la Chine. À travers une lentille axée sur les données, elle vise à fournir un portrait précis de l'évolution du paysage de l'investissement en Chine et à distinguer les faits de la rhétorique. Les trois récits examinés au moyen des données sont les suivants :

  1. Découplage des économies occidentales de la Chine : Ce discours est fondé sur la forte baisse des IDE entrants en Chine, qui ont atteint des flux entrants négatifs en 2023 et ont encore diminué en 2024. Cette tendance a été largement interprétée comme un signal de découplage économique par rapport aux pays occidentaux et une reconfiguration potentielle des réseaux mondiaux de commerce et d'investissement.Note de bas de page 1
  2. Changement stratégique dans l'activité des entreprises multinationales étrangères en Chine : Le deuxième argument soutient que de nombreuses multinationales étrangères opérant en Chine déplacent leur production de l'exportation vers le marché intérieur chinois, afin de saisir les opportunités de la base de consommateurs croissante du pays et de l'évolution de la structure économique.
  3. Expansion des entreprises chinoises à l'étranger : Le troisième exposé traite de l'empreinte internationale croissante des multinationales chinoises grâce aux données sur les investissements sortants dans des nouveaux projets de la Chine. En particulier, il se concentre sur les investissements stratégiques dans des nouveaux projets dans le secteur automobile mexicain et dans la fabrication de produits électroniques au Vietnam et en Thaïlande. Ces investissements peuvent refléter les efforts déployés pour contourner les obstacles au commerce et garantir l'accès aux marchés clés.

Ce rapport utilise principalement des données au niveau macroéconomique accessibles au public provenant de sources officielles, y compris l'IDE et la balance des paiements, ainsi que les activités des entreprises multinationales. Les données miroirs, ou les données divulguées par le pays partenaire, sont souvent utilisées pour compléter les limites des données existantes sur l'IDE de la Chine. Une attention particulière est accordée au rôle de Hong Kong en tant qu'intermédiaire dans les flux d'IDE, ainsi qu'aux différences méthodologiques dans la manière dont l'IDE est mesuré et déclaré.

Les annonces de projets étrangers, également appelés nouveaux projets d’investissement, de fDi IntelligenceNote de bas de page 2 complètent cette analyse. Ces données permettent de suivre les projets d'investissement étranger annoncés publiquement, y compris les nouveaux investissements et les expansions. Les nouveaux projets d’investissement sont utilisés par de nombreuses chercheurs et organisations, comme la CNUCED, comme prédicteurs des flux futurs d'IDE. Ces données présentent l'avantage d'associer l'investissement au pays source de l'entreprise multinationale, tandis que les statistiques officielles pour le pays bénéficiaire ne rapportent souvent que l'investissement par pays investisseur immédiat (PII).Note de bas de page 3 De plus, les nouveaux projets d’investissement fournissent une ventilation intéressante par secteur aux fins de cette analyse. Il est important de noter que i) les nouveaux projets d’investissement ne représentent qu'une partie des flux d'IDE et ii) les transactions telles que les prêts intra-société, les fusions et acquisitions et les désinvestissements ne sont pas prises en compte dans ces données. Malgré ces limites, les données sur les nouveaux projets d’investissement peuvent aider à comprendre les tendances lorsqu'elles sont nuancées de manière appropriée.

Le rapport est divisé en trois sections principales, chacune abordant un récit. La section 3.1 examine les données existantes pour expliquer la baisse récente des flux d'IDE entrants en Chine. La section 3.2 explore le marché des multinationales étrangères exerçant des activités en Chine. Enfin, la section 3.3 explore l'expansion des multinationales chinoises au Mexique, au Vietnam et en Thaïlande. Pour plus de contexte, une section contextuelle sur l'IDE en Chine est incluse à l'annexe A.

3. IDE chinois – Mythe et réalité

3.1. Pourquoi les investissements en Chine ralentissent-ils ?

L'IDE entrant en Chine a atteint des valeurs négatives au second semestre de 2023 et est resté faible tout au long de 2024, ce qui a suscité des spéculations sur un découplage des économies occidentales. Notre analyse révèle que i) l'IDE en Chine en provenance des pays occidentaux est modeste et peu susceptible d'expliquer la récente baisse de l'IDE, et ii) la baisse est principalement due à la baisse des entrées en provenance de Hong Kong. Le remboursement de la dette et la restructuration financière intra-entreprise expliquent en grande partie le ralentissement, ce qui suggère que la baisse de l'IDE pourrait refléter une dynamique financière plutôt qu'un recul géopolitique. Toutefois, l'absence de données sur l'IDE par pays investisseur ultime, ainsi que l'utilisation de Hong Kong comme pays intermédiaire pour les flux d'IDE peuvent obscurcir la position d'investissement de certains pays en Chine, rendant difficile l'identification du ou des partenaires responsables de la baisse observée. Cette section examine la baisse récente des entrées d'IDE en Chine et présente les explications les plus plausibles de cette tendance.

En 2023, la Chine a enregistré son plus bas niveau d'IDE entrant depuis des décennies, les entrées étant négatives pour la première fois de son histoire au troisième trimestre de 2023
(-10,8 milliards de dollars US), une tendance qui s'est poursuivie en 2024. Pour de nombreux observateurs, ce déclin a été interprété comme un signe clair de découplage économique entre la Chine et les économies occidentales, un discours qui s'aligne largement sur les tensions géopolitiques, les différends commerciaux et les efforts des économies avancées pour réduire leur dépendance aux chaînes d'approvisionnement de la Chine.

Pour comprendre ce résultat, il est important de souligner que les entrées d'IDE négatives, ou les désinvestissements, n'indiquent pas nécessairement des retraits de capitaux propres (c'est-à-dire des entreprises qui se désengagent). Il existe différents types de transactions saisies par les entrées d'IDE, l'un d'entre eux étant les remboursements de prêts par les sièges sociaux à des filiales dans d'autres pays. Les flux financiers intra-entreprise sont courants. Pour que de l'IDE négatif soit enregistré dans la balance des paiements, les remboursements de la dette doivent l'emporter sur les autres composantes de l'IDE sur une période donnée. En 2024, les résultats du T2 (-15,0 milliards de dollars US) et du T3 (-11,6 milliards de dollars US) ont montré des entrées nettes d'IDE négatives. En examinant les différentes composantes des entrées d'IDE (ou types de transactions), il apparaît clairement que ces entrées négatives étaient principalement dues à des sorties substantielles sous forme de remboursements d'instruments de dette, tandis que les parts des fonds propres et des fonds d'investissement sont restées positives, bien qu'à des niveaux relativement faibles. Cela indique une interprétation erronée des entrées négatives d'IDE de la BDP comme un signe de découplage par les pays occidentaux. Pourtant, il vaut la peine de poursuivre l'analyse pour établir correctement les moteurs de ces entrées négatives.

L'analyse s'appuie sur de multiples sources d'IDE, chacune fournissant des informations partielles sur les facteurs de la baisse des investissements entrants en Chine. Plus précisément, l'analyse tient compte i) des deux sources de données statistiques officielles de la Chine pour l'IDE, ii) des investissements en nouveaux projets, iii) de l'IDE de partenaires sélectionnés et iv) de leurs données miroirs respectives sur l'IDE. Toutefois, si les données officielles sur l'IDE aident à suivre les flux de capitaux, les statistiques publiées peuvent être faussées par l'utilisation croissante de structures financières complexes (VIE) par les entreprises chinoises qui peuvent cacher la source ultime d'investisseurs.

3.1.1. Statistiques officielles de la Chine

Les entrées d'IDE ci-dessous sont basées sur la publication des statistiques de la balance des paiements (BDP) par l'Administration d'État chinoise des changes (SAFE). Ils fournissent une vue agrégée des flux sur une base nette en utilisant le principe actif/passif qui est conforme aux normes internationales. Toutefois, cette source ne fournit pas de renseignements sur les entrées d'IDE par industrie, source ou destination d'investissement. Sans ce type de détails, il est difficile d'explorer pleinement le récit du découplage.

Par ailleurs, le ministère chinois du Commerce (MOFCOM) préfère l'« IDE utilisé » estimé par le Bureau national des statistiques de Chine.Note de bas de page 4 L'IDE utilisé est également appelé « IDE productif » ou « utilisation réelle de capitaux étrangers » et se concentre sur les projets d'investissement approuvés et les transactions réelles déclarées en capitaux étrangers pour établir et acquérir des capitaux en Chine. Il s'agit d'une définition peu courante des flux d'IDE. Contrairement à l'estimation de l'IDE de la BDP de SAFE, l'estimation de l'IDE du MOFCOM utilise le principe directionnel : les capitaux entrant dans le pays sont définis comme des IDE entrants et ceux sortants du pays comme des IDE sortants. Les deux principes d'estimation diffèrent sensiblement dans le traitement de l'IDE inversé. L'IDE inversé se produit lorsque de l'argent est envoyé des filiales étrangères d'un pays donné à son siège social à l'étranger. Selon le principe actif/passif de la balance des paiements, utilisé par SAFE, l'IDE inversé diminue l'IDE entrant de la valeur envoyée par les filiales étrangères à l'administration centrale à l'étranger. En revanche, le principe directionnel, utilisé par le MOFCOM, le considérerait comme une sortie d'IDE. Par conséquent, le principe directionnel devrait mesurer un « découplage » plus faible, s'il en existe un, car les désinvestissements ne seraient pas enregistrés comme des entrées d'IDE négatives, mais plutôt comme des entrées d'IDE sortants.

La figure 1 montre l'état des entrées d'investissements directs chinois pour les deux mesures de l'IDE sur une base annuelle. Bien que les deux ensembles de données montrent une baisse du niveau des investissements au cours des dernières années, les trajectoires sont différentes. Comme prévu, la baisse est moins prononcée lorsque les flux d'IDE sont mesurés à l'aide de l'« IDE utilisé ». Il est également évident ci-dessous que l'« IDE utilisé » présente très peu de volatilité, en particulier par rapport à l'IDE basé sur la balance des paiements. La baisse est donc un écart net par rapport à la tendance historique. Ces observations, cependant, n'offrent pas d'indication claire de découplage.

Figure 1 : Entrées d'IDE chinois

Figure 1
Version texte - Figure 1

(en milliards de $ US)

AnnéeIDE utiliséIDE (BDP – passifs d'investissements directs) 
20046162
200572104
200673124
200784156
2008108172
200994131
2010115244
2011124280
2012121241
2013124291
2014129268
2015136243
2016134175
2017136166
2018138235
2019141187
2020149253
2021181344
2022189190
202316351
202411643
202580

Données : SAFE et Bureau national des statistiques de Chine. Données récupérées en juin 2026.

Il convient de noter que les statistiques de la balance des paiements de la Chine montrent que les entrées d'IDE pendant la pandémie de COVID-19 sont restées fortes, voire accélérées, soutenues par une forte capitalisation des actions de société et des fonds d'investissement. Cependant, au cours de la même période, nous savons que (i) les chaînes d'approvisionnement mondiales ont été affectées négativement, en particulier celles qui dépendent de la Chine, et (ii) les flux mondiaux d'IDE ont chuté en 2020 et ne se sont pas complètement rétablis en 2023 (United Nations, 2024). Ainsi, une diminution des entrées d'IDE aurait été attendue en 2020 et 2021, plutôt que la forte augmentation observée dans les données de la BDP. En outre, en raison du calendrier des flux, il est probable qu'une certaine baisse de l'IDE, telle que mesurée par la BDP, provienne du remboursement de la dette contractée par les filiales auprès de la société mère à l'étranger pendant la période de COVID-19, ce qui se traduira par une baisse du total des investissements directs entrants. De même, la baisse concomitante de l'IDE utilisé semble indiquer une diminution de l'intérêt pour les investissements dans le pays.

3.1.2. Nouveaux projets d’investissement

Une solution de rechange aux statistiques déclarées par la Chine consiste à examiner les nouveaux projets d’investissement comme indicateur avancé des futures entrées d'IDE.Note de bas de page 5 Depuis 2010, le nombre d'annonces de projets et les dépenses en capital totales associées à ces projets en Chine ont affiché une baisse globale, tout en atteignant une relative stabilité au cours des dernières années (figure 2).Note de bas de page 6 Ce déclin des nouveaux projets d’investissement sur 15 ans pourrait être interprété comme un déclin de l'intérêt des investisseurs pour la Chine et comme une explication possible de la baisse observée des entrées d'IDE depuis 2021 rapportée dans les statistiques de la BDP. Il est important de noter, cependant, que ces chiffres constituent une mesure incomplète des flux d'IDE, car (i) le concept statistique tient compte des entrées nettes, plutôt que des augmentations brutes des investissements étrangers, et (ii) d'autres types de flux, tels que les prêts intra-sociétés, sont importants, mais ne sont pas considérés comme des nouveaux projets d’investissement. En outre, compte tenu des tensions actuelles entre la Chine et les États-Unis, l'ensemble de données pourrait ne pas être complet, car les investisseurs pourraient choisir de s'abstenir d'annoncer publiquement leurs projets d'investissement en Chine.

Figure 2 : Investissement annuel dans des nouveaux projets en Chine, 2010-2025

Figure 2
Version texte - Figure 2
AnnéeDépense en capital (en milliards de $ US)Nombre d'annonces de projets
201093.61232
2011108.01364
201278.71055
201383.01064
201485.0984
201561.1798
201666.1722
201755.2709
2018114.9871
201977.0828
202036.6392
202135.1450
202220.5340
202341.0434
202440.2444
202522.6410

Remarque : Les dépenses en capital (CAPEX) déclarées dans les annonces de projets sont utilisées lorsqu'elles sont disponibles, sinon elles représentent une estimation du fournisseur de données.
Données : fDi Intelligence. Données récupérées en juin 2026.

Une autre source d'information sur les investissements futurs potentiels est le sentiment des investisseurs tel que mesuré par l'indice de confiance des IDE de Kerney. L'indice est basé sur une enquête menée auprès de dirigeants d'entreprises mondiales qui évaluent les pays en fonction de leur attrait pour les investissements au cours des trois prochaines années (Kearney, 2026).Note de bas de page 7 Si les investisseurs occidentaux essayaient de se « découpler » de la Chine, on pourrait s'attendre à ce que le classement de la Chine sur cet indice ait baissé à la fin des années 2010 et au début des années 2020. Cependant, depuis 2018, la Chine s'est constamment classée parmi les 10 premières destinations, à l'exception de 2021 où elle s'est classée 12e. Ce rang inférieur pourrait soutenir le récit du découplage, et d’aucun aurait pu s'attendre à ce que le classement de la Chine reste constant ou continue de décliner dans les années suivantes. De 2022 à 2026, la Chine s'est de nouveau classée parmi les 10 premières. La variation récente du classement (4ème en 2026, 6e en 2025 et 3e en 2024) pourrait indiquer des désinvestissements futurs, mais ne peut pas être utilisé comme preuve de la baisse observée de l'IDE en 2021-2024 (Graphique 1). Ces résultats contradictoires conduisent à des conclusions mitigées en ce qui concerne le déclin de l'intérêt des investisseurs étrangers pour le marché chinois.

3.1.3. IDE en provenance de partenaires sélectionnés

Contrairement aux statistiques de la BDP pour lesquelles les données ne sont pas ventilées par source d'IDE, l'IDE utilisé donne un aperçu des pays d'où il provient (figure 3). Il identifie Hong Kong comme le principal contributeur à l'IDE utilisé, avec une part d'environ 70 % du total de l'IDE utilisé. La baisse totale d'une année sur l'autre de l'IDE utilisé en Chine s'est élevée à 25,9 milliards de dollars US, principalement en raison de la baisse de l'IDE en provenance de Hong Kong (-26,1 MILLIARDS DE DOLLARS US). Cela indique que Hong Kong est la principale cause de la baisse de l'IDE utilisé ces dernières années. En outre, à plus petite échelle, de nombreux pays asiatiques ont diminué leur IDE en Chine au cours de la même période, tandis que l'IDE utilisé en provenance des pays occidentaux a continué de croître en 2023, bien qu'il ne représente qu'une faible part de l'IDE entrant. Enfin, l'IDE utilisé en provenance des pays occidentaux a légèrement diminué en 2024.

Figure 3 : IDE utilisé par la Chine par pays source sélectionné, flux entrants

(en milliards de $ US)

Figure 3
Version texte - Figure 3
AnnéeEuropeÉtats-UnisReste du mondeHong Kong
20156.92.130.986.4
20169.42.432.781.5
20178.82.630.394.5
201811.22.734.589.9
20198.12.734.196.3
20207.52.333.7105.8
20217.12.539.6131.8
202212.02.237.7137.2
202314.53.434.2111.2
20249.02.730.773.8

Données : Bureau national des statistiques de la Chine. Données récupérées en juin 2026.

3.1.4. Les données d’IDE miroirs de partenaires clés

L'examen des données sur les flux sortants en provenance des États-Unis et de l'Union européenne corrobore le rôle limité des pays occidentaux dans le paysage de l'IDE en Chine. Ensemble, les IDE américains et européens représentent moins de 5 % de l'IDE entrant en Chine (figure 15 de l'annexe A). Il serait donc difficile de soutenir que la baisse des investissements occidentaux a été le principal moteur de la baisse des entrées d'IDE en Chine en 2021-2024, et donc une preuve d'un découplage de l'Occident de la Chine.

En outre, les investissements directs des pays occidentaux en Chine sont volatils, mais ils se situaient près de leur niveau moyen en 2023-2024 (figure 4). En 2023, les flux sortants des États-Unis et de l'UE vers la Chine ont diminué de 3,3 MILLIARDS DE DOLLARS US et de 5,3 MILLIARDS DE DOLLARS US (4,9 G d’euros), respectivement, par rapport à 2022. Les sorties américaines ont toutefois rebondi à 5,1 MILLIARDS DE DOLLARS US en 2024, tandis que les sorties de l'UE vers la Chine ont atteint presque zéro (40 millions d'euros). En 2023, les sorties des pays occidentaux vers la Chine ont représenté environ 13 % de la baisse de 139 milliards de dollars US (sur la base du PII) d'une année sur l'autre observée dans les entrées de la BDP de la Chine. L'ampleur des flux sortants des pays occidentaux ainsi que les tendances relativement stables ne peuvent expliquer la baisse de l'IDE chinois. Cette constatation contredit le discours sur le découplage entre la Chine et les économies occidentales.

Figure 4 : Flux sortant d'IDE des pays occidentaux vers la Chine

Figure 4.1
Figure 4.2
Version texte - Figure 4
États-Unis
(en milliards de $ US)
Union européenne
(en milliards d'euros)
AnnéeFlux sortant d'IDEMoyenne de 2015-24 (6,1 G)Flux sortant d'IDEMoyenne 2015-24 (9,1 G)
20001.8
20011.9
20020.9
20031.3
20044.5
20052.0
20064.2
20075.2
200816.0
2009-7.5
20105.4
2011-1.7
2012-1.2
20137.421.6
201411.010.4
20156.06.114.09.1
20168.56.111.19.1
20177.96.115.09.1
20186.46.111.59.1
20197.36.1-3.59.1
20209.06.15.39.1
2021-1.26.112.79.1
20227.46.115.09.1
20234.16.110.19.1
20245.16.10.09.1

Données : Bureau of Economic Analysis des États-Unis et Eurostat. Données récupérées en juin 2026.

En l'absence de preuves claires d'un déclin de l'IDE occidental en Chine, il convient d'examiner les flux sortants de Hong Kong comme des données miroir des flux entrants chinois, en particulier compte tenu de sa part importante dans les flux entrants chinois (figure 3). Les flux d'IDE de Hong Kong vers la Chine ne correspondent pas à la part de 70 % des entrées utilisées dans les données chinoises et représentent moins de la moitié de l'IDE utilisé (37 % en 2024) (figure 5). Bien que certains écarts soient souvent observés dans les flux d'IDE et leurs données miroirs en raison, par exemple, du calendrier des flux d'investissement, un écart important comme celui en question est probablement révélateur de différences de classification des IDE entre les deux pays. Encore une fois, aucun contributeur à la baisse de l'IDE de la Chine n'apparaît.

Figure 5 : Total des entrées en Chine par rapport aux sorties de Hong Kong

(en milliards de $US)

Figure 5
Version texte - Figure 5
AnnéeSorties d'investissements directs de Hong KongBDPIDE utilisé
2000433841
2001134447
2002124953
200374954
2004186261
20051710472
20062212473
20073615684
200826172108
20092613194
201037244115
201150280124
201238241121
201351291124
201482268129
201540243136
201630175134
201731166136
201851235138
201952187141
202049253149
202156344181
202263190189
20235151163
20244843116

Remarque : Les sorties de Hong Kong ont été converties de HKD en USD en utilisant les taux de change historiques OFX.
Données : SAFE, Bureau national des statistiques de la Chine et Département des recensements et des statistiques de Hong Kong – tableau 315-38021. Données récupérées en juin 2026.

Une explication possible est qu'une part importante de l'IDE entrant de la Chine passe par Hong Kong, mais provient en fin de compte d'un autre pays source (c'est-à-dire que mesuré sur la base du PII, l'IDE ne refléterait pas la source principale d'investissement des investisseurs). En conséquence, l'investissement serait enregistré dans les statistiques chinoises comme étant hongkongais, tandis que l'agence statistique de Hong Kong pourrait les classer différemment. Hong Kong offre une plus grande flexibilité dans la gestion des capitaux et l'accès aux marchés financiers internationaux, aidant les entreprises chinoises à naviguer dans les limites de l'infrastructure financière et juridique nationale (Wright, Kratz, & Meyer, 2023). L'environnement commercial favorable de Hong Kong a attiré de nombreuses entreprises étrangères à y établir des sièges régionaux (figure 6). Bien que le nombre de sièges sociaux d'entreprises américaines à Hong Kong ait diminué régulièrement depuis 2012, les multinationales d'autres économies développées ont maintenu une présence relativement stable. En outre, ces dernières années, les entreprises chinoises ont de plus en plus choisi Hong Kong comme lieu d'implantation de sièges régionaux,Note de bas de page 8 avec une forte hausse à partir de 2017. Cette tendance peut également avoir conduit à des investissements aller-retour, où les capitaux sont acheminés par Hong Kong et réinvestis en Chine continentale, ce qui fausse davantage les statistiques officielles de la Chine sur l'IDE sur la base du PII.

Figure 6 : Siège régional à Hong Kong, pays sélectionnés

Figure 6
Version texte - Figure 6
AnnéeChine (continentale)États-UnisJaponRoyaume-UniUnion européenne
20006921212781119
20017022116090154
20029623315980136
20038424216886145
2004106256198105180
2005107262204115206
2006112295212114212
200793298232124218
200895311238119228
200996289224115244
201099288224113238
201197315222117252
2012106333219122251
2013114316245126244
2014119310240120253
2015133307238126237
2016137286239124230
2017154283233122243
2018197290244137269
2019216278232141270
2020238282226131273
2021252254210138261
2022251240212134253
2023247214206115256
2024310220200130270
2025350200220130270

Remarque : L'Union européenne représente la somme pour l'Allemagne, la France, l'Italie, les Pays-Bas et l'Autriche.
Données : Département du recensement et de la statistique - Tableau 325-43011A (dernier point de données : 2025). Données récupérées en juin 2026.

3.1.5 Entité à détenteurs de droits variables

Il est important de noter que la complexité des structures d'entreprise des multinationales chinoises obscurcit l'interprétation des données sur l'IDE, ce qui renforce la nécessité de faire preuve de prudence lorsqu'on tire des conclusions fondées sur les statistiques de l'IDE. Pour contourner les restrictions sur la propriété étrangère, en particulier dans les secteurs sensibles tels que la technologie, les entreprises chinoises ont de plus en plus adopté la structure d'entité à intérêts variables (VIE) pour accéder aux capitaux étrangers (voir l'annexe B) (Hanemann, Witzke et Yu, 2022 ; Coppola et coll., 2021). Cette structure d'entreprise permet aux entreprises de lever des fonds auprès d'investisseurs internationaux sur le marché boursier étranger, sans transférer la propriété de l'entreprise chinoise sous-jacente. En conséquence, les VIE contourne les obstacles réglementaires et brouille la frontière entre l'investissement direct étranger traditionnel et l'investissement de portefeuille, certains de ces derniers étant classés à tort comme IDE. Cela empêche également l'identification du véritable pays d'origine de l'investissement, ce qui peut aider à expliquer certains écarts entre les entrées d'IDE déclarées par la Chine et les données miroirs correspondantes de Hong Kong. Coppola et coll. (2021) estiment que les statistiques officielles de la Chine sous-estiment la position des États-Unis en Chine d'environ 600 milliards de dollars US. Cette sous-estimation implique que les flux négatifs d'IDE observés peuvent, au moins en partie, refléter la diminution de l'intérêt des investisseurs américains pour la Chine, ce qui a pour résultat une diminution des flux d'IDE acheminés par Hong Kong.

En résumé, les flux négatifs d'IDE signalés dans la balance des paiements de la Chine ont conduit certains observateurs à suggérer que les multinationales occidentales se désinvestissent de la Chine. Si une tendance à la baisse des annonces de projets d'IDE peut indiquer un intérêt réduit des pays occidentaux, le déclin de la balance des paiements semble principalement dû à d'importants remboursements d'instruments de dette suite à l'augmentation des entrées d'IDE pendant la pandémie. Cela met en évidence le premier facteur potentiel de baisse des entrées de capitaux : les filiales étrangères remboursant la dette contractée à leur siège social pendant la période de la COVID. Deuxièmement, en ce qui concerne les investisseurs immédiats, les États-Unis et les pays européens ne sont pas les principaux contributeurs aux entrées de capitaux chinois, et leurs niveaux d'investissement n'ont pas diminué. Au lieu de cela, les données d'IDE utilisées identifient Hong Kong comme la principale source d'entrées et le principal facteur à l'origine de la baisse observée ; toutefois, cette tendance n'est pas observée dans les flux d'IDE sortant de Hong Kong vers la Chine. Étant donné le rôle de Hong Kong en tant que plaque tournante régionale, une partie de l'IDE enregistré comme provenant de Hong Kong pourrait en fin de compte ne pas provenir de Hong Kong, mais plutôt des pays occidentaux. Troisièmement, la présence croissante du siège social chinois à Hong Kong soulève la possibilité que les IDE aller-retour des entreprises chinoises représentent une partie des flux enregistrés et des désinvestissements. Enfin, en occultant la source et la nature ultimes des investissements étrangers, l'adoption croissante des structures de VIE par les multinationales chinoises complique l'interprétation des statistiques officielles sur l'IDE. En bref, il existe de nombreux facteurs de confusion et très peu de preuves claires que les entreprises occidentales se désinvestissent de la Chine et qu'un découplage a lieu.

3.2. Fabriqué en Chine, vendu en Chine

Ces dernières années, les multinationales étrangères chinoises sont passées d'une production axée sur l'exportation à la prestation de services sur le marché domestique. Cette tendance a conduit à croire que les entreprises étrangères subissent un pivot stratégique vers l'économie intérieure de la Chine. Cependant, notre analyse montre que ce changement n'est pas entièrement nouveau. La baisse des ratios commerce/IDE indique une orientation croissante vers la production nationale, mais les faits montrent que les multinationales américaines, par exemple, ont longtemps priorisé le marché chinois. L'intensification de cette tendance suggère une intégration plus poussée dans les chaînes d'approvisionnement nationales plutôt qu'une transformation stratégique fondamentale. Cette section examine l'évolution de l'activité des entreprises multinationales étrangères en Chine et remet en question la notion d'un récent changement stratégique.

Un récit émergeant dans les tendances mondiales en matière d'investissement est le passage, pour les multinationales étrangères implantées en Chine, d'une production axée sur l'exportation à une production destinée au marché intérieur (Hanemann, Witzke, & Yu, 2022). Ce récit a gagné du terrain ces dernières années, en partie en raison de l'augmentation rapide de la richesse et de la capacité de consommation des ménages chinois, ainsi que de la montée de la Chine dans la chaîne de valeur.

Le commerce de marchandises et le stock d'IDE entrant de la Chine ont augmenté continuellement depuis 2004 (figure 7). Les données sur le commerce et l'investissement évoluant en tandem pourraient être interprétées comme une orientation de l'IDE en Chine vers le commerce, en particulier les exportations. Pour évaluer dans quelle mesure l'IDE est orienté vers la consommation intérieure, cette analyse présente un ratio commerce-production, un indicateur de l'intensité des échanges des multinationales étrangères en Chine. Un ratio plus faible indique qu'une plus grande part de la production d'IDE est probablement consommée au pays.

Figure 7 : Commerce de marchandises et stock d'IDE en Chine

Figure 7
Version texte - Figure 7

(en billions de $ US)

AnnéeExportations vers la ChineImportations en provenance de la ChineIDE
20040.60.60.4
20050.80.70.5
20061.00.80.6
20071.21.00.7
20081.41.10.9
20091.21.01.3
20101.61.41.6
20111.91.71.9
20122.11.82.1
20132.21.92.3
20142.32.02.6
20152.31.62.7
20162.11.52.8
20172.31.82.7
20182.52.12.8
20192.52.12.8
20202.62.13.2
20213.32.73.6
20223.52.73.6
20233.42.63.7
20243.62.63.7
20253.82.64.0

Données : Global Trade Atlas et SAFE International Investment Position. Données récupérées en juin 2026.

La figure 8 présente des données sur les activités des entreprises multinationales étrangères en pourcentage de leur production totale. À partir de 2008, l'intensité commerciale de la production étrangère des multinationales en Chine a diminué de façon constante, se stabilisant vers 2016. Au cours de cette période, alors que la valeur des importations et des exportations a augmenté de 118 % et 125 % respectivement, la production des entreprises multinationales étrangères a augmenté de 224 %. Cette divergence a entraîné une baisse notable des ratios commerce-production, ce qui suggère qu'une part croissante de la production étrangère des multinationales était dirigée vers le marché intérieur chinois.

Bien que les perturbations de la chaîne d'approvisionnement et les contraintes d'accès aux capitaux aient probablement affecté les activités des entreprises multinationales étrangères en 2019 et 2020, les niveaux de production en 2020 sont restés nettement plus élevés qu'en 2008, ce qui confirme l'idée que l'IDE est de plus en plus axé sur le marché intérieur. Les données montrent également une forte augmentation de la part de la valeur ajoutée dans la production, passant de 0,28 en 2008 à plus de 0,92 à partir de 2017. Cela indique une évolution vers des activités à plus forte valeur ajoutée et une intégration plus poussée dans les chaînes d'approvisionnement nationales de la Chine.

Figure 8 : Part des échanges commerciaux des multinationales étrangères en Chine en pourcentage de la production

Figure 8
Version texte - Figure 8
Exportations/ExtrantsImportations/ ExtrantsExportationsImportationsSortie
200821.6%11.8%0.10.10.6
200916.4%8.9%0.10.10.7
201018.1%10.0%0.20.10.9
201118.3%10.5%0.20.11.1
201216.6%9.4%0.20.11.2
201316.5%9.4%0.20.11.4
201416.1%8.6%0.30.11.6
201514.9%7.5%0.30.11.7
201614.2%7.6%0.20.11.8
201715.1%8.2%0.30.21.9
201814.8%8.3%0.30.22.1
201914.4%7.9%0.30.22.0
202014.8%7.9%0.30.22.0

Données : Entreprises multinationales et chaînes de valeur mondiales de l'OCDE ; dernier point de données 2020. Données récupérées en juin 2026.

Bien que le ratio commerce/production indique une plus grande concentration de l'IDE sur le marché intérieur, les données américaines révèlent que les filiales américaines se concentrent depuis longtemps sur ce point. (Figure 9). Selon les données sur les activités des filiales américaines, 72,2 % des biens produits par les filiales américaines en Chine étaient destinés au marché chinois en 2009, un chiffre qui est passé à 79,7 % en 2022. Au cours de la même période, la part des marchandises renvoyées aux États-Unis a diminué de 3,1 points de pourcentage, pour atteindre seulement 5,5 % en 2022. Dans le secteur des services, 83,6 % des services fournis par des filiales américaines en Chine en 2022 ont été consommés en Chine, soit une légère baisse par rapport à 2009. Toutefois, il y a eu des augmentations de 2,6 points de pourcentage dans les services fournis aux sociétés mères américaines et aux pays tiers.Note de bas de page 9

Figure 9 : Opérations des filiales américaines en Chine, fourniture de biens et de services

Figure 9
Version texte - Figure 9

(en milliards de $ US)

Biens fournisServices fournis
2009202220092022
Aux États-Unisà des parents américains8.420.30.95.7
à des personnes américaines non affiliées1.72.30.40.5
En Chineà d'autres filiales chinoises7.058.31.14.1
à des Chinois non affiliés78.1267.420.662.5
Vers d'autres paysvers un autre pays étranger (aff. + non aff.)22.760.51.36.9

Données : US Bureau of Economic Analysis (dernier point de données disponible : 2022). Données récupérées en juin 2026.

Le récit dominant parle des multinationales étrangères basées en Chine qui passent de la production en Chine à la production pour le marché chinois. Alors que le ratio commerce/production des multinationales étrangères soutient ce récit. Les données américaines montrent également que depuis 2009, les filiales américaines en Chine produisent principalement pour le marché chinois, plutôt que pour les États-Unis ou d'autres marchés.

3.3. Investissements directs chinois à l'étranger : développements récents

Les multinationales chinoises étendent leur présence mondiale, notamment grâce à de nouveaux investissements dans les marchés émergents. Ces dernières années, ce discours a été fortement axé sur la croissance des investissements chinois dans le secteur automobile mexicain et dans le secteur de la fabrication électronique au Vietnam et en Thaïlande. Les données sur les nouveaux projets d’investissement confirment cette affirmation, même si l'IDE chinois dans ces pays reste modeste. Ces investissements peuvent sembler stratégiquement motivés, visant à accéder à des marchés clés, à surmonter les obstacles commerciaux et à tirer parti des accords commerciaux régionaux. Cette section examine l'ampleur et l'orientation sectorielle de l'IDE sortant de la Chine dans ces trois pays.

La Chine n'a cessé d'étendre son empreinte mondiale en matière d'investissement. De 2015 à 2024, le stock d'investissements directs chinois a augmenté de 186 %.Note de bas de page 10 Un changement géopolitique dû à l'érosion des relations entre les économies occidentales et la Chine, ainsi qu'une maturité croissante des producteurs chinois, semblent avoir encouragé la recherche de nouveaux marchés.

Alors que l'empreinte mondiale de l'investissement chinois couvre un large éventail de pays et de secteurs, le Mexique, le Vietnam et la Thaïlande sont apparus comme les destinations qui ont enregistré la croissance la plus rapide du stock d'IDE chinois si l'on exclut les centres financiers connus (tableau 1). Cela dit, ces destinations d'IDE représentent une part relativement faible des investissements chinois à l'étranger. En outre, ces trois pays ont attiré de plus en plus l'attention en raison de leur positionnement stratégique dans les chaînes d'approvisionnement mondiales et de leurs liens économiques croissants avec la Chine et les États-Unis. La proximité du Mexique avec le marché américain et son intégration dans l'Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) en font une destination attrayante pour les investissements chinois dans le secteur automobile. Pendant ce temps, le Vietnam et la Thaïlande seraient devenus des plaques tournantes importantes pour la fabrication électronique. Les avantages de ces emplacements sont multiples ; entre autres, ils peuvent offrir des coûts de production compétitifs et un environnement commercial plus favorable.

Tableau 1. Stock d'IDE sortant de la Chine, 5 premiers pays de destination en croissance

 2015
(M$ US)
2024
(M$ US)
Classement
2024
Croissance (15-24)
Mexique5254 87519ème829 %
Îles Vierges*51 672331 9102ème542 %
Thaïlande3 44016 66011ème384 %
Vietnam3 37416 19512ème380 %
Îles Caïman*62 404214 9343ème244 %
Tous les pays1 097 8653 139 931--186%

Données : Bureau national des statistiques de la Chine. Données récupérées en juin 2026." * » : Indique les centres financiers connus.

Cette analyse examine la composition sectorielle de l'investissement direct étranger (IDE) chinois dans trois économies émergentes. En raison de la disponibilité limitée de données complètes sur l'IDE sortant chinois, cette analyse s'appuie principalement sur les données de fDI markets sur les nouveaux projets d’investissement qui offrent plusieurs avantages : i) fournit des informations prospectives sur les tendances de l'IDE ; ii) comprend des informations sectorielles plus détaillées que les statistiques officielles ; iii) saisi les développements très récents qui ne sont peut-être pas encore reflétés dans les sources de données traditionnelles ; et iv) permet une attribution plus précise des projets d'investissement à leur société mère et à leur pays d'origine. La base de données fournit toutefois des informations limitées sur les fusions et acquisitions et aucune information sur les transactions intra-entreprises.

Les investissements étrangers dans des nouveaux projets de la Chine représentent une part croissante de l'IDE mondial dans des nouveaux projets (figure 10). Les investissements étrangers chinois dans des nouveaux projets ont suivi une tendance à la hausse au cours de la période observée, à l'exception d'une baisse significative entre 2020 et 2022 (c'est-à-dire la pandémie de COVID-19). Depuis, l'activité d'investissement a rebondi et s'est rapprochée des niveaux d'avant la pandémie en 2025. Notamment, la croissance des dépenses en capital et de la création d'emplois a dépassé l'augmentation du nombre de projets d'investissement depuis 2006, ce qui suggère que les investissements chinois dans des nouveaux projets deviennent plus importants et plus exigeants en main-d'œuvre.

Figure 10 : Part des nouveaux projets d’investissement étranger en Chine dans les investissements mondiaux

Figure 10
Version texte - Figure 10

(en pourcentage)

AnnéeNombre de projets annoncésCAPEXEmplois
2006-20102.0%2.8%2.3%
2011-20153.2%6.4%5.1%
2016-20204.5%8.7%8.5%
2021-20254.0%7.5%9.8%

Source : fDi intelligence. Données récupérées en juin 2026.

Conformément aux statistiques officielles, le Mexique, le Vietnam et la Thaïlande représentent une part relativement faible du total des nouveaux projets d’investissement étrangers de la Chine en termes absolus. Entre 2020 et 2024, la croissance dans ces destinations, mesurée à la fois par le nombre de projets et les dépenses en capital, est restée inférieure à celle observée dans les principaux pays bénéficiaires comme l'Allemagne et les États-Unis. Toutefois, lorsque nous examinons la composition sectorielle de l'IDE de la Chine dans ces trois pays, nous constatons une augmentation significative dans certains secteurs, c'est-à-dire l'automobile au Mexique et la fabrication de produits électroniques en Thaïlande et au Vietnam.

Cette analyse se concentre sur la composition sectorielle du Mexique, de la Thaïlande et du Vietnam en raison de leur importance croissante dans les investissements étrangers de la Chine dans des nouveaux projets et de leur importance dans les narratifs entendus, plutôt que dans leurs niveaux réels.

3.3.1. Mexique : le secteur automobile

Depuis 2024, les investissements directs chinois à grande échelle au Mexique, en particulier dans le secteur de la construction automobile, font l'objet d'une attention croissante. Ces investissements sont largement interprétés comme des mesures stratégiques prises par les entreprises chinoises qui cherchent à accéder au marché nord-américain et à tirer parti du vaste réseau d'autres accords commerciaux du Mexique. De plus, le Mexique offre une main-d'œuvre manufacturière relativement peu coûteuse, mais expérimentée. (Rhodium Group, 2024)

Selon les données sur les nouveaux projets d’investissement, les entreprises chinoises ont considérablement augmenté leurs annonces de projets au Mexique, le secteur automobile représentant la majeure partie de cette croissance (figure 11). À la fin de 2025, le Mexique était la troisième destination des nouveaux projets d’investissement dans le secteur automobile par les entreprises chinoises, avec des dépenses d'investissement totales prévues de 16,4 milliards de dollars US, derrière l'Indonésie (41,3 milliards de dollars US) et le Kazakhstan (16,5 milliards de dollars US). En 2023, les dépenses en immobilisations annoncées dans l'industrie automobile ont atteint 4,5 milliards de dollars US pour 30 projets enregistrés dans l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement automobile.

Figure 11 : Nouveaux projets d’investissement de la China au Mexique, secteur automobile par rapport aux autres secteurs

Figure 11.1
Figure 11.2
Version texte - Figure 11
Nombre de projets annoncésDépenses en capital
(en milliards de $ US)
AnnéeAutomobileAutresAutomobileAutres
2005000.00.0
2006110.00.0
2007310.50.0
2008401.00.0
2009110.00.0
2010110.00.0
2011320.00.0
20120000
20130000
2014670.51.5
2015180.50.3
20164100.20.9
20171581.10.2
2018660.10.1
201913121.00.7
20206101.00.4
2021360.71.3
20229111.72.0
202330134.50.8
202421192.22.8
202529201.41.0

Remarque : L'industrie automobile comprend des activités connexes et représente un regroupement des secteurs de fDi markets suivants : composants automobiles, équipementiers automobiles, métaux, équipementiers de transport non automatique, équipements industriels.
Source : fDi intelligence. Données récupérées en juin 2026.

Malgré l'intérêt accru manifesté par l'augmentation récente des annonces de projets d'IDE, le stock d'IDE chinois au Mexique demeure modeste. En 2025, il s'élevait à 1,8 milliard de dollars US, soit 0,2 % du stock total d'IDE entrant au Mexique. En comparaison, la valeur des investissements récents dans le secteur automobile mexicain dépasse largement le stock d'IDE chinois déclaré dans les statistiques officielles du Mexique. Cet écart statistique suggère que bon nombre de ces investissements sont encore en cours et n'ont pas encore été entièrement réalisés. Les politiques commerciales protectionnistes actuelles des États-Unis pourraient retarder, réduire ou même arrêter certains de ces projets.

Un examen plus approfondi de la composition des flux d'IDE révèle un changement dans les modèles d'investissement. Bien qu'il y ait eu un pic notable des nouveaux investissements en actions en provenance de Chine en 2022, les années suivantes ont vu une augmentation rapide des prêts intra-entreprise et des bénéfices réinvestis. Cela suggère que les multinationales chinoises canalisent de plus en plus les capitaux vers leurs filiales récemment établies au Mexique.

3.3.2. Vietnam et Thaïlande : la production électronique

Récemment, des rapports ont fait état de la délocalisation de la production de produits électroniques d'entreprises chinoises, ce qui pourrait être considéré comme une stratégie visant à contourner les mesures commerciales et à tirer parti de la baisse des coûts de production.

On observe une forte augmentation des investissements étrangers de la Chine dans le secteur de l'électronique à l'échelle mondiale en 2023, mesurés par le nombre de projets et les dépenses en capital (figure 12). En 2023, 168 nouveaux projets, représentant 21 % de tous les nouveaux investissements chinois, ont été annoncés dans le domaine de l'électronique. Bien que le nombre de projets ait légèrement diminué pour s'établir à 160 en 2024 et à 130 en 2025, les dépenses en immobilisations dans le secteur ont diminué de façon plus importante, passant de 29 milliards de dollars US en 2023 à environ 19 milliards de dollars US en 2024 et 9,9 milliards de dollars US en 2025. Cela suggère une évolution vers des projets de plus petite envergure ou à moins forte intensité de capital, malgré l'intérêt soutenu pour le secteur.

Figure 12 : Nouveaux projets d’investissement de la Chine, secteur électronique par rapport aux autres secteurs

Figure 12.1
Figure 12.2
Version texte - Figure 12
Nombre de projets annoncésDépenses en capital
(en milliards de $ US)
AnnéeÉlectroniqueAutresÉlectroniqueAutres
2005131160.30669.39
2006151101.583814.43
2007181980.269719.05
2008392420.56342.56
2009382970.546127.47
2010622971.750416.53
2011503790.619633.95
2012523091.983622.08
2013323560.728845.02
2014534431.067777.44
2015734993.71760.03
2016725942.5446108.55
2017686001.896352.41
2018948165.205284.00
2019756044.438561.06
20204737010.129540.16
20214835813.30629.71
20226436217.122735.32
202316861428.5157136.35
202416066516.979965.21
20251306869.933118.35

Remarque : L'électronique est la somme des deux secteurs suivants : les composants électroniques et l'électronique grand public.
Source : fDi intelligence. Données récupérées en juin 2026.

Si l'on compare les nouveaux projets d’investissement chinois dans l'électronique au Vietnam et en Thaïlande au nombre total de projets chinois dans tous les secteurs, les deux pays ont bénéficié de la poussée de 2023. Bien que leur part dans le nombre total de projets soit restée modeste, les données sur les nouveaux projets d’investissement indiquent qu'un nombre croissant de nouveaux investissements directs chinois seront annoncés au Vietnam et en Thaïlande à partir de 2023 (figure 13).

Au Vietnam, le secteur de l'électroniqueNote de bas de page 11 a connu un essor significatif en 2023, avec 17 projets annoncés totalisant 8,1 milliards de dollars US de dépenses en capital. Le secteur est responsable de la croissance des nouveaux projets d’investissement en provenance de Chine cette année-là. En fait, le Vietnam représentait environ 28 % des dépenses d'investissement totales dans le secteur de l'électronique en provenance de Chine. Ce sommet est attribuable à quelques investissements à grande échelle, notamment de Sunny Optical Technology (2,5 milliards de dollars US), de DBG Technology (1,5 milliard de dollars US) et de GoerTek (1,1 milliard de dollars US). Ensemble, ces trois projets ont représenté environ les deux tiers des dépenses d'investissement chinoises dans le secteur de l'électronique au Vietnam. En conséquence, de 2003 à 2025, le Vietnam a reçu 12,4 milliards de dollars US en nouveaux projets d’investissement de la Chine dans le secteur de l'électronique, faisant du pays la troisième destination en importance, juste derrière les États-Unis (12,5 milliards de dollars US) et la Malaisie (15,6 milliards de dollars US). Depuis 2023, le nombre de projets liés à l'électronique en provenance de Chine a diminué au Vietnam, tandis que le nombre d'annonces de projets d'entreprises chinoises dans le secteur est resté relativement stable pour les autres destinations.

En revanche, les nouveaux projets d’investissement en Thaïlande étaient plus modestes, mesurés à la fois par le nombre de projets et les dépenses en capital. L'activité dans le secteur de l'électronique a atteint un pic en 2023 et est restée stable par la suite, avec 8 projets évalués à 0,7 milliard de dollars US en 2023, 7 projets (0,7 milliard de dollars US) en 2024 et 9 projets (1,4 milliard de dollars US) en 2025.

Figure 13 : Nouveaux projets d’investissement de la Chine en Thaïlande et au Vietnam, secteur électronique par rapport aux autres secteurs

Figure 13.1
Figure 13.2
Figure 13.3
Figure 13.4
Version texte - Figure 13
VietnamThaïlande
Nombre de projets annoncésDépenses en capital
(en milliards de $ US)
Nombre de projets annoncésDépenses en capital
(en milliards de $ US)
AnnéeÉlectroniqueAutresÉlectroniqueAutresÉlectroniqueAutresÉlectroniqueAutres
2005130.00.0020.00.1
2006350.12.7110.00.0
2007060.00.3210.00.1
20080150.05.1140.00.1
2009050.00.1080.00.3
2010040.00.1150.00.2
2011040.00.7130.00.1
2012040.00.2120.20.1
2013130.10.3080.01.6
2014140.10.3050.00.8
2015040.00.4370.30.9
2016330.50.14120.10.8
2017180.10.5170.00.3
20183150.11.20100.00.5
20193200.13.7370.11.0
2020330.30.1060.00.1
2021330.70.5030.01.0
20221110.30.6270.00.8
202317308.13.08200.71.5
20248271.63.37190.71.1
20256190.44.59261.48.0

Remarque : L'électronique est la somme des deux secteurs suivants : les composants électroniques et l'électronique grand public.
Source : fDi intelligence. Données récupérées en juin 2026.

Cette analyse montre que le Vietnam et la Thaïlande ont récemment bénéficié de nouveaux projets d’investissement chinois dans l'électronique. En particulier, le Vietnam a attiré plusieurs projets de grande valeur, notamment en 2023. La Thaïlande, en revanche, a connu une croissance plus modeste du secteur. 

4. En conclusion

Ce rapport a examiné trois récits dominants entourant l'IDE chinois : le découplage supposé des économies occidentales, le changement stratégique des multinationales étrangères en Chine et l'expansion des entreprises chinoises à l'étranger. À l'aide d'une combinaison de statistiques officielles, de données miroirs et de données sur les nouveaux projets d'investissement, l'analyse fournit une compréhension plus nuancée et fondée sur des données probantes de l'évolution du paysage de l'investissement en Chine.

Premièrement, si les IDE entrants de la Chine ont atteint des valeurs négatives en 2023 et 2024, cette baisse ne peut être attribuée à un recul généralisé des investisseurs occidentaux. Au lieu de cela, elle s'explique en grande partie par les flux inversés en provenance de Hong Kong et la restructuration financière intra-entreprise. En ce qui concerne les investisseurs immédiats, les pays occidentaux n'ont jamais été de grands investisseurs directs en Chine, et leurs niveaux d'IDE sont restés relativement stables. Cela remet en question le discours du découplage économique et met plutôt en évidence les dynamiques structurelles et financières. Cependant, il est de plus en plus évident que les statistiques de la Chine sur l'IDE peuvent inclure des flux aller-retour importants et des investissements de portefeuille étrangers mal alloués, acheminés par des juridictions intermédiaires. Par conséquent, les tendances récentes en matière de désinvestissement peuvent refléter des changements dans les canaux financiers et des contraintes réglementaires plutôt qu'un désengagement géopolitique généralisé.

Deuxièmement, les multinationales étrangères opérant en Chine sont de plus en plus orientées vers la desserte du marché intérieur. Cette évolution se traduit par une baisse des ratios commerce-production des filiales étrangères. Cependant, les données montrent également qu'il ne s'agit pas d'un phénomène nouveau, les données des entreprises américaines montrant que la production américaine en Chine était depuis un certain temps axée sur le marché intérieur chinois. La tendance semble s'intensifier plutôt qu'émerger, ce qui suggère une intégration plus profonde dans l'économie intérieure de la Chine.

Troisièmement, l'IDE sortant chinois est en expansion, notamment grâce à des nouveaux projets d’investissement dans des secteurs stratégiques et des marchés émergents. Bien que le Mexique, le Vietnam et la Thaïlande représentent encore une part modeste de l'IDE sortant total de la Chine, les récents investissements dans la fabrication automobile et électronique témoignent d'efforts ciblés pour accéder à des marchés clés et surmonter les obstacles commerciaux. Ces développements sectoriels suggèrent l'évolution de la stratégie d'internationalisation de la Chine et sa réactivité aux pressions géopolitiques et réglementaires.

Pris ensemble, les résultats soulignent l'importance des données désagrégées et du contexte structurel dans l'interprétation des tendances de l'IDE. Plutôt que de confirmer des récits simplistes de recul ou de découplage, les données indiquent une reconfiguration des flux d'investissement façonnés par les stratégies au niveau des entreprises, les structures financières et l'évolution de la dynamique mondiale. La compréhension de ces complexités est essentielle pour les décideurs, les analystes et les intervenants qui cherchent à naviguer dans l'avenir de l'investissement et du commerce mondiaux.

Enfin, dans le contexte des réalignements géopolitiques en cours, de nombreux pays cherchent de plus en plus à diversifier leurs relations économiques au-delà des partenaires traditionnels. Dans ce contexte en évolution, la Chine est une source importante et croissante d'IDE mondial. Par conséquent, il sera essentiel de continuer à évaluer les moyens pour le Canada non seulement de renforcer ses relations existantes en matière d'IDE, mais aussi d'explorer de nouvelles avenues de diversification des investissements afin d'assurer la résilience économique et la compétitivité à long terme.

Bibliographie

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Annexe A – Portrait de l'IDE en Chine : un aperçu

La Chine a été une destination attrayante pour l'IDE au cours des 16 dernières années ; le stock d'IDE entrant a presque triplé au cours de la période pour atteindre 3 729 milliards de dollars US en 2024, malgré un ralentissement de la croissance depuis 2021 (figure 14).Note de bas de page 12 Depuis 2009, le taux de croissance du stock d'IDE de la Chine était de 7,7 %, bien au-dessus de la croissance annuelle mondiale de l'IDE de 4,8 %. En conséquence, le pays a attiré une part croissante de l'IDE mondial, qui est passé de 6,1 % en 2009 à 9,1 % en 2024 (+3,0 points de pourcentage).

Figure 14 : Investissement direct entrant en Chine (position des investissements internationaux), 2009-2024

Figure 14
Version texte - Figure 14
AnnéeIDE
(en milliards de $ US) 
Part de l'IDE mondial (%)
20091,2326.1%
20101,5706.9%
20111,9077.8%
20122,0687.7%
20132,3318.1%
20142,3328.0%
20152,5808.5%
20162,5358.0%
20172,6887.5%
20182,8147.9%
20192,9387.9%
20203,2148.2%
20213,5788.8%
20223,5698.9%
20233,6508.7%
20243,7299.1%

Données : FMI – Positions d'investissement direct par contrepartie (dernier point de données : 2024). Données récupérées en juin 2026.

Les économies occidentales ne contribuent qu'à une faible part du stock d'IDE de la Chine lorsqu'elles sont mesurées sur la base du PII (figure 15). De 2009 à 2024, le stock d'IDE des pays occidentaux en Chine a suivi une tendance à la hausse. En 2024, le stock d'IDE en Chine en provenance des États-Unis et de l'Union européenne représentait environ 382 milliards de dollars US, soit 1/10 de tous les IDE en Chine, les États-Unis représentant environ 2 % et l'Union européenne 8 % du stock d'IDE chinois.

En 2024, le total de l'IDE sortant des pays occidentaux vers la Chine représentait moins de 2 % de l'IDE sortant total. Le pourcentage a légèrement augmenté au cours de la période observée, ce qui pourrait indiquer l'attractivité croissante, mais encore limitée, de la Chine pour les multinationales des pays occidentaux.

Figure 15 : Investissements directs des pays occidentaux en Chine

Figure 15
Version texte - Figure 15
États-UnisUnion européenne
IDE des États-Unis en Chine (en milliards de $ US)Part de l'IDE total des États-Unis à l'étrangerIDE de l'UE en Chine (en milliards de $ US)Part de l'IDE total de l'UE à l'étranger
2000110.8%
2001120.8%
2002110.7%
2003110.6%
2004180.8%
2005190.8%
2006261.1%
2007301.0%
2008541.7%
2009541.5%
2010591.6%
2011541.3%
2012551.2%
2013601.3%1601.0%
2014821.6%1801.0%
2015921.7%1951.2%
2016971.8%2061.2%
20171051.7%2201.2%
20181081.9%2401.3%
20191091.9%2321.2%
20201171.9%2431.3%
20211161.9%2811.4%
20221161.9%2571.4%
20231191.8%2571.4%
20241231.8%2591.4%

Remarque : L'IDE sortant de l'Union européenne a été converti de l'EUR au USD en utilisant les taux de change historiques de l'OFX.
Données : Eurostat et BEA. Données récupérées en juin 2026.

Annexe B – Entité à détenteurs de droits variables (VIE)

Une structure VIE typique commence par des investissements étrangers dans une entité ad hoc (SPV), qui est une société cotée en bourse constituée dans un centre financier offshore (OFC), comme les îles Caïmans, les Bahamas ou les îles Vierges britanniques. Bien que l'entité ad hoc (c'est-à-dire l'entité ad hoc A) de l'OFC soit une filiale de la société mère, il s'agit également d'une entité complètement distincte avec sa propre structure d'entreprise et de gestion. Dans le cas de la Chine, l'entité ad hoc peut établir une autre entité ad hoc à Hong Kong (c'est-à-dire l'entité ad hoc B) pour bénéficier de son environnement favorable aux affaires et tirer parti des conventions fiscales existantes avec la Chine. L'entité ad hoc finale (A ou B, s'il existe) établit ensuite une filiale étrangère en Chine, connue sous le nom d'entreprise entièrement étrangère (WFOE). L'investissement étranger est transféré en tant qu'IDE par l'intermédiaire de l'entité ad hoc qui détient la WFOE. La WFOE transfère ensuite le capital via un prêt sans intérêt à la société chinoise ayant des activités légitimes (VIE). En contrepartie, la WFOE se voit accorder le droit d'acheter i) la VIE à un prix prédéterminé (convention d'option d'achat), ii) des droits de vote, et iii) le droit d'assister aux réunions (procuration). Il peut également recevoir des redevances, notamment sur les propriétés intellectuelles. Cependant, pour l'investisseur étranger, le principal retour sur investissement provient de l'appréciation du marché.

Cette structure à plusieurs niveaux brouille la distinction entre l'investissement direct étranger et l'investissement de portefeuille. Bien que le capital entre en Chine par l'intermédiaire de la WFOE et soit souvent enregistré comme IDE, l'investissement sous-jacent ressemble aux flux de portefeuille, car les investisseurs étrangers détiennent généralement des actions de l'entité extracôtière SPV (SPV A) plutôt que de l'entité opérationnelle chinoise. Par conséquent, les statistiques officielles sur l'IDE peuvent surestimer l'étendue du contrôle étranger et sous-estimer le rôle des investissements de portefeuille. Cette ambiguïté est particulièrement évidente dans le rôle dominant de Hong Kong dans l'IDE de la Chine (figure 16). En 2024, Hong Kong représentait 59 % du stock total d'IDE entrant de la Chine, contre 45 % en 2009. Les centres financiers étrangers tels que les îles Vierges britanniques et les îles Caïmans ont également joué un rôle important, représentant ensemble environ 14 % du total des IDE entrants. Ces tendances suggèrent qu'une partie importante des investissements étrangers en Chine pourrait être acheminée par des juridictions intermédiaires, masquant ainsi la source ultime de capitaux.

Figure 16 : Les 10 principales sources d'IDE de la Chine (sur la base du PII) en % du total, 2009 et 2024

Figure 16
Version texte - Figure 16

(en pourcentage)

Pays20092024
Hong Kong45%59%
Îles Vierges britanniques15%11%
Japon7%5%
Singapour4%5%
Îles Caïmans2%3%
Allemagne2%2%
Corée du Sud3%2%
États-Unis4%2%
Pays-Bas1%2%
Taiwan2%1%
Reste du monde15%9%

Données : FMI - Positions d'investissement direct par économie de contrepartie (dernier point de données : 2024). Données récupérées en juin 2026.

L'existence et l'importance des VIE dans l'attraction des capitaux étrangers sont documentées. Au 7 mars 2025, la Commission d'examen de l'économie et de la sécurité américano-chinoise (USCC) a signalé que 286 entreprises chinoises étaient cotées sur les bourses américaines avec une capitalisation boursière de 1,1 billion de dollars, soit une augmentation de 250 milliards de dollars par rapport au début de 2024, mais une baisse par rapport aux 2,1 billions de dollars de mai 2021. La prévalence des structures VIE pourrait expliquer l'importance de Hong Kong dans les statistiques de l'IDE de la Chine et les écarts observés entre les données bilatérales, les flux entrants chinois et les flux sortants de Hong Kong. Cependant, malgré la capitalisation boursière croissante des entreprises cotées en VIE, rien ne prouve que ces évaluations se traduisent par une augmentation des entrées d'IDE. Les recherches montrent que les entrées d'IDE ne coopèrent pas avec la hausse des valorisations du marché (USCC, 2025)(Coppola et coll., 2021). Cela s'explique probablement par le fait que la majeure partie des capitaux étrangers entrent dans un VIE lors des premiers appels publics à l'épargne et que l'appréciation des actions sur le marché secondaire a eu une incidence limitée sur la capacité d’un VIE à accéder à de nouveaux capitaux. Notamment, dans le cadre de cette structure, les paiements de dividendes peuvent même entraîner un retour d'IDE, car les fonds retournent vers des entités offshore.Note de bas de page 13 L'opacité de ces flux d'investissement rend difficile l'évaluation précise de la véritable nature de l'implication étrangère dans les entreprises chinoises.

L'adoption généralisée de la structure VIE par les entreprises chinoises pour attirer les capitaux des pays occidentaux a récemment commencé à attirer l'attention. À l'aide de données au niveau des entreprises, Coppola et coll. (2021) mettent en correspondance les émetteurs de titres avec leur société mère ultime et réaffectent les titres émis à l'étranger pour refléter le pays de propriété ultime, plutôt que le pays de propriété immédiat, ce qui permet d'établir des matrices de réallocation qui ajustent les positions d'investissement bilatérales en conséquence. Leur réallocation des investissements mondiaux montre qu'en 2017, le compte national des États-Unis sous-estime la position des États-Unis dans les entreprises chinoises de près de 600 milliards de dollars et estime que la position de l'Union européenne dans les actions chinoises devrait être environ trois fois plus élevée. En outre, ils constatent que les statistiques officielles de la Chine surestiment sa position d'actifs extérieurs nets d'environ 1 000 milliards de dollars US, soit environ 50 % de sa position. En mettant à jour les recherches de Coppola et al. (2021), Clayton et al. (2023) constatent qu'à la fin de 2020, environ 70 % des investissements de fonds étrangers en Chine ont été effectués par l'intermédiaire d'un paradis fiscal affilié à une entreprise chinoise. 

Les récents changements apportés à la réglementation des VIE pourraient avoir contribué à la baisse observée des entrées d'IDE chinois. En février 2023, la Commission chinoise de réglementation des valeurs mobilières (CSRC) a introduit de nouvelles exigences de dépôt pour les cotations à l'étranger impliquant des structures VIE. Ces règles exigent l'approbation du gouvernement pour les nouvelles inscriptions de VIE et ont considérablement ralenti le rythme de formation des VIE. En septembre 2023, seules deux entreprises avaient rempli les dépôts requis, ce qui suggère que le règlement a peut-être limité la création de nouvelles EDDV, contribuant ainsi à la baisse observée des entrées d'IDE au cours de cette période.

Dans l'ensemble, la prévalence des structures VIE et le recours à des juridictions intermédiaires telles que Hong Kong et d'autres centres financiers offshore compliquent l'interprétation des données sur l'IDE de la Chine. Le manque de transparence des données sur les sources et les destinations, combiné à la nature des investissements dans les EIDV, remet en question les classifications conventionnelles et peut fausser les statistiques sur les investissements bilatéraux.

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